Sur l’autre Tour de France, le peloton des opposants à Cigéo avance groupé

19 juillet 2014 / Flora Chauveau (Reporterre)



C’est une boucle moins grande, mais elle aboutit également à Paris et ne pédale pas dans le vide : un peloton sillonne les routes depuis Bure dans la Meuse pour alerter sur les dangers du projet Cigéo. Reporterre a enfourché sa bicyclette pour accompagner, le temps d’une étape, ces joyeux coureurs.


- Dormans - Château-Thierry, reportage

Ils sont une trentaine, ce jeudi après-midi, à s’être rejoints devant une terrasse du village de Dormans (Marne). Le trajet du matin, depuis Epernay (Marne), a été difficile : le chemin de halage est cabossé et la chaleur monte. Le temps s’annonce lourd, plus de 30 degrés.

Les pédaleurs attachent leurs vélos à la hâte. Rapidement, le pique-nique s’organise. Il y a là Annie, originaire de Rouen, Jack d’Avignon, Cyril de Beaufort, Willy et Souad « d’un peu partout ». Il y a aussi ceux qui sont déguisés : le capitaine Jack Sparrow et le capitaine Haddock. D’autres ont laissé leurs costumes dans les voitures qui assurent l’intendance. L’ambiance est joyeuse. Les enfants réclament des glaces, quelques adultes piquent un somme ou discutent avec les badauds attablés à la terrasse.

350 km pour sensibiliser à Cigéo

Les cyclistes sont partis lundi dernier, le 14 juillet au matin, de Bure (Meuse). Sur leurs vélos sont fixés drapeaux et affiches qui témoignent de leur combat. Ils luttent contre le projet Cigeo qui vise à enfouir les déchets des centrales nucléaires françaises sous le sol de Bure, entre le département de la Meuse et celui de la Haute-Marne.

Ils ont décidé de parcourir 350 kilomètres à vélo pour sensibiliser les gens sur leur route. L’idée de rejoindre Paris en suivant les méandres de la Marne est venue d’un constat : « Les fuites radioactives sont très probables, elles peuvent contaminer l’eau de la rivière Ornain qui se jette dans la Saulx puis dans la Marne, qui va directement à Paris », explique Irène Gunepin, pédaleuse organisatrice. « Il faut que les Parisiens sachent ! ».


- Irène Gunepin -

C’est la troisième édition du périple militant à vélo. A l’origine, un groupe de musiciens militants, les Bure Haleurs : Xavier Aubriot, dit « Pépère », David Mangin et Achille Lorenz. Durant l’hiver 2012, à l’occasion de l’ouverture du débat public officiel sur le projet Cigeo, Xavier Aubriot part tout seul sur un vélo, de la commune de Villiers-en-Lieu (Haute-Marne).

« Je m’arrêtais dans les villages pour informer les gens, raconte-t-il. Je faisais un petit spectacle musical militant suivi d’un débat ». Le groupe décide de remettre ça l’été suivant, en 2013. Le départ est fixé à Villiers-en-Lieu (Haute-Marne) pour arriver à Bure, trois jours plus tard. « Nous sommes partis à deux, raconte David Mangin, et nous avons fini à sept vélos ».

Le concept commence à faire parler de lui. « Notre but est de rencontrer des gens qui ont des à-priori sur le problème », poursuit David Mangin. « Beaucoup de gens pensent qu’il y a déjà des déchets nucléaires à Bure, ce qui est faux ! » s’exclame Xavier Aubriot. Leur militantisme passe par le burlesque. « On est très déjantés pour que les médias locaux ne puissent pas faire autrement que de parler de nous ».

Un peloton haut en couleur

A Dormans, le repas est fini et certains sont allés se rafraichir dans la rivière. L’étape s’annonce moins dure que les jours précédents. Il s’agit de rejoindre Château-Thierry, à 23 kilomètres de là. Le cortège compte vingt-deux personnes et certains véhicules tapent à l’œil des passants : deux grands vélos, fabriqués par un ami de la bande. « Les gens ne regardent que ça ! », rigole Willy, qui chevauche l’un des deux.

D’ailleurs, voilà qu’une camionnette blanche s’arrête près du lieu de halte. Une petite femme coiffée d’un chapeau de paille à ruban rose sort, toute pimpante. Elle s’appelle Huguette. « Je suis venue prendre le vélo en photo, je vous ai croisés tout à l’heure ! » s’exclame-t-elle. Le capitaine Jack Sparrow – David Mangin – grimpe alors sur son bolide et fait une démonstration, pour le plus grand bonheur d’Huguette.

Il y a aussi un tandem, un vélo électrique, une charrette à vélo qui transporte deux chiots… Une diversité de véhicules qui fait écho à la diversité des cyclistes. « C’est une manifestation très hétéroclite », confie Annie, l’une des pédaleuses. « Ce n’est pas toujours facile mais ça me permet d’être plus tolérante envers des gens différents de moi ». Certains sont un peu délurés, d’autres plus réservés, les caractères s’entrechoquent. Mais cela ne décourage pas le groupe, qui arrive toujours à destination.

De la musique à l’arrivée de l’étape

Le chemin de halage qui longe la Marne est toujours aussi cabossé. Le groupe croise quelques pêcheurs, mais les banderoles « Bure stop » ne font pas grand effet. Puis, c’est la route : les camions klaxonnent le convoi, les habitants des villages regardent avec curiosité cette caravane bariolée. Les pédaleurs commencent à souffrir de la chaleur de juillet.

Enfin, c’est l’arrivée à Château-Thierry. Les voitures d’intendance, les accompagnateurs et les enfants sont déjà là. Le groupe s’installe sur le parvis de la mairie avec les banderoles. Les Bure Haleurs, avec guitare et trompette, se mettent à chanter. La presse locale est venue prendre des photos, quelques passants s’arrêtent, Irène Gunepin distribue des tracts.

Le soir, les pédaleurs fatigués posent leurs tentes dans le stade, que la commune a accepté d’ouvrir pour l’occasion. Encore 3 jours et 133 kilomètres avant d’atteindre Paris dimanche. L’arrivée est prévue en grande pompe au Trocadéro où les Bure Haleurs présenteront un spectacle : du burlesque et de la musique, à l’image de ce qu’ils ont semé tout au long de leur chemin.




Vous avez aimé cet article ? Soutenez Reporterre.

Source et photos : Flora Chauveau pour Reporterre

Lire aussi : A Bure, les opposants aux déchets nucléaires rêvent d’un nouveau Notre Dame des Landes


Cet article a été rédigé par une journaliste professionnelle et a entrainé des frais. Merci de soutenir Reporterre :

DOSSIER    Déchets nucléaires

18 novembre 2017
Fin de la COP 23 : la planète brûle, les diplomates tournent en rond
Info
18 novembre 2017
La chasse nuit à la biodiversité, démontre un naturaliste
Reportage
17 novembre 2017
Les syndicats sont d’accord pour rester divisés
Info


Vous avez aimé cet article ? Soutenez Reporterre

Dans les mêmes dossiers       Déchets nucléaires





Du même auteur       Flora Chauveau (Reporterre)