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ReportagePolitique

Verts et Insoumis veulent remettre l’écologie au centre du débat politique

Aux Journées d'été des Écologistes, à Tours, le 22 août 2024.

Comment faire réapparaître l’écologie dans les débats politiques ? Budget 2025, lois agricoles, approche décoloniale... Les Écologistes et La France insoumise ont esquissé des stratégies durant leurs Journées d’été.

Tours (Indre-et-Loire) et Châteauneuf-sur-Isère (Drôme), reportage

S’il y a bien quelque chose qu’on peut reconnaître aux Écologistes, c’est qu’ils savent aborder les sujets qui fâchent quand il le faut. Pendant les Journées d’été du parti vert, qui se tenaient du 22 au 24 août à Tours (Indre-et-Loire), les esprits étaient évidemment tournés vers la crise politique actuelle — Emmanuel Macron va-t-il enfin nommer un ou une Première ministre ? —, sans négliger un funeste constat : la disparition de l’écologie dans le débat politique.

Marie Toussaint, l’ancienne tête de liste aux élections européennes, l’a admis d’emblée : « On est dans un moment vraiment difficile pour l’écologie. Notre score aux européennes a été un échec [sa liste a obtenu 5,5 % des voix au mois de juin]. Le contexte politique était difficile dans les autres pays aussi, mais je n’ai pas réussi à percer le mur du son. » Seulement 5 eurodéputés verts ont été élus en France, contre 12 lors du précédent mandat. À l’échelle de l’Europe, le groupe entier est passé de 72 membres à 53. Une dégringolade.

À tel point que Marie Toussaint a convié quiconque le souhaitait à un « apéro européennes », l’après-midi du 23 août, pour faire le bilan et explorer des pistes d’amélioration. Une bonne partie des ateliers organisés pendant ces Journées d’été visait aussi à établir des stratégies pour remettre l’écologie — portée disparue des débats depuis la dissolution de l’Assemblée nationale — sur le devant de la scène politique.

À écouter les parlementaires écologistes, c’est sur le budget 2025 de l’État français qu’il faudra miser. Et ce, qu’un gouvernement de gauche soit nommé ou non. « On doit porter une approche écolo du budget, affirme Thomas Dossus, sénateur écologiste. Il faut pousser pour un ISF [impôt sur la fortune] climatique, il faut identifier les ressources fiscales pour aller chercher 30 milliards d’euros par an pour la transition écologique », comme évalué par le rapport Pisani-Ferry-Mahfouz, commandé par le gouvernement et publié en mai 2023. « Avec ce budget, il y a l’enjeu de démontrer la solidité de ce que nous avons porté dans le programme du Nouveau Front populaire », abonde Cyrielle Chatelain, présidente du groupe écologiste à l’Assemblée nationale.

Les ateliers organisés durant les Journées d’été des Écologistes ont attiré beaucoup de public. © Justine Guitton-Boussion / Reporterre

« Des gens qui apportent des solutions »

Étape 2 : la mise en œuvre et le suivi du plan d’adaptation au changement climatique ; un travail lancé par le ministre démissionnaire de la Transition écologique Christophe Béchu, mais suspendu par la dissolution de l’Assemblée. La plupart des parlementaires et des associations s’accordent à dire que ce plan est un bon début, quand bien même il faudra aller plus loin dans les années à venir.

« L’adaptation, c’est le point d’attaque qu’on devrait avoir à la rentrée pour mettre en avant l’écologie, analyse Thomas Dossus. C’est ce qui parle le plus aux gens, ça parle de chez eux, de leur territoire. » Même avis du côté de la députée Eva Sas : « Les écologistes ne sont pas encore assez présents sur la question de l’adaptation, qui peut pourtant nous réunir et être une écologie des solutions, a-t-elle estimé lors d’une table ronde. On n’est pas que des empêcheurs de tourner en rond, on est aussi des gens qui apportent des solutions. »

Durant les Journées d’été des Verts. © Justine Guitton-Boussion / Reporterre

Si un gouvernement constitué de ministres de gauche et d’écologistes était nommé, ces enjeux automnaux s’annonceraient évidemment plus faciles. Mais même sans cela, les élus assurent pouvoir pousser leurs thèmes, via les missions d’information ou les niches parlementaires. « On peut obtenir des victoires même sans majorité à l’Assemblée, assure Cyrielle Chatelain. Il suffit de regarder l’exemple des PFAS [polluants éternels], on a réussi à convaincre de l’importance d’interdire ces substances, au-delà de la gauche. » Quoiqu’amoindrie, la proposition de loi a été votée à l’unanimité à l’Assemblée en avril. Son vote définitif n’a toutefois pas encore eu lieu à cause de la dissolution.

La bataille culturelle va également continuer au niveau local, expliquent les élus. « On va commencer à travailler sur les élections municipales, dit Éric Piolle, maire écologiste de Grenoble. Croiser les politiques écologiques avec la vie quotidienne des gens, les transports, l’alimentation et le logement ; ça permet de réancrer. »

« Je crois qu’on doit aussi travailler à long terme, pense Marie Toussaint. Notre objectif c’est : comment réussir à formuler une proposition politique désirable pour l’écologie, qui ne donne pas l’impression qu’on va rendre plus difficiles les conditions de vie des gens. »

L’écologie décoloniale comme levier de mobilisation

À 480 kilomètres — à vol d’oiseau — de Tours, La France insoumise (LFI) a également organisé sa propre université d’été, du 22 au 25 août, à Châteauneuf-sur-Isère (Drôme). S’il a été plus difficile pour l’écologie de se frayer une place dans l’actualité verrouillée par la course à Matignon, cela n’a pas empêché les militants de cogiter, pendant plusieurs conférences.

D’abord, un constat. À l’heure où la crise climatique s’aggrave, ceux qui l’ont jusqu’à présent niée ou minimisée tentent désormais de s’en saisir par calcul politique. D’un bord, « l’écologie libérale qui va adapter la machine capitaliste au dérèglement du climat et préserve les rapports de classe et de domination de l’homme sur la femme », met en garde Claire Lejeune, députée LFI de l’Essonne. De l’autre, « l’écologie d’extrême droite [qui] a des choses à dire sur l’eau, les flux migratoires, la démographie, quels enfants méritent de naître, lesquels ne devraient pas exister », avertit la politologue et militante antiraciste Fatima Ouassak.

Le politiste Malcom Ferdinand et l’essayiste Fatima Ouassak, aux universités d’été de La France insoumise, du 22 au 25 août 2024. © Moran Kerinec / Reporterre

La solution : renforcer le mouvement de l’écologie décoloniale, capable de prendre en compte le pillage des matières et des corps, tout en exposant les failles de l’écologie dominante. Car si la cause environnementale peine à mobiliser dans les quartiers populaires et les territoires d’outre-mer, « c’est parce que les milieux écologistes sont un refuge de la blanchité », observe Malcom Ferdinand, politiste et auteur de Une écologie décoloniale, penser l’écologie depuis le monde caribéen (Seuil, 2019). Selon le chercheur, il faut donc d’une part reconnaître que les origines de l’écologie « ont été empreintes de racisme et de colonialisme », et d’autre part entreprendre des actions de réparation des dégâts causés par l’exploitation coloniale, comme le chlordécone aux Antilles.

Fatima Ouassak souhaite, elle, « balayer » la vision qui cantonne les habitants des quartiers populaires au rôle « d’écologistes sans avoir conscience de l’être » car contraints à la sobriété par manque de moyens, et dont les représentants sont instrumentalisés par les partis comme faire-valoir racisés. Pour la cofondatrice du Front de mères, les injustices subies par les quartiers populaires sont autant de leviers de mobilisation. « C’est la qualité de l’air qu’on respire, la terre sur laquelle on se sent légitime, l’avenir qu’on veut donner à nos enfants », liste-t-elle.

Des échéances sur l’agriculture

À l’ombre d’un chapiteau, la députée LFI de Haute-Vienne et agronome de formation Manon Meunier évoque aussi les prochaines échéances. La rentrée sera particulièrement rude sur le front des politiques agricoles. Si Emmanuel Macron choisit d’imposer un gouvernement qui exclut le Nouveau Front populaire, la loi d’orientation agricole, qui doit être examinée au Sénat, pourrait être encore assouplie en faveur de l’agro-industrie. « Dans ce cas, notre objectif sera de faire tomber cette loi qui est absolument affreuse d’un point de vue environnemental », promet Manon Meunier. La députée garde également les yeux braqués sur le projet de loi sur les « prix planchers » agricoles, proposée par les écologistes, votée contre l’avis du camp présidentiel, et elle aussi entre les mains des sénateurs.

Au Parlement européen, le groupe de Manon Aubry prévoit de son côté de poursuivre la lutte contre les traités de libre-échange. « Alors que ces traités provoquent la destruction de la biodiversité et des conditions désastreuses sociales pour les paysans qui voient leurs terres être accaparées et des populations locales leurs territoires déforestés », pointe l’élue de Haute-Vienne.

Jean-Luc Mélenchon lors de son discours aux université d’été de LFI, le 23 août 2024. © Moran Kerinec / Reporterre

Vif derrière son pupitre, le 23 août, face à un auditoire acquis, Jean-Luc Mélenchon a passé la majeure partie de son discours à étriller « Macron 1er, autocrate » et « l’incapacité de la droite et du centre à s’accorder sur un nom de Premier ministre ». Mais avant ses longues tirades consacrées à Matignon, le patron de LFI s’est accordé quelques minutes pour poser le constat du « déclin des démocraties » et la montée du néolibéralisme qui mène « aux pires dérives autoritaires », auxquels n’échappe pas la France, surtout en matière d’écologie.

« Quand nous avons un dérèglement du cycle de l’eau, quelle est la réponse que le système apporte ? C’est le moment où on envoie 3 200 gendarmes et CRS pour défendre une mégabassine. C’est la transformation des militants écologistes en écoterroristes. » L’occasion pour le tribun d’envoyer un « salut franc et solidaire à Paul Watson », le fondateur de Sea Shepherd en détention provisoire au Groenland, « accusé de terrorisme, alors que c’est l’État japonais qui massacre les baleines ! ». De quoi mobiliser ses troupes avant la rentrée.

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