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Samedi, à Notre-Dame-des-Landes, un grand rassemblement pour prouver que « le rapport de force existe »

26 février 2016 / Émilie Massemin (Reporterre)



Samedi 27 février, les opposants à l’aéroport vont bloquer des voies rapides à proximité de la Zad et participer à une grande soirée festive. De nombreuses organisations seront présentes, comme la Confédération paysanne, le Réseau action climat, 350.org… Une pétition de citoyens et d’intellectuels opposés au projet a déjà recueilli 15.000 signatures.

Les opposants à l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes organisent une grande mobilisation pour l’abandon du projet, samedi 27 février, de 11 h à 18 h, sur la RN 165 à proximité du Temple-de-Bretagne (Loire-Atlantique). Elle prendra la forme de deux cortèges aux endroits où « les travaux doivent débuter », a expliqué Geneviève Coiffard, d’Attac, lors d’un point presse, jeudi 25 février. « J’espère que nous nous compterons en dizaines de milliers de personnes. »

Côté ouest, un cortège de piétons et de vélos partira à 11 h de la zone des Quatre-Nations, à Vigneux-de-Bretagne, et parcourra cinq kilomètres sur la RN 165 jusqu’à Temple-de-Bretagne. Côté est, à 11 h, une file de tracteurs et de vélos quittera la zone de l’Érette, à Héric, et occupera la RN 137 pendant une heure environ. « L’objectif est de prouver notre capacité de blocage, a annoncé Mme Coiffard. Cela fait des années que nous affirmons que, en cas d’attaque de la Zad et de début des travaux, nous avons la capacité, avec nos 200 comités, de bloquer toute la rocade de Nantes et plein d’autres points. Le rapport de force existe et nous allons le prouver. »

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Carte de la mobilisation de samedi.

Vers 13 h, les tracteurs et les vélos rejoindront le défilé piéton au niveau de l’échangeur du Temple. Des prises de parole se succéderont entre 13 h et 15 h. L’après-midi sera consacrée à la construction d’une tour de surveillance près du Temple « pour améliorer la vigilance et repérer tout début de travaux », a précisé Mme Coiffard. À 18 h débutera une grande fête à La Pointe, une ferme occupée puis expulsée en 2012 lors de l’opération César. Au programme de ce FestiZad : prises de parole, concerts ambulants, peintures géantes sur la RN 165, fest-noz, exposition et cantine.

« Il y a plus d’aéroports en France qu’en Grande-Bretagne et en Allemagne réunies » 

Des agriculteurs de la Confédération paysanne viendront grossir les rangs des manifestants. « La Confédération paysanne est très concernée par ce dossier, depuis le début, parce qu’il s’agit de terres agricoles qui risquent d’être artificialisées, a déclaré Bernard Breton, du syndicat agricole. Nous soutenons les quatre fermes menacées d’expulsion et les initiatives agricoles qui ont émergé depuis longtemps sur la Zad. Les jeunes qui tentent de se nourrir sur ces terres gelées sont porteurs d’espoir pour un secteur en crise. » La mobilisation de samedi est d’autant plus symbolique qu’elle aura lieu le jour de l’ouverture, à Paris, du Salon de l’agriculture, « vitrine de l’agriculture productiviste ».

Pour Lorelei Limousin, du Réseau action climat, le projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes est contradictoire avec les engagements pris par la France lors de la COP 21, en décembre 2015. « L’accord de Paris, qui nous engage à contenir le réchauffement climatique nettement en-dessous de 2 °C à la fin du siècle, doit maintenant être concrétisé, déclare-t-elle. Dans ce contexte, construire un nouvel aéroport, qui encouragerait le transport aérien fortement émetteur de gaz à effet de serre, n’est pas cohérent. Surtout dans un pays déjà équipé de plus de 140 aéroports – plus qu’en Grande-Bretagne et en Allemagne réunies. »

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Lors de la manifestation pour le climat le 12 décembre 2015

Les Franciliens qui n’ont pas la possibilité de se rendre en Loire-Atlantique pourront participer à une opération de phoning, samedi 27 février à partir de 11 h, au 22, rue Boulard dans le XIVe arrondissement de Paris. Objectif : « convaincre par téléphone les Nantais de voter non à l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes », explique Nathalie Laville, journaliste et adjointe (EELV) à la mairie du XIIIe arrondissement.

D’autres manifestations de soutien se dérouleront ailleurs dans le monde, comme au Canada et en Italie.

Cette mobilisation intervient alors que le tribunal de grande instance de Nantes a prononcé, le 25 janvier, l’expulsion des occupants historiques de la Zad, quatre paysans et onze familles.

Depuis, les manifestations de soutien aux zadistes se multiplient. Dimanche 21 février, un collectif de citoyens et d’intellectuels, parmi lesquels Pierre Rabhi, Patrick Viveret, Naomi Klein, Marie-Monique Robin, et Erri de Luca, a lancé une pétition enjoignant le gouvernement de renoncer au projet. « Jeudi matin, cet appel avait été signé par 15.000 personnes, se félicite Nicolas Haeringer, du mouvement de désinvestissement des énergies fossiles 350.org. Plusieurs personnalités politiques ont à leur tour signé la pétition, parmi lesquelles Delphine Batho, Aurélie Filippetti, Cécile Duflot, Pascal Durand, Olivier Besancenot et Yannick Jadot. »

 Le soutien des riverains

Dimanche également, un groupe d’activistes a « redécoré les façades vitrées » du siège social de Vinci, à Rueil-Malmaison (Hauts-de-Seine). « Ce “tapage nocturne” a été fomenté en soutien aux habitant.e.s de la Zad de Notre-Dame-des-Landes et aux autres territoires en lutte partout ailleurs », ont indiqué les organisateurs.

Mardi 23 février, des riverains ont publié un communiqué exprimant leur soutien aux zadistes. « Nous sommes outrés par la propagande quasi quotidienne des “va-t’en guerre” qui se permettent, en plus, de parler en notre nom : “Les habitants excédés”, disent-ils. Cela suffit ! Nous ne voulons plus êtres spectateurs des mises en scène anti-Zad de M. Retailleau [le président (LR) du conseil régional des Pays-de-la-Loire] et du couple Lamisse [les agriculteurs propriétaires de deux maisons à Vigneux] qui, d’ailleurs, n’habite plus là depuis des années, ni des mensonges de M. Valls et consorts sur les soi-disant activistes ultraviolents qui rackettent, volent et détruisent, écrivent-ils. Nous ne bénéficions pas des 60.000 euros d’encart publicitaire payés par le conseil régional mais nous pouvons néanmoins témoigner de notre réalité d’habitants. Déambulations champêtres ponctuées de rencontres enrichissantes, petit café offert ou simple bonjour, on se sent chez nous et en sécurité sur la Zad. » C’est pourquoi les riverains seront « présents dans la mobilisation contre l’aéroport et contre toutes les expulsions », concluent-ils.

NDDL : ces riverains qui soutiennent les zadistes (Télé Nantes)

Face la détermination des opposants, François Hollande a annoncé, jeudi 11 février, l’organisation d’un référendum local sur le projet d’aéroport. Une porte de sortie contestée, qui pose de nombreuses questions, notamment juridiques. « Il risque d’entrer en collision avec les démarches juridiques en cours parce que les recours ne sont pas épuisés en ce qui concerne la loi sur l’eau et les espèces protégées, a rappelé Mme Coiffard, d’Attac. Il pose aussi un vrai problème démocratique. Pour répondre à une question, il faut disposer de tous les éléments d’information, alors qu’on nous refuse l’accès à certains documents depuis 2008. Ce référendum est une arnaque ! »




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Lire aussi : Le dossier Notre-Dame-des-Landes de Reporterre

Source : Émilie Massemin pour Reporterre

Photo :
. chapo : Politis
. à Paris le 12 décembre : © Romain Guédé/Reporterre

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