Arrêt d’Écophyto, aides : les mesures du gouvernement pour apaiser les agriculteurs
Tracteurs bloquant l'A15 en direction de Paris, le 29 janvier 2024. - © NnoMan Cadoret/Reporterre
Tracteurs bloquant l'A15 en direction de Paris, le 29 janvier 2024. - © NnoMan Cadoret/Reporterre
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Le gouvernement a annoncé le 1er février des mesures pour apaiser les agriculteurs. Le plan Écophyto, visant à réduire les pesticides, a notamment été mis en pause. « Un recul inacceptable » pour les écologistes.
Le gouvernement a sorti le grand jeu pour tenter d’apaiser la colère des agriculteurs. Quatre ministres — Gabriel Attal, Bruno Le Maire, Marc Fesneau, Christophe Béchu — ont détaillé une salve de mesures en six volets « pour répondre à ce malaise qui ne date pas d’hier », selon les propos du Premier ministre.
Le locataire de Matignon a défendu sa ligne, « produire et protéger » : « Nous devons assumer de produire à l’opposé de toutes les thèses décroissantes. Et protéger notre agriculture contre la concurrence et les aléas. »
Le Premier ministre a, surtout, annoncé « la mise en pause du plan Écophyto ». Ce programme vise à réduire le recours aux pesticides. Il y a fort à craindre que ce plan — pourtant indispensable pour la santé des agriculteurs et des écosystèmes — sorte amoindri de cette séquence. Sur les pesticides, Marc Fesneau a annoncé que le gouvernement ferait appel de la décision contre les « chartes de voisinage », permettant d’assouplir les conditions d’épandage des pesticides. Une victoire écolo remise en cause, donc.
Dernier point et non des moindres, sur les produits phytosanitaires : Gabriel Attal a déclaré qu’aucun pesticide ne pourrait être interdit en France avant que la substance active qu’il contient ne soit interdite dans le cadre européen. C’est « un recul majeur », juge l’association Générations futures.
Parmi les autres nouvelles annonces :
- L’inscription de l’objectif de souveraineté alimentaire dans la loi. « Nous consacrerons l’agriculture comme un intérêt fondamental de la nation », a indiqué M. Attal. Un sujet pas si consensuel, comme le rappelait l’économiste Harold Levrel dans un article de The Conversation : « La souveraineté alimentaire est ainsi devenue l’argument d’autorité permettant de poursuivre des pratiques qui génèrent des catastrophes écologiques et humaines majeures. »
- Le gouvernement entend accélérer l’adoption d’une loi sur les troubles de voisinage. Dans les cartons depuis plusieurs mois, ce texte « ne doit pas offrir un droit à polluer aux industriels et aux gros exploitants », avertissait en décembre dernier la députée écologiste Sandrine Rousseau.
- Le gouvernement s’est décidé à activer des clauses de sauvegarde permettant entre autres d’interdire l’importation de produits traités avec des pesticides interdits chez nous. Ce devrait être le cas pour une substance néonicotinoïde.
- Bruno Le Maire a annoncé des centaines de contrôles dans la grande distribution afin de veiller au respect des contrats passés avec les agriculteurs. Ainsi que 10 000 contrôles afin de vérifier l’origine française des produits, et lutter contre les informations trompeuses. Il a également dénoncé les délocalisations de certaines négociations commerciales qui visent à contourner la loi.
- Côté aides, le Premier ministre entend débloquer 150 millions d’euros cette année en soutien aux éleveurs, un secteur particulièrement fragilisé.
- Sur le sujet de l’eau, les ministres ont réaffirmé leur soutien aux projets de stockage type mégabassines. Ils entendent notamment faciliter le financement de ces ouvrages par les départements et les Agences de l’eau. Ces dernières ont pourtant été privées de certaines de leurs recettes en fin d’année dernière, pour faire plaisir à la FNSEA.
- Christophe Béchu a annoncé une simplification des règles pour curer et nettoyer les cours d’eau ; un décret est paru le 1er février sur ce sujet sensible, car un curage inadapté des rivières peut provoquer d’importants dégâts environnementaux.
- Citant l’exemple d’une convention signée entre le monde agricole et la gendarmerie — qui avait abouti à la création de la cellule Déméter, chargée de surveiller les opposants à l’agro-industrie —, Christophe Béchu a annoncé la signature prochaine d’une convention entre l’Office français de la biodiversité (OFB) et le monde agricole, « pour trouver de nouvelles manières de travailler ensemble ». Un nouvel affaiblissement en vue pour la police de l’environnement, déjà mise sous contrainte.
Outre ces nouvelles mesures, un certain nombre d’annonces tenait plutôt du recyclage et du plan com’ :
- Gabriel Attal s’est positionné contre la viande cellulaire, bien que ces aliments soient pour le moment très loin d’inonder nos supermarchés.
- Le Premier ministre a affirmé vouloir « accélérer sur le respect des objectifs Egalim dans la restauration scolaire » : en clair, les cantines devraient normalement servir des repas composés à 50 % de produits locaux et à 20 % de bio. Marc Fesneau avait déjà annoncé cette mesure en décembre.
- Le Premier ministre s’est félicité d’une victoire sur l’étiquetage du miel au niveau européen — victoire qui ne devrait pas suffire face à la détresse des apiculteurs.
- Marc Fesneau a réaffirmé la parution très prochaine du décret pour interdire l’appellation « steak végétal ». Un texte qui pourrait s’avérer bancal, au vu des récentes décisions de justice sur le sujet.
- Les ministres ont à nouveau souligné leur volonté de « lutter contre les contentieux parfois abusifs » contre des installations agricoles — type élevage industriel et retenue d’eau — en raccourcissant notamment les délais de recours. Comme dans le cas de la loi Industrie verte, cette « simplification » risque de se faire au détriment de la participation citoyenne.
À noter également : si le changement climatique a bien été mentionné comme un des défis majeurs pour l’agriculture, aucune annonce n’a été faite à ce sujet.
« Un cadeau empoisonné au monde agricole »
Sur les réseaux sociaux, les réactions n’ont pas tardé. Nombre d’observateurs et d’écolos ont fustigé l’arrêt du plan Écophyto : « Pour l’écologie comme pour la santé publique, la mise sur pause du plan Écophyto est un recul inacceptable, a ainsi tweeté l’eurodéputée Marie Toussaint. Le gouvernement vient de faire un cadeau empoisonné au monde agricole. »
Pour François Veillerette, de Générations futures, « ces mesures [sur les pesticides] totalement rétrogrades nous ramènent plus de quinze années en arrière. Il s’agit d’une erreur politique majeure, car si la question du revenu agricole est une vraie question pour un certain nombre d’agriculteurs, ce n’est pas en sacrifiant l’environnement et les ressources naturelles qu’on règlera ce problème, bien au contraire ».
La Fondation pour la nature et l’Homme, elle, a dénoncé « un détricotage opportuniste des acquis environnementaux, à rebours de la nécessaire transition agroécologique et des problématiques socio-économiques des agriculteurs ».
« Nous aimons nos agriculteurs », a affirmé Gabriel Attal en conclusion de sa conférence de presse, ces représentants de « la France qui donne tout pour son pays ». Le Premier ministre s’est donné quelques semaines, jusqu’au Salon de l’agriculture prévu fin février, pour avancer sur ces sujets. Quant à savoir si ces annonces permettront de mettre fin aux mobilisations, il a éludé : « Je ne crois pas qu’aucun agriculteur se complaise dans les blocages. Ils subissent déjà les blocages au quotidien avec toutes les normes et les règles. »