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Nucléaire

Ukraine : dans quel état est la centrale nucléaire de Zaporijia ?

La centrale de Zaporijjia et ses six réacteurs nucléaires.

L’Agence internationale de l’énergie atomique va inspecter la centrale nucléaire de Zaporijia, en Ukraine. Aujourd’hui sous contrôle russe, elle a été endommagée par la guerre, faisant craindre l’éventualité d’un grave accident.

« Cette mission sera la plus difficile de l’histoire de l’AIEA [Agence internationale de l’énergie atomique] », a estimé le ministre des Affaires étrangères ukrainien, Dmytro Kouleba, en apprenant qu’une délégation de treize experts conduite par le président de l’agence onusienne Rafael Grossi avait pris la route, lundi 29 août, vers la centrale de Zaporijia->https://www.boursorama.com/actualite-economique/actualites/ukraine-une-delegation-de-l-aiea-en-route-vers-la-centrale-de-zaporijjia-55fff8b0100417e0b2f0adca4b38722b]. Elle devrait arriver à destination « au plus tard cette semaine », a précisé M. Grossi sur Twitter. Objectif : évaluer les dégâts matériels, les conditions de travail du personnel et l’état des systèmes de sécurité de la centrale, et assurer le suivi du matériel nucléaire. Ceci, alors que plusieurs semaines d’incessants bombardements, dont la Russie et l’Ukraine se rejettent la responsabilité, accroissent la menace d’une catastrophe nucléaire.

M. Grossi réclamait depuis des mois qu’une délégation de l’AIEA puisse accéder à la centrale. Les négociations pour obtenir cette visite se sont révélées un exercice diplomatique de haut vol, l’installation étant située très près de la ligne de front — quasiment à cheval entre la partie du pays où l’Ukraine est toujours souveraine, au nord et à l’ouest, et celle passée sous occupation russe, au sud et à l’est.

« Nous attendions cette mission depuis longtemps »

Longtemps, la Russie a exigé que la délégation onusienne passe par la zone contrôlée par ses troupes, ce que refusait l’Ukraine au motif que cela légitimerait l’occupation russe. La situation s’est finalement débloquée mi-août, quand Vladimir Poutine a accepté que M. Grossi et son équipe accèdent à la centrale par les territoires ukrainiens. Vendredi 26 août, devant le risque d’escalade, Volodymyr Zelensky pressait l’agence onusienne d’envoyer une délégation. « Nous attendions cette mission depuis longtemps. Nous considérons qu’elle est nécessaire, a pour sa part réagi le Kremlin par la voix de son porte-parole Dmitri Peskov, qui a appelé à « faire pression sur la partie ukrainienne pour qu’elle cesse de mettre en danger le continent européen en bombardant la centrale ».

Reste à savoir si les experts de l’ONU pourront travailler dans de bonnes conditions. L’opérateur ukrainien Energoatom a en effet affirmé que les forces russes, « se préparant à l’arrivée de la mission de l’AIEA, mettent la pression sur le personnel [ukrainien] de la centrale pour les empêcher de révéler des preuves des crimes de l’occupant ».

La centrale la plus puissante d’Europe

La centrale nucléaire de Zaporijjia, la plus puissante d’Europe, compte six réacteurs d’une puissance unitaire de 1 000 mégawatts (MW). Elle assurait 20 % de la production d’électricité du pays avant que les Russes ne s’en emparent le 4 mars dernier. Depuis, deux réacteurs sont toujours en fonctionnement et conduits par des travailleurs ukrainiens, mais sous le contrôle des troupes envoyées par Moscou.

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La situation est « très risquée et dangereuse », a averti le président ukrainien Volodymyr Zelensky vendredi 26 août à Kiev. La principale menace est la perte de refroidissement de la centrale. En effet, le cœur des réacteurs et les piscines d’entreposage des combustibles neufs et usés ont un besoin impératif d’être constamment rafraîchis sous peine d’accident. Pour cela, deux ingrédients vitaux : l’eau, pour alimenter les circuits de refroidissement, et l’électricité, pour faire tourner les pompes et les circuits de sûreté.

D’autres risques d’accident ont été identifiés par les experts internationaux : que les bombardements endommagent les installations, lesquelles n’ont pas été conçues pour résister à un conflit armé ; que la pression exercée par les troupes russes sur les travailleurs ukrainiens soit telle que ces derniers commettent des erreurs de pilotage…

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Depuis jeudi 25 août, au moins un de ces scénarios catastrophe a failli se réaliser : les deux réacteurs ont dû être arrêtés par mesure de sécurité après que des bombardements aient entraîné des dommages sur les lignes électriques qui leur apportent le courant nécessaire au fonctionnement de ces équipements. Les diesels de secours ont dû prendre le relais le temps qu’ils soient reconnectés au réseau quelques heures plus tard.

« Des risques de fuite d’hydrogène et de pulvérisation de substances radioactives »

Depuis, difficile de se faire une idée de l’état de la sûreté dans la centrale. Samedi 27 août, son exploitant, Energoatom, a indiqué que les bombardements avaient « endommagé […] l’infrastructure de la centrale » et qu’il existait « des risques de fuite d’hydrogène et de pulvérisation de substances radioactives ».

« Actuellement, le personnel technique surveille l’état technique de la centrale nucléaire et assure son fonctionnement. La situation en matière de radiations dans la zone de la centrale nucléaire reste normale », a pour sa part assuré le porte-parole du ministère russe de la Défense, Igor Konashenkov, dimanche 29 août.

Plusieurs pays se préparent néanmoins au pire. La mairie de Zaporijjia a indiqué distribuer depuis le 23 août des comprimés d’iode aux habitants dans un rayon de 50 kilomètres autour de la centrale. La Roumanie, qui avait mené une première campagne de distribution d’iode à sa population en mars dernier, a relancé cette opération la semaine dernière et a envoyé près d’un million de doses à la Moldavie.

Pour l’heure, aucune mesure de ce type n’a été prévue en France. « Dans le pire des scénarios, où toute la radioactivité d’un réacteur de la centrale la plus à l’ouest de l’Ukraine est rejetée à l’extérieur, nous avons trouvé, sur mille séquences météorologiques étudiées issues des dix dernières années, un cas où une partie du territoire français pourrait potentiellement être concernée par des niveaux de radioactivité qui justifieraient une prise de comprimés d’iode », a justifié au journal Le Monde Philippe Dubiau, directeur délégué à la crise auprès du directeur général de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN).

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