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EntretienClimat

« Un train de tempêtes » frappe la France, l’Espagne et le Portugal

Inondations à La Réole (Gironde), le 12 février 2026.

Pluies torrentielles, inondations... Alors que l’Europe ploie sous les tempêtes, le climatologue Davide Faranda explique le lien entre l’intensité de ces phénomènes et le changement climatique.

La tempête Nils balaye le sud de l’Hexagone depuis la nuit du 11 au 12 février. Elle a fait un premier mort jeudi 12 février, un chauffeur de poids lourd tué par une chute de branche d’arbre, à Dax, dans les Landes. Météo-France a placé cinq départements en vigilance rouge crues : la Savoie, l’Aude, la Gironde, les Pyrénées-Orientales et le Lot-et-Garonne. Elle se décale depuis en direction du golfe du Lion et de la Corse.

Les extrêmes climatiques se multiplient en Europe depuis le début de l’année 2026. Au Maroc, quatre personnes, dont trois enfants, sont mortes emportées par les eaux sur la commune de Tétouan au nord du pays le 7 février. Au Portugal, un pompier a été tué, le même jour, lors d’une opération de patrouille au bord d’une rivière à Campo Maior. En Espagne, les intempéries ont fait deux morts.

Davide Faranda, directeur de recherche CNRS au laboratoire des sciences du climat et de l’environnement de l’université Paris-Saclay explique pourquoi, à l’avenir, « l’Europe de l’Ouest et du Sud sera frappée par des tempêtes et pluies plus intenses ».




Quel lien faites-vous entre les événements météorologiques extrêmes qui ont touché l’Europe et la tempête française Nils ?

Le lien est direct. Le mécanisme est le même que pour l’Espagne et le Portugal.
On observe un train de tempêtes, c’est-à-dire une succession rapide de dépressions guidées par un courant-jet particulièrement actif et bien positionné sur l’Atlantique. Dans un climat plus chaud, l’atmosphère contient plus d’énergie et plus de vapeur d’eau. Cela renforce ces systèmes dépressionnaires, augmente les précipitations associées et accentue les rafales de vent.

La tempête Nils s’inscrit clairement dans cette dynamique — elle se dirige désormais vers l’Italie. Elle n’est pas un événement isolé, mais un épisode supplémentaire d’une circulation atmosphérique persistante, rendue plus intense par le changement climatique, avec des impacts cumulatifs sur les sols déjà saturés et des risques accrus pour les populations.



Cet hiver pluvieux est-il sans précédent en Méditerranée ?

Le climat dans lequel ces tempêtes explose est sans précédent. Les tempêtes se chargent d’autant plus en eau, et les pluies sont d’autant plus intenses que les perturbations atteignent l’Europe du Sud, où il fait déjà plus chaud. Sans changement climatique, on aurait peut-être eu autant de tempêtes en Méditerranée. Mais certainement pas de cette intensité.

Quel lien peut-on faire entre ces différents événements météorologiques extrêmes et le climat ?

Le changement climatique est bien là, cela ne fait aucun doute. Le Giec montre clairement que l’intensité des précipitations extrêmes augmente avec le réchauffement, d’environ 7 % par degré en moyenne, selon la relation de Clausius-Clapeyron. À +1,5 °C de réchauffement [par rapport à l’ère pré-industrielle], cela peut conduire localement à des hausses de l’ordre de 10 % ou plus pour les pluies intenses, notamment en Europe et en région méditerranéenne.

L’atmosphère est plus chaude, ce qui a un impact direct sur toutes les tempêtes, qui se chargent en pluie. C’est le lien systématique qu’on peut faire entre changement climatique et inondations. Dans un climat réchauffé, des situations météorologiques connues deviennent plus risquées.

Aujourd’hui, il est possible de mesurer la part de responsabilité du changement climatique dans les événements météorologiques extrêmes, comme ces inondations. Le problème, c’est qu’il va continuer à pleuvoir dans les semaines à venir, en France notamment. Pour nous, chercheurs, c’est un enjeu en tant que tel de choisir le moment où on prend le pouls, face à la multiplication des extrêmes climatiques. Nous avons hésité à attendre la fin de la saison hivernale pour prendre nos mesures, mais nous prévoyons finalement de lancer cette semaine une étude d’attribution rapide de ces phénomènes au changement climatique.

Quels hivers nous attendent ?

On va se retrouver avec des « années éponge », où toute l’Europe de l’Ouest et du Sud sera plus humide, et frappée par des tempêtes et pluies plus intenses. Il y aura aussi des périodes beaucoup plus sèches, comme on en a déjà eu — l’évaporation est d’autant plus importante que la température moyenne globale augmente, ce qui occasionne des risques de sécheresses majeurs.


Quel regard portez-vous sur la prise en compte politique de ces enjeux ?

En Espagne, à la suite des inondations meurtrières qui ont frappé Valence en octobre 2024 et ont fait 229 morts, il y a eu des efforts importants pour prendre en compte les prévisions — le pays utilise par exemple des systèmes d’alerte anticipée basés sur des prévisions probabilistes. Mais ce n’est pas encore suffisant. Et ce n’est pas le cas partout, malheureusement. Pour un système protecteur, il faut absolument avoir des radars météo, et des experts formés pour analyser leurs résultats. Ensuite, il faut prévenir la population des risques d’inondations et l’informer des solutions de mise à l’abri. Toute la chaîne doit être mise à contribution, du citoyen aux ministères, en passant par les préfectures.

Un véhicule d’urgence à Ksar El Kebir, dans le nord du Maroc, en route pour évacuer des habitants, le 1er février 2026. © Abdel Majid Bziouat / AFP

Le manque d’adaptation des infrastructures — réseaux de drainage, digues, les routes situées en zones inondables... — est un problème commun à tous les pays du pourtour méditerranéen, y compris la France. La politique d’adaptation nécessaire ne peut pas se faire en un claquement de doigts. Le problème, c’est qu’énormément de gens habitent dans des zones inondables, alors même qu’elles représentent une faible portion du territoire. 17 millions de personnes sont exposées au risque d’inondation par débordement de cours d’eau ou par submersion marine, soit un quart de la population. Or des contraintes touristiques, patrimoniales, historiques et politiques entravent l’adaptation.

Les solutions d’adaptation doivent être basées sur la nature. Le lit des rivières a été partout bétonnisé. Il faut se débarrasser de ce modèle, choisi par défaut. Des solutions existent, mais elles doivent être adaptées à chaque territoire.

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