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Politique

Tweets, pub ciblée... Comment Poutine manipule l’opinion française en faveur du RN

Vladimir Poutine et Marine Le Pen en 2017.

Dans une étude, le chercheur David Chavalarias décrit la méthode exercée par la Russie pour influencer le paysage politique français. Et ce, en faveur du Rassemblement national.

Tweets de politiques français proches du régime russe, publications et publicités ciblées issues de profils (ou faux profils) localisés en Russie, faux sites internet… De 2016 à aujourd’hui, des milliers de données issues des réseaux sociaux X (anciennement Twitter) et Facebook ont été analysées par le directeur de recherche au CNRS David Chavalarias et son équipe grâce à des logiciels libres créés sur mesure. Ce projet, baptisé Politoscope, se base sur 700 millions de messages publiés sur X (ex-Twitter) par près de 17 millions d’utilisateurs.

Pré-publiée lundi 30 juin, l’étude de David Chavalarias livre une analyse scientifique — intitulée « Minuit moins dix à l’heure de Poutine » — qui révèle la stratégie d’influence de la Russie pour déstabiliser la démocratie française... et aider un parti favorable aux intérêts de Poutine, en l’occurrence le RN, à accéder au pouvoir.

On apprend notamment qu’« abattre le front républicain » est un souhait du Kremlin. Comment ? Il faut pour cela le « rendre sans objet en normalisant l’extrême droite. [...] C’est ce à quoi s’emploie le Rassemblement national depuis plusieurs années. La seconde stratégie consiste à faire en sorte que les partis de gouvernement se détestent au point de ne plus pouvoir faire front républicain. C’est ce à quoi s’emploie le Kremlin depuis plusieurs années ».

Cette offensive porte ses fruits si l’on en croit l’actualité la plus récente : certains candidats d’Ensemble (majorité présidentielle) ont ainsi refusé de se désister pour faire barrage à l’extrême droite lors des triangulaires au second tour des législatives. « Dans un contexte de reconfiguration brutale de l’espace politique suite à la dissolution de l’Assemblée nationale, les efforts du Kremlin sont sur le point de payer », écrit David Chavalarias.

L’étude révèle également que l’objectif russe est de faire infuser des concepts fumeux et des amalgames dans l’opinion publique française.

Un « islamogauchisme » signé Poutine

Ainsi, auriez-vous imaginé que l’« islamogauchisme » — avant sa popularisation sur les plateaux télé français — est un concept inventé depuis les plaines sibériennes ? « [En tant que groupe social organisé], quasiment personne entre 2016 et 2021 ne faisait référence à l’islamogauchisme. […] Les comptes de très loin les plus actifs étaient des trolls du Kremlin », nous renseigne l’étude.

C’est en 2021 que la ministre de l’Enseignement supérieur Frédérique Vidal a popularisé le concept, en chargeant le CNRS d’étudier son implantation supposée au sein des universités françaises. Son occurrence sur Twitter a explosé les compteurs, actant sa banalisation dans l’opinion française. Et ce, jusqu’à contribuer à ancrer dans les esprits une équivalence entre extrême gauche et extrême droite : le fameux « bloc des deux extrêmes » dont Macron se proposait d’être le rempart le 12 juin dernier après la dissolution de l’Assemblée nationale.

L’idée générale est de « raviver les tensions communautaires en France ». Pour cela, les réseaux sociaux ne sont pas leur seul outil. « La perception de la montée de l’antisémitisme et son caractère anxiogène ont été amplifiés par le Kremlin via des actions sur le territoire telles que les tags de l’étoile de David sur les murs de Paris et les tags de “mains rouges” sur le Mémorial de la Shoah », écrivent les chercheurs.

Comment contrer l’offensive ? L’historien David Colon, spécialiste de la désinformation et professeur à Sciences po, prône dans Télérama le « pre-bunking », afin d’« identifier des manipulations potentielles avant qu’elles n’interviennent ». Des collectifs comme Antibot 4 Navalny s’adonnent à cette pratique qui permettrait selon l’historien « d’informer en temps réel sur les opérations russes dans l’espoir de réduire la viralité des contenus de désinformation ».

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