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Ubu Président

27 février 2012 / Hervé Kempf



C’était en 2012. M. Fillon était Premier ministre, M. Sarkozy président. Les deux compères avaient carrément supprimé le poste de ministre de l’Ecologie.

« Cornegidouille ! nous n’aurons point tout démoli si nous ne démolissons même les ruines ». Et tel le père Ubu, le président-candidat, passé de la « révolution écologique » de 2007 à « l’environnement ça commence à bien faire » de 2010, a carrément supprimé la ministre !

Depuis le 22 février, il n’y a plus en France de ministre de l’Ecologie, Nathalie Kosciusko-Morizet étant nommée Mère Ubu – pardon, « porte-parole de la campagne ». Les rats quittent le navire, et voici le directeur-adjoint de cabinet de l’ex-ministre, Pascal Berteaud, nommé directeur de l’Institut national de l’information géographique, tandis que les conseillers s’égayent vers différentes carrières. Pour les affaires courantes, voyez François Fillon, premier ministre, amateur de corrida et de course automobile. D’ailleurs, le président-candidat insiste auprès des agriculteurs, dans Agra Presse le 24 février : « ils auront noté que j’ai demandé à François Fillon de prendre en charge le ministère [de l’écologie], ce qui est un signe ». Oh, les gros sabots !

Imagine-t-on que le pays pourrait ne pas avoir de ministre de la Défense, de l’Economie ou de la Santé pendant quatre mois, de février à mai ? Mais l’environnement, « on le fiche dans le coffre de la voiture, pour faire disparaître les traces du crime » (Ubu enchaîné, Alfred Jarry), et tout le monde s’en bat l’œil, « par ma chandelle verte ».

Notons, n’étant pas poète, que dans l’aventure, pendant que l’on déroule le tapis rouge aux chasseurs – par une loi votée sans un murmure le 23 février, accordant notamment une rente fiscale aux propriétaires d’installations de chasse -, on enterre des décrets qui étaient prêts à l’adoption, comme celui sur la trame verte et bleue (réseau de zones naturelles) ou celui sur la responsabilité sociale des entreprises. Que le Forum mondial de l’eau, à Marseille, se déroulera en mars sans que le ministre concerné y participe. Que la préparation du Sommet de Rio, en juin, est abandonnée aux fonctionnaires. Il faudra surveiller attentivement le Journal Officiel pour découvrir les décisions avantageuses que M. Fillon y fera passer dans ses dernières semaines…

Le quinquennat, en ce qui concerne l’écologie, s ‘achève dans une ahurissante clownerie. Mais puisque ruines il y a, suggérons au prochain président de recréer un ministère de l’Ecologie, autonome de l’Equipement et de l’Industrie, pour disposer enfin d’un point d’appui solide pour une vraie politique.





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Lire aussi : Sarkozy, de l’écologisme d’Etat à l’injure productiviste

Source : Cet article a été publié dans Le Monde daté du 26 février 2012.

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