Yannick Jadot prépare « la grande aventure » avec Benoît Hamon

10 février 2017 / par Hervé Kempf (Reporterre)



Le candidat écologiste recherche une alliance avec Benoît Hamon. Et propose la discussion à Jean-Luc Mélenchon.

Présentant jeudi 9 février le projet des écologistes d’EELV pour la campagne présidentielle, Yannick Jadot a précisé la démarche de discussion avec Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon.

« La situation politique est une situation nouvelle que nous accueillons avec beaucoup de plaisir, de détermination et une ambition de cohérence. Il y a six mois, on nous prévoyait Le Pen, Sarkozy, Bayrou, Hollande, Mélenchon. Certains ont déjà disparu du paysage politique, et d’autres vont suivre. Il y a six mois, on nous disait que le seul sujet de la campagne serait l’identité, la sécurité et l’islam. Nous constatons avec beaucoup de plaisir que d’autres candidats ont repris avec force, avec sincérité, une partie de nos idées, une partie de nos solutions. »

Dès lors, « notre responsabilité est historique. Il y a deux options : l’option nauséabonde de Marine Le Pen et du Front national, la xénophobie, le sexisme, une perte profonde d’espérance dans notre pays. Et l’option écologique, sociale, européenne ».

Cette option ne peut l’emporter, selon lui, que si une alliance se forme entre les écologistes et les candidats de gauche qui mettent en avant les questions écologiques. La discussion a donc commencé avec Benoît Hamon tandis que des invitations à se rencontrer ont été faites à Jean-Luc Mélenchon et Pierre Laurent, du Parti communiste.

« Participer à une grande dynamique, à une grande aventure »

L’enjeu est d’établir un projet commun, qui prendrait, selon Yannick Jadot, la forme d’une série de mesures-phares, parmi lesquelles la sortie des pesticides dans l’agriculture, un grand plan de rénovation thermique des bâtiments, l’instauration des élections à la proportionnelle et une nouvelle Constitution, un plan européen d’investissements.

« Nous allons dans les jours qui viennent établir la liste des propositions sur lesquelles nous sommes prêts à participer à une grande dynamique, à une grande aventure. »

La démarche n’est pas de chercher un accord entre partis, mais un programme présidentiel qui impulserait une dynamique conduisant à une majorité parlementaire sous un « label » nouveau. En clair, les candidats aux élections législatives - qui vont suivre l’élection présidentielle - ne concourraient pas sous l’étiquette d’un parti, mais sous celle du label constitué autour du candidat présidentiel.

« Si nous faisons ça, estime Yannick Jadot, nous avons l’équation gagnante de l’élection présidentielle : renouvellement du projet et des idées, renouvellement des pratiques, renouvellement des personnes. »

Il reste à savoir ce que feront les partenaires. Benoît Hamon répond-il à l’invitation ?

« Il veut trouver l’équilibre au sein de sa famille politique, c’est sa responsabilité. Les écologistes ne monteront pas dans le vieux bus diesel du parti socialiste. Un certain nombre de ses faux amis au sein du parti socialiste veulent le faire monter dans ce bus. »

Un label présidentiel dont ne bénéficieraient pas tous les députés PS

Tous les députés PS sortants seront-ils candidats de l’éventuelle nouvelle dynamique, dont l’on comprend que, pour le parti écologiste, Benoît Hamon serait la tête d’affiche ?

« Si on se remet dans une logique PS + EELV + PC + je ne sais qui, ça ne marchera pas. Une des conditions de réalisation de cette grande dynamique, c’est de créer les conditions d’une majorité parlementaire qui puisse soutenir ce projet présidentiel. Le label sera le label qui portera ce projet présidentiel. Peut-être que certains du parti socialiste ne se retrouveront pas dans le projet, ils ne bénéficieront pas de ce label. »

La divergence avec La France insoumise porte sur l’Europe

Où en sont les discussions avec Jean-Luc Mélenchon et la France insoumise ? Un dialogue d’autant plus difficile que, à l’occasion d’un différend sur l’analyse du rôle de Poutine en politique étrangère, la relation entre les deux hommes a pris un tour personnel acide.

Yannick Jadot reconnaît qu’il a « des difficultés avec certaines prises de position de Jean-Luc Mélenchon. Mais le sujet, ce n’est pas Jadot et Mélenchon. Le sujet, c’est la France, c’est l’espérance, c’est protéger la nature, c’est protéger notre santé, c’est créer des emplois, c’est redonner le pouvoir démocratique aux citoyennes et aux citoyens ».

Il a laissé un message téléphonique à M. Mélenchon, qui ne lui a pas encore répondu. Sans doute faut-il un médiateur entre les deux hommes. Mais l’important est de mettre à jour les divergences entre les deux mouvements politiques. La principale d’entre elles porte sur l’Europe. Voici comment Yannick Jadot l’analyse :

« Nous avons une divergence sur la capacité à agir aujourd’hui. Le projet écologiste réclame un grand plan d’investissement, 600 milliards d’euros par an pour investir sur la transition énergétique, sur les infrastructures, sur la santé, et sur le numérique. Pour Jean-Luc Mélenchon, on ne peut faire ce plan d’investissements sans sortir des traités. Ce n’est pas mon point de vue ni celui de Yanis Varoufakis [ancien ministre grec de l’Economie] et de beaucoup d’autres. On n’a pas la même lecture des traités. »

Le délai est court : tout doit se jouer d’ici fin février

Les difficultés peuvent-elles s’aplanir ? Les responsables d’EELV privilégient l’alliance avec Benoît Hamon - qui signifierait un retrait de la candidature de Jadot en échange d’un projet commun avec des candidats sous label commun aux législatives. Mais cette grande aventure dont rêve Yannick Jadot a peu de chance de l’emporter si une divergence fondamentale persistait avec le mouvement de la France insoumise qui porte Jean-Luc Mélenchon. Il est urgent de discuter.

L’échéance est proche : à partir du 23 février, les élus recevront leurs formulaires de parrainage des candidats à la présidentielle. M. Jadot a engrangé 416 promesses et se dit certain de parvenir au seuil nécessaire de 500. Début mars, une alliance sur un projet se fera, ou il maintiendra sa candidature.




Vous avez aimé cet article ? Soutenez Reporterre.

Lire aussi : Mélenchon répond à Hamon : « Benoît, il faut choisir »

Source : Hervé Kempf pour Reporterre

Photos :
. chapô : © Pierre Parraux
. autres : © Hervé Kempf/Reporterre

THEMATIQUE    Politique
20 février 2017
La lutte contre l’enfouissement des déchets nucléaires s’amplifie à Bure
Reportage
20 février 2017
A Paris, des milliers de personnes demandent la fin des violences policières
Reportage
18 février 2017
Eloge des grainothèques, où s’échangent les semences vivantes
Chronique


Vous avez aimé cet article ? Soutenez Reporterre

Sur les mêmes thèmes       Politique



Du même auteur       Hervé Kempf (Reporterre)