« Vos paniers svp » : quand la police contrôle les pêcheurs de coquillages
En raison de sa rareté sur le littoral de la Manche, l'ormeau bénéficie d'une attention toute particulière lors des contrôles. - © Guy Pichard / Reporterre
En raison de sa rareté sur le littoral de la Manche, l'ormeau bénéficie d'une attention toute particulière lors des contrôles. - © Guy Pichard / Reporterre
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Exceptionnelles, les grandes marées de ce mois de mars sont des aubaines pour les pêcheurs à pied qui ramassent palourdes ou Saint-Jacques. Sous l’œil de la police de l’environnement, qui compte et mesure les coquillages.
Gouville-sur-Mer (Manche), reportage
« Vous m’avez fait peur ! » dit Ghislaine, avec le sourire. Elle vient d’enlever quatre palourdes de son panier. Elle qui en a ramassé 104 au lieu des 100 autorisées par personne et a bénéficié de la clémence des inspecteurs de l’environnement. À deux pas de la plage de Gouville-sur-Mer, cette retraitée a vu sa partie de pêche à pied contrariée, le 12 mars, par un contrôle inopiné de quatre inspecteurs de l’Office français de la biodiversité (OFB) — qui ont compté et mesuré ses coquillages. Entre deux averses, la grande marée du jour a fait reculer comme rarement la mer du littoral de cette petite commune bien connue pour son ostréiculture et ses cabanes de plage colorées. Pour l’occasion, près de 200 personnes sont venues marcher, gratter et soulever des pierres pour ramasser coquillages et crustacés.
Après avoir garé leurs véhicules, les inspecteurs de la police de l’environnement ont installé leurs petites tables pour patiemment contrôler les paniers en osier des pêcheurs à pied amateurs présents, pendant environ trois heures. « Lundi, nous étions à Saint-Vaast-la-Hougue, plus au nord dans le Cotentin », explique Rémy Regoin, inspecteur à l’OFB. « Une soixantaine de personnes y ont été contrôlées et les écarts étaient uniquement du sur-quota de coquilles Saint-Jacques. L’espèce est limitée à trente individus par jour et quelqu’un en avait plus de quatre-vingt par exemple ».
Grande marée, grande affluence
Débutées ce 9 mars jusqu’au 16, les grandes marées sont une occasion rare d’aller pêcher dans des endroits habituellement sous l’eau. Mardi 12 mars, les coefficient était de 117, un événement qui arrive tous les neuf à dix ans. Une aubaine pour les pêcheurs à pied.« Évidemment, l’action d’un pêcheur avec son râteau ne représente rien à l’échelle du littoral mais ce geste répété des milliers voire des centaines de milliers de fois dans le même secteur peut avoir un impact sur tout l’écosystème », dit Arnaud Guigny, lui aussi inspecteur de l’environnement. Palourdes, coquilles Saint-Jacques, praires, huîtres, pieds de cheval, sèches, congres ou encore étrilles sont autant d’espèces prisées. D’où l’importance de contrôler leur taille, leur nombre et d’aviser selon l’état de la ressource de l’animal pêché.
En fin de journée, un homme plutôt âgé a ainsi été pris en infraction pour quelques ormeaux trop petits... mais c’est bien l’espèce qui importe et aussi le pourcentage d’animaux sous la taille légale dans le panier de chaque pêcheur. « L’ormeau revient bien sur la côte ouest du département de la Manche mais reste néanmoins sensible », dit David Bouguet, un autre inspecteur, entre deux comptages de coquillages. « Il est donc important de respecter les quotas de cette espèce et nous sommes donc beaucoup plus vigilants que sur la Saint-Jacques ou les huîtres par exemple, qui sont abondantes ici. »
Pris la main dans le sac (si l’on peut dire), le pêcheur s’est vu rédiger un procès-verbal qui sera transmis au procureur de Coutances (50) qui décidera ensuite d’une éventuelle sanction, qui pourra être un stage de sensibilisation ou une amende. Verbalisés pour des coquillages sous la taille autorisée, Cécile et son compagnon reconnaissent leur tort. « Nous avons mesuré la veille nos doigts pour avoir des repères mais il n’est pas si évident de mesurer chaque animal précisément ainsi », admet la jeune femme. Pour cela, les inspecteurs distribuent aux fautifs des conseils et des frises de tailles autorisées en fonction des coquillages : l’opération se veut avant tout préventive. « Il y a quelques années, environ 90 % des pêcheurs étaient dans l’illégalité lors de nos contrôles », se rappelle Rémy Regoin. Le 12 mars, cinq paniers sur les 150 fouillés ont fait l’objet d’un PV.