Action Extinction Rebellion à Orly : notre journaliste a été libéré après dix heures de garde à vue

Durée de lecture : 7 minutes

26 juin 2020 / Camille Martin (Reporterre)



Alors qu’il couvrait une action d’Extinction Rebellion à l’aéroport d’Orly, en banlieue parisienne, notre reporter Alexandre-Reza Kokabi a été interpellé et placé en garde à vue. Lors de l’action, une trentaine de militants ont investi vendredi 26 juin au matin les pistes de l’aéroport qui rouvrait ce même jour.

Vers midi, ce vendredi 26 juin, Alexandre-Reza Kokabi, journaliste à Reporterre, a été emmené par les forces de l’ordre pour être placé en garde à vue, pour « entrave à la circulation aérienne ». Il a été libéré vers 21 h après dix heures de garde à vue et avoir été auditionné par les forces de l’ordre. Des activistes ont également été interpellés. Il couvrait l’action d’Extinction Rebellion à Orly, dont nous vous racontons ci-dessous le déroulé.

Ce matin, à 10 h 15, une trentaine de militants d’Extinction Rebellion (XR) ont investi les pistes de l’aéroport d’Orly, en banlieue parisienne, qui rouvrait ce même jour. Le but : dénoncer le soutien gouvernemental au secteur de l’aérien.

Le Groupe Aéroports de Paris a assuré à l’AFP qu’il porterait plainte : « L’exploitation aéroportuaire a été brièvement interrompue. Les opérations aériennes ont pu reprendre en toute sécurité sur les autres pistes de l’aéroport, en pleine coordination avec les services compétents de l’État », a-t-il indiqué.


21 h : Notre journaliste Alexandre-Reza Kokabi est libéré de la gendarmerie de Pontoise (Val-d’Oise), où il avait été transféré dans l’après-midi après avoir été d’abord retenu à la gendarmerie du transport aérien d’Orly. Il aura passé dix heures en garde à vue et a été auditionné par les forces de l’ordre.

19 h 30 : Le Syndicat national des journalistes, première organisation de la profession, vient d’écrire un communiqué de soutien pour exiger la libération immédiate d’Alexandre-Reza Kokabi.

Faut-il encore rappeler aux forces de l’ordre que la liberté de la presse est constitutionnelle et que les journalistes doivent pouvoir exercer leur mission d’information partout et toujours ? Faut-il que chaque fois qu’un journaliste est empêché de travailler, une plainte soit déposée pour rétablir la liberté d’informer ?

Le syndicat interpelle le ministre de l’Intérieur : « Selon quelles directives les forces de l’ordre retiennent-elles Alexandre-Reza Kokabi ? »

18h30 : Cela fait maintenant six heures que notre journaliste Alexandre-Reza Kokabi est en garde à vue. Il va bien, mais nous ne savons toujours pas quand il pourra sortir. Les militants placés en garde à vue en même temps que lui ne sont également toujours pas sortis.

Pendant ce temps, les soutiens se multiplient. Le SNJ-CGT, la secrétaire générale du SNJ Dominique Pradalié, nos collègues de BastaMag, le collectif Reporters en colère, entre-autres, ont manifesté leur soutien et demandé la libération de notre reporter. Les organisations Anv-Cop21, Attac, Alternatiba, Amis de la Terre, ainsi que la député France Insoumise Mathilde Panot ont également manifesté leur indignation et leur soutien.

14 h 45 : À l’instar de collectifs de journalistes — dont Reporters en colère — le Syndicat national des journalistes-CGT a dénoncé « une nouvelle atteinte à la liberté d’informer ».

13 h 55 : D’après Franck, contact presse d’Extinction Rebellion, sur place à Orly, une trentaine de militants ont été interpellés pour « entrave à la circulation aérienne » : « Nous avions prévenu la sécurité de l’aéroport vingt minutes avant l’intrusion, pour éviter tout problème », fait-il valoir.

Cette intrusion sur des pistes aéroportuaires, alors même que des avions circulent, est une première. « Il n’y a jamais eu, à notre connaissance, une telle action dans le monde », dit Franck. Jeudi 14 mai 2020, à Schiphol, aux Pays-Bas, des militants de Greenpeace avaient circulé à vélo sur les pistes de l’aéroport — fermé pour cause de pandémie — « pour demander des conditions environnementales au sauvetage des compagnies aériennes ». En octobre dernier, au Royaume-Uni, Extinction Rebellion s’en est pris au London City Airport. Un ancien champion paralympique avait grimpé sur le toit d’un avion. Et un vol pour Dublin avait dû être retardé après l’intervention d’un activiste qui était parvenu à monter à bord.

12 h 30 : Les activistes présents sur les pistes d’Orly ont été emmenés à la gendarmerie. Notre journaliste, également interpellé, raconte l’ambiance plutôt détendue. « Chauffeur si t’es champion, il faut bloquer l’avion », ont chanté les militants.

Lulu, étudiante de 21 ans, affirme : « J’étais prête à aller en garde à vue, l’heure est trop grave pour ne rien faire. À Orly, il y a beaucoup d’avions pour des vols intérieurs. J’avais peur au début mais c’est une action légitime, je veux bien aller jusqu’à un procès pour qu’on puisse entendre notre argumentaire. »

Arrivés à la gendarmerie, un long dialogue se noue entre les gendarmes et les activistes autour du bien fondé de l’action. « Si je change individuellement, je peux inspirer mon voisin », dit un gendarme. « Ça ne marche pas ça, vue l’urgence, 40 degrés dans le cercle polaire... C’est un changement de système au niveau politique qu’il faut. Sans décision forte sur l’aviation, il n’y aura pas de changement », répond un militant.

11 h 40 : Les forces de l’ordre procèdent à l’interpellation des activistes présents sur place. Notre journaliste est dans le groupe, et ne nous donne plus de nouvelles. D’après Franck, contact presse d’Extinction Rebellion : « Comme plusieurs militants sont attachés au cou par des antivols, cela va prendre du temps aux gendarmes pour les séparer sans leur casser les cervicales. »

11 h 15 : Le dispositif de maintien de l’ordre se resserre autour des activistes. Le ton est courtois mais « ce que vous faites c’est dangereux », dit un gendarme. Les gendarmes photographient chaque pièce d’identité, pendant qu’une activiste fait voler son cerf-volant estampillé « le vent se lève ».

Pour Elicha : « C’est un problème systémique, tout l’argent qu’on met dans ces entreprises aéronautiques écocidaires dans l’après Covid, ça nous fait paniquer. On devrait tous être devant un avion. » Elle tient une banderole « 15 milliards pour relancer la catastrophe ».

10 h 30 : Par leur irruption sur les pistes, les activistes ont empêché le décollage d’un avion Air Corsica. D’après notre journaliste présent à Orly, la gendarmerie est arrivée sur place vers 10 h 25, suivie de la police et de militaires. Les militants se sont alors « enchaînés » à leurs vélos, afin de rendre plus difficile leur évacuation. Ils se sont attachés par le cou avec des antivols. Les activistes scandent : « Moins d’avions, plus d’oignons ! » et « Et l’aéroport il est à qui ? Il est à nous ».

Tournesol (prénom d’emprunt), trentenaire présente à l’action explique à notre journaliste : « Je suis là parce que chaque minute compte, on est mal barrés si on ne prend pas des mesures drastiques. Je suis là pour mon enfant. Un mur nous arrive en pleine gueule, on est dans le Titanic et on continue de jouer de la musique. Nous on vient porter les canots de sauvetage. L’avion, c’est une partie conséquente de l’iceberg. »

10 h 15 : Dans un communiqué, Extinction Rebellion a demandé l’interdiction immédiate de tous les vols intérieurs, « pour lutter contre le changement climatique et l’effondrement de la biodiversité ».

Le gouvernement essaie de faire une opération de communication sur l’interdiction de quelques vols intérieurs mais — en même temps — il finance à coup de milliards d’argent public la relance de l’industrie aéronautique. XR





Lire aussi : L’Etat débloque 15 milliards d’euros pour soutenir l’aéronautique

Source : Camille Martin pour Reporterre

Photos : © Alexandre-Reza Kokabi/Reporterre
. chapô : sur les pistes de l’aéroport d’Orly, vendredi 26 juin au matin.

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