Sécheresse : les nappes continuent de se vider
En raison d'un été particulièrement chaud et d'un manque de précipitations, les bassins de Villers-le-Lac (Doubs) sont complètement secs. Ici, le 4 octobre 2023. - © AFP / Arnaud Finistre
En raison d'un été particulièrement chaud et d'un manque de précipitations, les bassins de Villers-le-Lac (Doubs) sont complètement secs. Ici, le 4 octobre 2023. - © AFP / Arnaud Finistre
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Chaleurs automnales, précipitations rares... Les deux-tiers des nappes souterraines ont des stocks sous les normales de saison. Une situation critique.
Début octobre, la sécheresse continuait de sévir fortement en France métropolitaine. La situation est à la fois critique d’un point de vue météorologique, tel que le relève Météo-France dans un bulletin du 10 octobre, et d’un point de vue hydrologique, comme l’analyse de son côté le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) dans son état des lieux des nappes d’eau souterraine au 1er octobre.
Côté météo, le manque de pluie se fait cruellement sentir. En septembre, le déficit de précipitation était en moyenne de 20 % en France métropolitaine, selon Météo-France. Et c’est encore pire depuis le début du mois d’octobre où, entre le 1er et le 8, « le pays n’a quasiment reçu aucune précipitation, si ce n’est de très faibles précipitations dans les Ardennes et le nord des Alpes ».
La forte chaleur tardive qui s’est abattue sur le pays a également contribué à assécher les sols, en augmentant l’évapotranspiration. Pour la première fois de leur histoire, de nombreuses villes ont franchi la barre des 30 °C en octobre. C’est, entre autres, le cas de Tours, Clermont-Ferrand, Lyon, Aix-en-Provence, Rodez ou Limoges, liste Météo-France. Conséquences : des sols plus secs que la normale, à un niveau comparable à 2022, à part sur le bassin de la Seine où l’on reste près de la normale.
La végétation contre les nappes
Moins de pluie et plus de chaleur, c’est en conséquence moins d’eau stockée dans les nappes. En septembre, 66 % des niveaux étaient sous les normales, dont 18 % à un niveau très bas. La situation est moins défavorable qu’en 2022 (74 % de niveaux sous les normales à la même période), mais elle reste préoccupante.
L’état des nappes est surtout plus contrasté, dans la poursuite logique de ce que constatait déjà le BRGM cet été, avec des régions où la situation est bien plus favorable que l’an dernier, et d’autres où elle reste critique. « La situation est préoccupante sur l’ouest du bassin parisien, dans le couloir du Rhône et de la Saône, dans le sud de l’Alsace, ainsi que du côté des nappes réactives du Roussillon et des nappes alluviales du littoral de la Côte d’Azur, dans le Var notamment », précise à Reporterre Violaine Bault, hydrogéologue au BRGM.
Certains secteurs, comme le couloir du Rhône et de la Saône, connaissent même des niveaux « historiquement bas ». En cause, les pluies, non seulement insuffisantes, mais aussi inefficaces. Cercle vicieux des sécheresses : en tombant sur un sol trop sec, beaucoup de pluie a ruisselé sans s’infiltrer et n’a donc pas contribué à recharger des nappes.
Les fortes chaleurs, quant à elles, empêchent la végétation d’entrer en dormance. Pour fonctionner, le plantes transpirent, c’est-à-dire puisent de l’eau dans le sol et la font monter jusqu’aux feuilles où elles l’évacuent dans l’atmosphère. Elles empêchent donc d’autant plus cette eau d’atteindre les nappes. « Tant que la chaleur maintiendra la végétation active, elle continuera de pomper l’eau destinée aux nappes », dit Violaine Bault.
Le BRGM note également l’impact direct des activités humaines sur ces sécheresses et notamment de l’agriculture. « Dans la Drôme, les niveaux se sont stabilisés. Pas parce qu’il aurait beaucoup plu, ce n’est pas le cas, mais parce que la période de forte irrigation s’est arrêtée », souligne la chercheuse.
Réduction de la période de recharge
Si la situation est globalement moins sévère pour les eaux souterraines qu’en 2022, la dynamique s’avère toutefois plus inquiétante. Si, en septembre 2022, les nappes étaient entrées en période de recharge, en septembre 2023 la vidange était toujours en cours. Plus précisément, 70 % des nappes étaient observées en baisse le mois dernier, contre à peine 12 % qui avaient commencé à se recharger.
Historiquement, les nappes ont tendance à se recharger en moyenne entre mi-octobre et mi-avril. Soit au moment où les plantes entrent en dormance, arrêtent de pomper l’eau dans les sols et permettent donc aux pluies de remplir les sous-sols. Avec la hausse des épisodes de chaleurs tardives à l’automne, sous l’influence du changement climatique, ainsi qu’avec l’avancée du printemps de plus en plus précoce, la végétation reste active de plus en plus longtemps, et réduit de manière délétère la période de recharge des nappes.
« Une situation de crise qui risque de devenir structurelle »
« Depuis 2018, on voit chaque année, à part pour 2020, cette tendance à un décalage de deux à trois semaines du début de la période de recharge à l’automne, à fin octobre, voire début novembre. On discute beaucoup avec les services de l’État de cette situation. C’est une situation de crise qui risque de devenir structurelle, de s’installer comme nouvelle norme », alerte Violaine Bault.
Pour 2024, ce retard dans la recharge risque de générer des déficits préoccupants sur plusieurs régions, avec encore un fort niveau d’incertitude. Le niveau de sécheresse l’an prochain dépendra du niveau de recharge cet hiver, et donc du niveau de précipitation dont bénéficieront les sols durant cet intervalle de dormance des plantes de plus en plus restreint.
Météo-France prévoit pour cet hiver plus de pluie que l’an dernier, mais aussi des températures très douces. Il est d’autant plus crucial, soulignent les spécialistes, de préserver les ressources en eau. Au 12 octobre, des arrêtés sécheresse de niveau « crise » concernaient près d’une cinquantaine de départements.