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Suicides, plainte pour harcèlement... Les affaires s’accumulent à l’école vétérinaire d’Alfort

L'école d'Alfort est l'une des quatres écoles vétérinaires françaises. Leurs étudiants sont largement plus dépressifs que la population globale, selon une étude récente.

Avertissement : cet article aborde la question du suicide. Si vous êtes sensible à ce thème ou la cible de pensées suicidaires, nous vous recommandons d’appeler le 3114, le numéro national pour aider, s’informer et agir en prévention du suicide.

L’École nationale vétérinaire d’Alfort (EnvA) est visée par une enquête préliminaire ouverte après une plainte déposée pour harcèlement moral et discrimination sexiste, révèle la cellule investigation de Radio France. Une vétérinaire accuse Christophe Degueurce, le directeur de l’EnvA, de lui avoir fait subir pendant des années des « brimades, propos humiliants et vexations ». Des propos que la direction de l’établissement conteste formellement auprès de Reporterre.

« Personnes bafouant le respect humain comme animal »

Selon Radio France, cette plainte s’inscrit dans un climat délétère qui pèse sur l’école vétérinaire. Il y a trois ans, un professeur d’anesthésie de l’EnvA s’est suicidé. Consultés par Radio France, les rapports d’activités de ce professeur font état d’une « ambiance invivable » et de « personnes bafouant le respect humain comme animal ». Mis au courant, le ministère de l’Agriculture assure avoir « pris ces alertes au sérieux », mais indique que les enquêtes menées n’avait pas conclu à un harcèlement moral.

D’autres enseignants affirment auprès de Radio France avoir été victimes de harcèlement sexuel de la part d’un vétérinaire retraité depuis 2024, mais qui conserve toujours un laboratoire au sein de l’EnvA. L’une d’elle a saisi le ministère de l’Agriculture à ce sujet en 2023.

Au total, le ministère de l’Agriculture indique avoir été saisi à quatre reprises concernant l’école vétérinaire, mais ne pas avoir « identifié d’éléments systémiques de violence, de harcèlement ni d’agissement sexiste » dans trois de ces cas.

Une proportion énorme d’étudiants dépressifs

Deux rapports du Haut conseil de l’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur pointent des carences majeures en matière de prévention et de santé au travail à l’EnvA. Une étude menée par les quatre écoles vétérinaires françaises (Maisons-Alfort, Toulouse, Nantes et Lyon) a récemment révélé que 43 % des étudiants interrogés déclarent présenter d’un état dépressif modéré à sévère et 15,7 % avoir eu récemment des pensées suicidaires. Soit des taux « bien supérieurs à ceux observés dans la population générale », indique l’étude. À la veille de la rentrée 2025, une étudiante de 24 ans qui devait entamer son internat après cinq ans à l’EnvA s’est tuée.

Sollicitée par Reporterre, l’école vétérinaire d’Alfort « regrette profondément ce qu’elle perçoit comme une instrumentalisation de décès ». Sa direction affirme « son engagement constant en faveur du bien-être et de la santé mentale de ses étudiants et de son personnel ».

Elle assure avoir pris plusieurs mesures pour en tenir compte : « Réforme de la cinquième année pour alléger la charge de travail, accompagnement psychologique renforcé, dispositifs de prévention des risques psychosociaux et des violences, ou encore l’étude nationale confiée au professeur Didier Truchot, initiée et financée par les écoles elles-mêmes. »

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