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Climat

Sous la menace du changement climatique, la Birmanie vote pour se libérer de la junte militaire

La junte qui contrôle la Birmanie depuis cinquante ans a relâché sa poigne de fer et les élections législatives de ce dimanche incarnent un espoir d’alternance démocratique. Mais les considérations environnementales sont absentes du débat politique, alors que le pays est un des plus menacés par le changement climatique.

Les Birmans sont appelés aux urnes, ce dimanche 8 novembre, pour un scrutin « historique ». En effet, ces élections législatives sont le premier acte démocratique du mouvement de sortie de la dictature militaire amorcée il y a quatre ans quand la junte s’est autodissoute, troquant l’uniforme pour des habits civils. Le scrutin est perçu par les Birmans comme le plus porteur d’espoirs de changement depuis le coup d’État militaire de 1962 [1], même si le quart des sièges est réservé constitutionnellement aux militaires : « Ces élections sont à situer dans le contexte politique fortement militarisé de ces cinq dernières décennies. Il n’est pas aussi inclusif et équitable qu’espéré, du fait notamment de l’exclusion du scrutin de nombreuses populations birmanes, dans le pays comme à l’extérieur. C’est un paradoxe observé dans d’autres contextes “transitionnels” de par le monde : ces élections ont de fortes chances d’être crédibles, même si injustes et peu transparentes », dit à Reporterre Renaud Egreteau, professeur à Sciences-Po.

Événements climatiques extrêmes

Les 32 millions d’électeurs birmans doivent choisir entre plus de 92 partis politiques. « L’enjeu du scrutin, c’est d’abord la fin de l’oppression et de la domination par une élite en place depuis tant d’années », résume le chercheur. Dans ce contexte, l’écologie passe à l’arrière-plan. « Aucun parti vert n’est enregistré », constate Cécile Harl, coordinatrice d’Info Birmanie, un centre de ressources documentaires sur le pays. Dans la campagne électorale lancée depuis septembre, aucune trace du changement climatique. « Le thème est complètement absent des programmes des plus de 6.000 candidats ».

Si la Birmanie est l’un des pays les moins responsables du changement climatique mondial [2], il est l’un des plus vulnérables à ses conséquences. Maplecroft, une agence de conseil en risque et stratégie pour les multinationales, classe Rangoun, l’ancienne capitale birmane, comme la quatrième ville la plus exposée aux effets du changement climatique au monde.

La Birmanie serait même le deuxième pays le plus concerné par des événements climatiques extrêmes, derrière le Honduras mais devant Haïti, selon l’étude « Global Climate risk index 2015 ». GermanWatch, le think tank allemand auteur de cette étude, dénombre 41 événements climatiques (inondation, cyclone, sécheresse, etc.) entre 1994 et 2013. En 2008, le cyclone Nargis avait à lui seul affecté près de 2,4 millions de personnes, causant la mort de 140 000. Le Centre for Science and Environnement, en Inde, avait estimé que cet événement météorologique extrême était « une catastrophe provoquée par l’homme et due au changement climatique ».

Été 2015, c’est le cyclone Komen et ses inondations qui ont touché plus d’1,5 million de personnes, provoquant des dégâts tels que la commission électorale birmane a proposé de reporter les élections, au motif qu’un grand nombre de personnes pourrait être empêché de voter. « On estime que près de 270.000 personnes ne pourront pas participer, dimanche, aux élections dans l’État Chin (Nord-Ouest du pays), à cause des inondations », précise Cécile Harl. La multiplication de ces événements couplés à l’augmentation de la température moyenne, à l’élévation du niveau de la mer ou à la hausse des précipitations sont autant d’observations faites par le département de météorologie et d’hydrologie birman, qui constate une forte évolution du climat depuis ces six dernières décennies.

Déforestation massive

Alors que près de 10 % du pays sont menacés par la montée des eaux, les conséquences s’annoncent lourdes pour l’agriculture - le premier secteur économique du pays - et sur les déplacements de populations : pas moins de 4,6 millions de personnes pourraient être concerné en 2050, selon une étude qui classe la Birmanie à la 13e position mondiale des pays les vulnérables.

La ville de Rangoun, l’ancienne capitale birmane.

Si le gouvernement s’est lancé ces dernières années dans une politique d’adaptation par un plan national de réduction des risques, la déforestation massive qui touche la Birmanie amplifie les effets du changement climatique. Un rapport récent de la FAO montre que le pays perd chaque année 2 % de sa couverture forestière, un des taux de déforestation les plus élevés au monde.

L’ouverture à la démocratie pourrait permettre une prise de conscience de l’état d’alerte qui menace la Birmanie : « Les Birmans ont encore très peu conscience des grands défis écologiques du monde actuel. Il y a un gouffre de connaissance en la matière, malgré les efforts de quelques groupes de la société civile birmane, analyse Renaud Egreteau. Pour l’heure, la Birmanie redécouvre le débat public et la discussion – c’est une très bonne nouvelle – et ces débats s’articulent d’abord sur un idéal de démocratie, pas encore de sauvegarde de l’environnement. » 

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