Moins d’un mois pour sauver les roues de TGV « made in France »
Piquet de grève Valdunes sur le site de Trith-Saint-Léger (Nord) au mois de mai 2023. - © Guillaume Bernard / Reporterre
Piquet de grève Valdunes sur le site de Trith-Saint-Léger (Nord) au mois de mai 2023. - © Guillaume Bernard / Reporterre
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Valdunes, seule usine en France capable de produire les roues et les essieux de TGV, pourrait fermer. Le 17 janvier, les salariés, réunis devant le tribunal de commerce de Lille, estimaient ne pas être soutenus par l’État.
Lille, reportage
« Je vais me battre jusqu’au dernier quart d’heure pour Valdunes », avait déclaré Emmanuel Macron dans un entretien donné à La Voix du Nord en mai 2023. Huit mois plus tard, la pancarte agitée par un manifestant le rappelle à l’ordre : « Président, le dernier quart d’heure, c’est maintenant. »
Mercredi 17 janvier, entre 100 et 200 manifestants se sont réunis devant le tribunal de commerce de Lille pour s’opposer à la fermeture de la seule entreprise française encore capable de produire des roues et des essieux pour les TGV. Alors que le train est l’un des modes de transport les plus écologiques, la possibilité que la France perde sa capacité à fabriquer son propre matériel inquiète. « Si Valdunes ferme, le président devra expliquer aux Français qu’il a laissé disparaître notre savoir-faire et que le ferroviaire français se fournit désormais avec des roues venues d’Italie ou d’Espagne », défie Maxime Savaux, secrétaire CGT du Conseil social et économique (CSE) de Valdunes.
Malgré les déclarations présidentielles, l’entreprise est toujours sur la sellette. Composée de deux sites : la forge de Leffrinckoucke, près de Dunkerque, et le site d’usinage de Trith-Saint-Léger (59), elle n’a toujours pas trouvé de repreneur. Et près de 380 emplois sont menacés. « Seule la forge, qui compte environ quatre-vingt-quinze salariés, a reçu une proposition de reprise de la part du groupe Europlasma. Mais celle-ci est conditionnée au fait que le site de Trith soit également repris. Autrement dit : tant qu’on n’a pas de nouvelle offre pour Trith, rien n’est réglé », soupire Philippe Lihouck, délégué syndical CGT Valdunes.
Or le temps presse, car l’appel d’offres permettant la reprise se clôt le 24 janvier et ne peut être prolongé que de quinze jours. Autre date butoir : le tribunal de commerce devra décider s’il valide l’offre d’éventuels repreneurs le 20 mars.
L’État, mauvais « stratège » dans la transition écologique
En attendant, chez les métallos de Valdunes, on patiente dans la douleur. « Ce n’est pas facile de se rendre au travail tous les jours quand on sait que son entreprise va peut-être fermer. Il y a des salariés qui sont déjà partis dans d’autres boîtes, ou qui cherchent, mais la plupart sont déterminés à rester travailler à Valdunes », détaille Philippe Lihouck. Sur le site de Trith-Saint-Léger, le 18 janvier, la question de la grève sera à l’ordre du jour de l’assemblée générale des salariés.
La présence de nombreux soutiens réchauffe les cœurs. Compagnons sans-papiers d’Emmaüs en grève depuis plus de six mois, familles, militants politiques et syndicalistes, sont venus donner de la voix devant le tribunal de commerce. Des personnalités politiques ont également fait le déplacement, comme le communiste Fabien Roussel, les député insoumis François Ruffin ou Adrien Quatennens. Elles mettent en cause le rôle de l’État dans le dossier Valdunes et, plus largement, son implication dans la transition écologique. « Avec Valdunes, on ne parle pas seulement d’industrie, on parle d’écologie. La filière ferroviaire, on devrait la construire et on est en train de la détruire. Face à ça, il nous faut un État stratège », a déclaré François Ruffin (LFI).
Dans un territoire — le Nord — déjà marqué par la désindustrialisation, le dossier Valdunes a reçu un large soutien politique. Une tribune allant de Fabien Roussel, secrétaire national du parti communiste, à Xavier Bertrand, président Les Républicains de la Région Hauts-de-France en passant par François Ruffin, et Marine Tondelier, cheffe des Écologistes, a été publiée dans La Voix du Nord. « Seul le Rassemblement national n’était pas invité », affirme Philippe Lihouck.
« La SNCF aurait pu garantir une pérennité à Valdunes »
« Bien sûr que l’État a un rôle à jouer. Il y a une dizaine d’années, Valdunes avait le monopole sur les roues du TGV, puis les commandes se sont effondrées. La SNCF, qui appartient à l’État, aurait pu garantir une pérennité à Valdunes en les maintenant », rappelle Maxime Savaux de la CGT.
Depuis mai 2023, la CGT Valdunes milite pour que l’entreprise soit reprise par un consortium alliant Alstom, la SNCF, la RATP, l’État et les régions Hauts-de-France et Île-de-France. Cette proposition, qui s’apparente à une nationalisation, n’a pas été privilégiée. « Ils ne souhaitent remonter au capital que de manière minoritaire. Ils ne veulent pas diriger la boîte », déplore le cégétiste. En attendant, l’avenir des roues et des essieux made in France est entre les mains de providentiels investisseurs privés.