Un journaliste de Reporterre molesté par la police à Albi

Durée de lecture : 3 minutes

23 septembre 2014 / Hervé Kempf (Reporterre)

Le 9 septembre, des manifestants occupaient le Conseil général du Tarn, dans une action de protestation contre la destruction de la zone humide du Testet. Un journaliste de Reporterre, Emmanuel Daniel, suivait l’événement. Il a été violenté par la police et empêché de travailler. Dans une lettre ouverte au Préfet, nous protestons publiquement : toute atteinte à la liberté d’informer est une atteinte à la démocratie.


A l’attention de Monsieur Thierry Gentilhomme,
Préfet du Tarn,
Place de la Préfecture,
81013 Albi Cédex 9

Paris, le 22 septembre 2014

Monsieur le Préfet,

Je vous écris afin de vous exprimer notre protestation à l’égard de l’action des forces de police dont vous avez la responsabilité.

Le mardi 9 septembre dernier, des manifestants ont pénétré dans les locaux du Conseil général du Tarn, à Albi. Un journaliste travaillant pour Reporterre les suivait, afin de relater le déroulement des événements, ainsi que nous le faisons à propos de nombreux sujets, et en particulier à propos des péripéties qui entourent le projet de barrage de Sivens.

Cette intrusion dans le bâtiment public a donné lieu à des mouvements souvent violents entre policiers et manifestants. D’après plusieurs témoins, les policiers (en uniforme ou en civil) ont durant ces heurts plusieurs fois outrepassé ce qui relève de la nécessité de l’ordre public. Ils ont violenté un conseiller régional, pourtant clairement identifiable comme tel par le port de son écharpe d’élu, alors qu’il tentait de calmer les protagonistes. Ils ont frappé de coups de matraque des manifestants au sol qui n’étaient plus, de par cette position, menaçants, et dont certains étaient torse nu. Ils ont enfin empêché plusieurs journalistes d’exercer la mission qui est la leur, garantie par la Déclaration des droits de l’homme qui fonde la Constitution de la République, et qui consiste à informer librement leurs concitoyens, afin d’aider à former le jugement commun permettant des choix raisonnés. En empêchant les journalistes d’exercer leur travail, en rendant impossible leur témoignage, on bloque l’information des citoyens et on met donc à mal une des conditions essentielles de la démocratie.

Je cite le témoignage d’un confrère du Tarn libre, qui a relaté sur le site internet de ce journal le déroulement des événements : « Les forces de l’ordre ne font pas de discernement : un jeune journaliste du site d’information écologiste Reporterre est saisi, soulevé comme un fétu de paille par plusieurs policiers, il proteste de son statut de journaliste, parvient à brandir sa carte de presse, nous sommes plusieurs confrères à crier ‘Il est journaliste’, mais les forces de l’ordre continuent à le molester jusqu’à ce qu’il soit repoussé au rez-de-chaussée ».

Notre collaborateur molesté, Emmanuel Daniel, a déposé une « main courante » au commissariat d’Albi le 18 septembre 2014.

Après avoir pris le temps de la réflexion et de la consultation, j’ai donc l’honneur de vous adresser une protestation solennelle, de la rendre publique, et de faire copie de cette lettre au Défenseur des droits ainsi qu’au Syndicat national des journalistes.

Croyez Monsieur le Préfet à l’assurance de mes salutations distinguées

Hervé Kempf
Rédacteur en chef de Reporterre



Source : Reporterre

Photo : La Dépêche

Lire aussi : Au Testet : « Ils m’ont écrasé la tête sur le bitume en me disant que je n’étais qu’une merde »


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