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Climat

Sécheresse : vers une année noire pour l’agriculture

Sans chute de pluie depuis trente jours, la sécheresse hivernale touche toutes les régions de France. À Toulouse, la Garonne présente un débit d'un tiers par rapport aux normales de la saison, le 20 février 2023.

La France manque de pluie depuis trente jours. La situation alerte les climatologues, qui s’inquiètent des conséquences de cette sécheresse hivernale sur la végétation et l’agriculture.

Des lacs à moitié vides en Dordogne, des rivières à sec dans le Var, des sols craquelés en Occitanie… Nous ne sommes qu’en février, mais la France a déjà des petits airs de désert. La pluie n’est pas tombée sur le pays depuis le 21 janvier. « Nous en sommes à trente jours sans précipitation significative », alerte Thierry Offre, climatologue à Météo-France. Du jamais vu en cette période. Cela pourrait avoir de lourdes conséquences pour les plantes et l’agriculture.

Cette situation exceptionnelle s’explique par la présence d’un anticyclone au-dessus de la France, qui repousse les perturbations hors de notre territoire. Elle s’inscrit cependant dans un contexte de manque de pluie récurrent : le pays subit depuis plus d’un an et demi une sécheresse météorologique « préoccupante », selon Météo-France. À l’exception de décembre 2021, juin 2022 et septembre 2022, tous les mois depuis août 2021 ont été déficitaires en pluie. 2022 se classe, globalement, à la deuxième place des années les moins arrosées depuis le début des mesures, en 1959. Février 2023 pourrait également pulvériser les records, selon Thierry Offre.

S’il est encore trop tôt pour établir un lien de causalité entre cet épisode précis et le réchauffement climatique, le risque d’augmentation de la fréquence et de l’intensité des épisodes de sécheresse en raison de la hausse des émissions de gaz à effet de serre a déjà été mis en exergue par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec), rappelle Thierry Offre. « On est en plein dedans », estime le climatologue.

Cette sécheresse hivernale tombe au plus mal : dès janvier, le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) avait émis une alerte sur la situation critique des nappes phréatiques. Plus des trois quarts d’entre elles se trouvaient sous les normales mensuelles, « avec de nombreux secteurs affichant des niveaux bas à très bas ».

Vers une année noire pour l’agriculture

Les précipitations enregistrées ces dernières semaines n’ont pas permis de renverser la vapeur. Les conséquences pour l’agriculture et la végétation pourraient être sévères. « L’hiver est une période de recharge, explique à Reporterre le consultant et docteur en agroclimatologie Serge Zaka. La pluie qui tombe n’est pas utilisée par les végétaux, puisqu’ils n’ont pas encore de feuilles, et va directement dans le sol pour recharger les nappes phréatiques. » Si ces dernières ne parviennent pas à se remplir d’ici le début du printemps, poursuit-il, l’eau pourrait cruellement manquer cet été.

Première victime : le fourrage. En raison de la sécheresse de 2022, les éleveurs ne disposent d’aucun stock, explique Serge Zaka. « Si l’année 2023 n’est pas bonne, et que la sécheresse se poursuit en mars et en avril, on n’aura plus assez de fourrage à donner aux animaux », prévient-il. Certains pourraient être envoyés à l’abattoir plus tôt que prévu.

Les cultures plantées au début du printemps et récoltées en automne, comme le maïs, le tournesol et le sorgho, pourraient également souffrir. « Si le semis se fait en condition sèche, on aura des problèmes de germination, puis de croissance. » Les pertes pourraient être importantes. L’année dernière, en région méditerranéenne, la sécheresse avait déjà fait chuter les rendements de maïs non irrigué de 54 %, indique le docteur en agroclimatologie. Le déclin pourrait être encore plus important en 2023.

Dans les Pyrénées orientales, le manque d’eau a d’ores et déjà commencé à faire des ravages. À Perpignan, l’indice hydrique des sols correspond à celui observé d’ordinaire au mois de juin. À Narbonne et Béziers, des morts végétales ont déjà été constatées, en forêt et dans les vignes. « Alors que la vigne est normalement l’espèce la plus résistante au niveau de l’eau », s’alarme Serge Zaka. Reste à espérer, pour les prochaines semaines, que les parapluies soient enfin de sortie. Sans cela, lacs, rivières et champs risquent de garder encore longtemps leur allure désertique.

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