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Pythagore, menuiserie... Quand des décrocheurs se forment aux métiers de l’écologie

Des jeunes en formation à l'école Être de Montpellier.

Un réseau d’écoles forme des jeunes en décrochage scolaire aux métiers de la transition écologique. Un dispositif plébiscité, qui pâtit d’une baisse de subventions due aux politiques d’austérité.

Montpellier (Hérault), reportage

Casque antibruit vissé sur les oreilles, Silas rabote délicatement une planche. Ni le crissement de la scie ni les coups de marteaux environnants ne semblent le déconcentrer. Dans l’atelier fourmillant d’activités, le jeune homme de 20 ans « se [sent] bien ». Après quelques années « un peu paumé », il a retrouvé confiance en lui au milieu des odeurs de sciure, dans cet établissement pas comme les autres.

Comme lui, ils sont huit à suivre une formation au sein de l’école Être (pour « École de la transition écologique ») de Montpellier. Un cursus gratuit, à destination des décrocheurs scolaires. « Chaque année, en France, 100 000 jeunes sortent du système scolaire sans diplôme, explique Kaïs Hannachi, coordinateur de la structure. En parallèle, dans les prochaines années, presque un million d’emplois vont être créés dans la transition écologique. »

Charpente, maraîchage et panneaux solaires

Pendant trois mois, le petit groupe s’est ainsi essayé à la charpente et au maraîchage, ils ont appris à réparer des vélos ou à poser des panneaux solaires. « Au départ, beaucoup sont un peu perdus, constate Maxime, l’un des encadrants. L’idée, c’est de leur dire : vous avez une place dans le monde de la transition. » Mission accomplie pour Silas, qui souhaite désormais s’inscrire en CAP menuiserie.

Morgan, encadrant au sein de l’école Être de Montpellier. © David Richard / Reporterre

Ce projet original est né il y a près de dix ans en Haute-Garonne. « À l’origine, on faisait de l’éducation à l’environnement auprès de jeunes de quartiers populaires toulousains, raconte Cécile Gueguen, responsable du plaidoyer du réseau des écoles Être. Mais la plupart nous disaient que ça n’était pas leur priorité. Eux, ce qu’ils voulaient, c’était trouver du travail. » Peu à peu, l’idée a germé de leur faire découvrir les métiers verts.

Dans ces instituts, point de CAP ou de brevet. « Le principe, c’est de donner envie, de travailler l’orientation et de lever les freins à l’insertion, résume Cécile Gueguen. On ne se substitue pas aux formations classiques, on vient en complément. »

Une formation rémunérée

Pas question non plus de rester assis sur une chaise : « Le cœur de la pédagogie, c’est “apprendre par le faire”, insiste Kaïs Hannachi. On galère sur un problème de menuiserie, et là, on va solliciter le théorème de Pythagore. » À Montpellier, les ateliers pratiques sont entrecoupés de débats, autour de l’environnement, de la taxe carbone, des énergies renouvelables. En plus des encadrants, les élèves rencontrent ponctuellement des spécialistes, comme lors de la visite d’une ferme maraîchère.

« Ça permet de toucher des jeunes en situation de grande précarité »

Un cocktail plébiscité par Morgane, 23 ans, ponceuse en main : « Avant, je n’y connaissais rien, ni au bois, ni à l’écologie, raconte la jeune femme, qui travaillait dans la vente de prêt-à-porter. Maintenant, je fais plus attention, et je me sens prête à changer de voie. » Le réseau compte actuellement 29 écoles à travers la France, qui ont accompagné plus de mille jeunes en 2024.

Clé de la réussite du dispositif en Occitanie, le revenu écologique jeune rétribue les élèves de 680 à 1 000 euros mensuels pour les trois mois de leur cursus. « Ça permet de toucher des jeunes en situation de grande précarité », remarque Emma, la conseillère en insertion de l’établissement montpelliérain.

Morgane, 23 ans, ancienne vendeuse dans le prêt-à-porter, est «  prête à changer de voie  ». © David Richard / Reporterre

Mineurs avec des problèmes d’addiction, demandeurs d’asile, étudiants en galère… « On accueille tout le monde, poursuit la travailleuse sociale, puis on les accompagne au mieux pour lever les freins à leur insertion professionnelle. » Un accompagnement sur mesure, qui porte ses fruits : au niveau national, six jeunes sur dix passés par ces écoles sont retournés vers la formation et l’emploi. Parmi eux, 60 % se trouvent dans un emploi ou une formation pour un métier vert — éco-construction, agriculture, filière du réemploi — d’après leurs estimations.

Des subventions en danger

Un modèle efficace, mais menacé. Car pour accueillir gratuitement tous ces jeunes, ces écoles comptent largement sur les subventions publiques, notamment régionales et départementales. Des fonds qui, austérité oblige, pourraient s’assécher. Bien qu’il n’y ait pas eu de coupes précises à ce jour, nos interlocuteurs évoquent des « mauvais signaux » et des « discussions difficiles » avec les collectivités. « On a une vocation d’insertion sociale, on aide au développement économique, plaide Cécile Gueguen. Il est essentiel qu’on soit soutenus par les pouvoirs publics. »

L’atelier de l’école Être, à Montpellier, vu de l’extérieur. © David Richard / Reporterre

À Montpellier, les financements régionaux et européens représentent 70 % du budget. L’institut reçoit également des aides de fondations privées et cherche à développer l’autofinancement, à travers des chantiers rémunérés. Dans l’atelier tout de bois bardé, les huit jeunes finalisent des kojibutas — sortes de plats en bois utilisés pour la fermentation du riz — une commande du chef d’un restaurant local.

Plus tôt dans le mois, ils ont construit un espace de stockage pour le bar voisin, terrasse en bois, peinture naturelle et charpente métallique comprises. « C’est incroyable de voir ce qu’on arrive à faire de nos mains, tous ensemble », s’enthousiasme Yoann, regard rieur derrière ses lunettes de protection. Après des années d’errance scolaire, le vingtenaire dit avoir trouvé sa voie : la charpente et l’ossature bois.

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