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« Volta à terra », un hymne portugais à la vie rurale

7 avril 2016 / Pascale Solana (Reporterre)



Le film Volta à Terra, « retour à la terre », en portugais, réalisé par Joao Pedro Placido, vient de sortir en salle. Il est un hymne à une vie rurale en accord avec la nature, les animaux et les hommes. Une bouffée d’air pur.

Uz est un hameau montagnard situé dans le nord du Portugal, près de Braga. Vidé par l’émigration, le village ne compte plus que quelques dizaines de paysans dont Daniel, un jeune berger, heureux de sa condition. « Ce n’est pas un film d’action », explique le réalisateur, Joao Pedro Placido. Mais c’est plus qu’un documentaire. Peut-être à cause de l’ambiance empreinte d’une poésie mêlée de rudesse. Ou des personnages, si à l’aise dans leur rôle, qui est celui de leur vie filmée au quotidien pendant une année. « J’ai grandi à Lisbonne, mais mes grands-parents sont originaires de ce hameau, où je suis retourné régulièrement pendant des années, fasciné par les travaux des champs, la vie dans la nature, explique Joao Pedro Placido. Uz m’est totalement familier. J’ai été élevé dans l’esprit et les valeurs de cette communauté fondée sur l’entraide, le partage, le respect de la nature. »

À 14 ans, il reçoit une caméra. Un peu plus tard, il étudie à l’École de cinéma de Lisbonne, puis suit un Erasmus à Berlin, avec en tête l’envie de transmettre par le cinéma ce lien viscéral que les habitants d’Uz entretiennent avec la nature et les animaux. « Là-haut, ce que les gens prennent à l’environnement, ils finissent par le lui rendre, il y a un réel échange, leur vie est une intégration qui ne désintègre pas », assure le réalisateur. Cette symbiose, on la ressent tout au long du film. Les maisons, les bois, les chemins, les prés, les éléments, les animaux et les hommes, tout s’interpénètre et la caméra, qui elle aussi fait partie du décor filmé, parvient à son tour à rendre compte de ces échanges. Lorsque le jeune Daniel mène les bovins aux grandes cornes paître dans la brume, par exemple, son troupeau et lui ne font qu’un. Sa voix roule et se module presque en accord avec le souffle des animaux qu’il hèle.

« En ville, la vie est beaucoup plus simple » 

« J’adore les bovins, symboles pour moi d’amour et d’harmonie », explique le réalisateur. Lors du tournage, Joao Pedro Placido a dormi 7 heures auprès de la vache qui met bas pour filmer la naissance. « J’étais un peu ennuyé quand j’ai compris qu’elle aurait sans doute accouché plus vite si je n’avais pas été là ! » Tout au long du film, à travers divers scènes de la vie quotidienne –- les réunions, l’abattage du cochon… — on voit comment ces villageois sont dépendants les uns des autres et ouverts au partage. Les travaux sont restés collectifs. « Dans les montagnes, impossible de moissonner seul par exemple. Certes, avec un gros tracteur, on peut, explique le réalisateur. Mais il faut beaucoup d’argent, travailler beaucoup plus pour acheter une machine qui ne servira que très peu dans l’année. Quel est le sens de tout cela ? Mieux vaut trouver l’équilibre. On a tous besoin les uns des autres et c’est ce que révèle la sagesse de ces paysans. En ville, poursuit-il, la vie est beaucoup plus simple parce qu’on travaille, on fait plus ou moins toujours la même chose, on gagne de l’argent, on dépense. Là-haut, on dépend de la nature. On travaille pour assurer ses besoins et ceux des animaux dont on a la charge. C’est une vie simple en apparence. En réalité, elle est d’une grande complexité, qui nécessite adaptation, observation, savoir-faire et conscience de sa condition humaine. »

Dans cette zone de reliefs aux sols peu fertiles, l’élevage ancestral de bovins de trait, qui fournissent la viande lors de leur réforme, domine encore. « C’est une agriculture de subsistance qui ne reflète pas l’agriculture portugaise aujourd’hui », précise Joao Pedro Placido. Dans le Nord, elle repose encore sur des fermes familiales, peu mécanisées, en polyculture et élevage (maïs, pomme de terre, vin, liège, bois). Dans les années 1960-1970, ces régions, les moins peuplées du pays, ont été le principal bassin de la grande vague d’émigration qui a frappé le pays (plus de 2 millions de Portugais). Depuis 2010, le flux migratoire s’est à nouveau intensifié. Les émigrés sont jeunes, ce qui accentue le vieillissement de la population portugaise, déjà parmi les plus vieillissantes du monde avec sa faible natalité. Parallèlement à ce flux migratoire, les Portugais ont toujours pratiqué le va-et-vient entre le Portugal et leur pays d’adoption. Un million de personnes traversent l’Europe chaque année. C’est ainsi que l’été venu, Uz regorge de vie, accueillant tous ses enfants exilés pour les célébrations religieuses et les fêtes rurales.

Aujourd’hui, dans un contexte de crise aiguë (jusqu’à 17 % des Portugais sont au chômage), on constate un timide retour à l’agriculture, perçue comme un moyen de subsistance. « Certaines communes encouragent les installations. Depuis que j’ai tourné, une famille de quatre personnes originaire d’Uz est revenue s’installer après des années d’absence », constate Joao Pedro Placido.

Ce retour à la terre touchera le cœur de tous les Albano, Amelia, Anabela et autres Joaquim, fils et petits-fils de la communauté portugaise en exil, c’est clair. Il saura intéresser un public large, tout simplement parce qu’il traite d’« un sujet universel », selon le réalisateur et parce que ce périple d’une année, le temps d’une révolution de la Terre autour du Soleil, est un bel hommage à la relation symbiotique entre l’homme et la nature. Et la révélation d’un monde encore caché, quelque part dans le nord du Portugal.


- Volta à Terra, film documentaire de Joao Pedro Placido, 2016, Portugal, Suisse, France, 78 minutes. Avec Daniel Xavier Pereira,, Antonio Guimarães, Daniela Barroso et les habitants d’Uz.




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Source : Pascale Solana pour Reporterre

Photos : © Ciné Sud promotion

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