Un million de poulets par an : une ferme-usine en projet dans la Drôme
Le projet prévoit d'élever 142 800 poulets dans la ferme-usine. - L214
Le projet prévoit d'élever 142 800 poulets dans la ferme-usine. - L214
Durée de lecture : 3 minutes
Dans la Drôme, deux agriculteurs en lien avec un géant du poulet industriel souhaitent multiplier par cinq la capacité de leur ferme. Un projet qui inquiète localement.
Un million de poulets par an. C’est ce que pourrait produire un mégapoulailler en projet à Peyrins (Drôme), à quelques kilomètres de Romans-sur-Isère. Deux éleveurs souhaitent agrandir leur ferme pour exploiter 142 800 poulets en simultané. Cette extension suscite inquiétude et résistance chez de nombreux riverains et associations environnementales.
Les poulets, destinés à la consommation humaine, seront élevés dans quatre bâtiments fermés, sans accès à l’extérieur. Ils seront vingt-et-un par mètre carré. Trois nouveaux poulaillers seront construits, en plus de celui déjà en activité. « Quand je vois ce hangar posé au milieu d’un champ et que j’imagine les animaux qui y sont parqués sans voir le jour, c’est déjà horrible, fustige Sandrine, qui habite à deux kilomètres de l’élevage. Ce projet d’extension, c’est du délire ! »
Un village sous tension
Le plan d’agrandissement est porté avec l’entreprise Duc, géant du poulet industriel, numéro deux sur le marché hexagonal et épinglé par l’association L214 pour ses pratiques d’élevage en 2019 et 2020. Il est soumis à une évaluation environnementale et à une enquête publique. En fonction de leurs conclusions, la préfecture donnera son feu vert, ou non, au projet.
Depuis l’annonce de l’agrandissement, les tensions sont fortes dans le village. Une réunion a été organisée début mars dans le cadre de l’enquête publique. Les Peyrinois s’y sont rendus en nombre. « La réunion était houleuse. On n’était pas loin du clash, raconte Pascale, une habitante. Il y a un vrai clivage entre les personnes soucieuses de l’environnement et certains agriculteurs qui ont l’impression que les écolos les empêchent de vivre. »
« C’est une tendance qu’il ne faut pas suivre »
« On parle de ferme-usine au-delà de 40 000 volailles, explique Mélanie Veillaux, chargée de communication pour Greenpeace. Avec plus de 140 000 emplacements, on est sur une très grosse exploitation. » Elle sera 3,5 fois plus importante que l’élevage moyen en France selon les chiffres d’Anvol, l’interprofession des volailles de chair. « Il n’y a pas beaucoup d’exploitations de ce type en France, mais ça existe bien. Et c’est une tendance qu’il ne faut pas suivre », poursuit Mélanie Veillaux.
« Il faut continuer à développer ce type de structure, défend Yann Nédélec, directeur d’Anvol. On en a besoin face aux importations de poulets de fermes ukrainiennes, brésiliennes et thaïlandaises. » Pourtant, si la France est dépendante à 46 % des importations de poulets, elle exporte encore près de 30 % de ce qu’elle produit, d’après l’établissement public France Agrimer.
L’autorité environnementale critique le projet
Pour l’autorité en charge de l’étude environnementale, le dossier drômois manque d’éléments. « Le bilan carbone du projet doit être complété pour prendre en compte l’ensemble du projet, depuis la production des aliments jusqu’à la distribution des poulets abattus », écrit-elle en synthèse de son étude. Les fonctionnaires relèvent également des manques relatifs aux nuisances pour le voisinage (sonores, olfactives et sanitaires) ainsi que des les impacts sur les ressources hydriques (pollution et consommation), dans une zone déjà en tension pour l’eau potable.
L’enquête publique ayant pris fin samedi 9 mars, le commissaire enquêteur devrait rendre un avis dans les prochains jours. L’autorisation de l’extension de cet élevage industriel est désormais entre les mains du préfet de la Drôme.