Décryptage : à l’Assemblée, le RN combat avec vigueur toute politique écologiste
Reporterre s’est plongé dans les centaines de questions adressées au gouvernement par ses 89 députés sortants, entre juin 2022 et juin 2024. - © Xose Bouzas / Hans Lucas / Hans Lucas (via AFP)
Reporterre s’est plongé dans les centaines de questions adressées au gouvernement par ses 89 députés sortants, entre juin 2022 et juin 2024. - © Xose Bouzas / Hans Lucas / Hans Lucas (via AFP)
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Reporterre a analysé les questions posées à l’Assemblée par les députés Rassemblement national sortants. Plus de pesticides, d’avions, de mégacamions... Les efforts environnementaux sont systématiquement attaqués.
Ce n’est un secret pour personne, le Rassemblement national (RN), par ses propositions comme par ses votes, incarne une ligne conservatrice, voire régressive sur les enjeux environnementaux. Pour compléter ce constat déjà largement documenté [1], Reporterre s’est plongé dans les centaines de questions adressées au gouvernement par ses 89 députés sortants, entre juin 2022 et juin 2024.
Une fois par semaine, les parlementaires ont la possibilité d’interpeller le gouvernement sur un sujet qui les préoccupe, à l’oral ou à l’écrit. Les députés RN ont adressé environ 800 questions aux ministères en charge des questions liées à l’environnement (agriculture, biodiversité, transition écologique, transports…).
Pulvérisation de pesticides par drone
Premier constat, les élus RN ne nient plus, du moins publiquement, la réalité du réchauffement climatique et du recul de la biodiversité. Que ce soit pour s’inquiéter de la sécheresse ou pour demander des aides publiques à la suite d’une catastrophe, leurs questions tiennent compte de ce que certains d’entre eux appellent les « nouvelles contraintes climatiques ». Pourtant, ils ont systématiquement combattu toute politique contraignante d’un point de vue environnemental.
Leurs efforts se dirigent en premier lieu contre le plan de réduction des pesticides Écophyto. La liste des produits interdits ou menacés d’interdiction que le RN tente de sauvegarder est longue, en raison des dommages sur la santé humaine et la biodiversité [2]. La décision, en janvier 2023, de la Cour de justice de l’Union européenne d’interdire les pesticides à base de néonicotinoïdes soulève par exemple une importante levée de boucliers dans les rangs du parti.
Pendant que certains députés militent pour que la pulvérisation de produits phytosanitaires par drones soit autorisée, d’autres prennent la plume pour contester la mise en place de « zones de non-traitement » le long des habitations et des écoles, ou s’alarmer d’une hypothétique restriction à l’usage de pesticides en zones Natura 2000.
Leurs arguments sont souvent les mêmes : la sortie des pesticides fait perdre du rendement à l’agro-industrie, faute d’alternative, et induit une « concurrence déloyale » lorsque la France est pionnière vis-à-vis de ses voisins européens. Cette ligne, défendue notamment par la FNSEA, syndicat agricole majoritaire, a remporté une nette victoire cette année, avec « une pause » décrétée en février par le gouvernement dans le plan Écophyto sur fond de mouvement des agriculteurs et, en mai, la réduction de ses ambitions, au grand dam des professionnels de santé et des écologistes.
Lire aussi : Le « mensonge » de l’État pour freiner la sortie des pesticides
L’Office français de la biodiversité est également pris pour cible et accusé d’agir « au détriment de l’activité des agriculteurs ». Tandis que le maintien de prairies permanentes, dispositif de la politique agricole commune en faveur de la biodiversité et de stockage de carbone, est combattue, en raison du fait qu’il est « peu productiviste », selon les mots de Michaël Taverne, député du Nord. « Une vache nourrie à l’herbe produit près de deux fois moins de lait qu’une vache nourrie avec des céréales », tranche le parlementaire.
Plusieurs députés RN tentent même de freiner le timide renforcement du cahier des charges de la certification Haute valeur environnementale, pourtant dénoncée comme trompeuse par les agriculteurs bio.
Le plan « Zéro artificialisation nette », promulgué en 2021, qui entend lutter contre la bétonisation, une des principales causes de l’effondrement du vivant, est frontalement combattue : ce « principe utopique […] ne peut conduire qu’au dépérissement de notre économie et de notre démocratie », tance Christine Engrand, députée du Pas-de-Calais.
L’horizon indépassable du productivisme
Bien avant l’installation de barrages routiers, la colère des agriculteurs est remontée à l’Assemblée nationale à travers de nombreuses questions écrites, émanant de tous les groupes parlementaires, dont le RN : la crise énergétique qui affecte le revenu des agriculteurs, la concurrence des produits ukrainiens délestés des droits de douane, les retards de versement des aides de la politique agricole commune… Tous les ingrédients du cocktail explosif se retrouvent dans les questions du RN. Certains députés, moins nombreux, prennent aussi la plume pour demander des mesures d’aide à l’agriculture biologique, qui traverse une importante crise.
Les solutions proposées penchent pour un renforcement du modèle productiviste. « Choc de simplification administrative », « droit à l’erreur pour les exploitants agricoles » face aux normes environnementales...
Après la sécheresse de 2022, plusieurs députés RN demandent un « plan Marshall » pour lancer des « projets structurants », notamment afin que l’agriculture intensive puisse continuer d’irriguer lorsque le niveau des nappes phréatiques ne permet plus les pompages : récupérer les eaux usées, prévenir les fuites de canalisation, développer de nouvelles bassines et retenues d’eau, construire des centrales de désalinisation de l’eau de mer… Rien sur la sobriété ou la préservation des zones humides, tandis que la création d’un observatoire des haies bocagères (favorable à l’infiltration des eaux de pluie) est raillée par une députée du Vaucluse.
Plus d’avions, plus de mégacamions
Les députés RN sont plusieurs à s’emparer du sujet de la souffrance animale, des conditions d’élevage, de transport et d’abattage. Ils relayent aussi les inquiétudes des refuges animaliers qui manquent de moyens pour faire face à l’explosion des besoins. Ils se montrent en revanche très actifs contre le loup, en demandant notamment un « plan de prélèvement » augmentant les autorisations de chasse. Sans surprise, ils se font le relais des revendications des chasseurs. Ainsi, Marie-France Lorho, députée RN du Vaucluse, s’offusque de l’interdiction de la chasse à la glu, « élément du patrimoine culturel français, notamment provençal ».
Lorsque l’Union européenne propose d’éliminer progressivement le chalutage de fond – qui consiste à racler les fonds marins avec des engins tractés – dans les seules aires marines protégées (AMP), quatre députés RN prennent la plume pour dénoncer l’« asphyxie » de la pêche industrielle. Ils seront entendus par le gouvernement français qui multiplie les démarches, depuis, pour faire annuler ce projet. Le RN dénonçait également en mars 2023 la fermeture de certaines zones de pêche dans l’océan Atlantique, décrétée par l’Union européenne pour préserver les dauphins, victimes collatérales.
« Les éoliennes, un saccage du paysage »
Les énergies renouvelables n’ont pas non plus la cote, en particulier les implantations d’éoliennes, ce « saccage du paysage […] perpétré au nom de l’écologie ». Le RN combat farouchement les projets de zones à faibles émissions (ZFE) réduisant la circulation des voitures les plus polluantes et l’interdiction des voitures thermiques d’ici à 2050, comme cela figure en bonne place dans son programme pour les législatives. Il défend le train, à travers de nombreuses questions s’inquiétant d’une perte de maillage du territoire, mais aussi le développement de la route : projets autoroutiers, autorisation des « mégacamions », augmentation du tonnage des camping-cars non électriques.
Les députés s’expriment aussi beaucoup pour dénoncer la réduction des liaisons aériennes intérieures, de Paris vers Montpellier, Nice, Perpignan, Toulouse et les Pyrénées-Atlantiques ou pour demander l’ouverture d’une liaison Paris-Carcassonne. Ils regrettent également le projet européen d’interdire les subventions aux aéroports régionaux.
Le vol doit donc se poursuivre comme si de rien n’était, pour les parlementaires RN, avec les « nouvelles contraintes climatiques » en soute.