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14 juillet : à Nevers, le déplacement du feu d’artifice ne satisfait pas les écologistes

Le feu d'artifice du 14 juillet 2016 au-dessus de la Loire à Tours. Depuis, la ville a cessé ce feu d'artifice, et propose cette année un spectacle lumineux de drones.

Le feu d’artifice de Nevers, habituellement tiré près d’une île abritant des oiseaux protégés malgré la protestation des écologistes, sera légèrement déplacé cette année. Pas assez loin, disent les défenseurs de la faune.

Depuis trois ans, le maire de Nevers, Denis Thuriot (Renaissance), faisait tirer le feu d’artifice du 14 juillet depuis le pont de la Loire, à quelques dizaines de mètres de l’île aux sternes, abritant des oiseaux protégés. Voilà qu’en 2025, il éloigne enfin le lieu du tir… de quelques centaines de mètres.

Il faut dire que le schéma se répétait depuis trop longtemps, comme une dangereuse tradition du 14 juillet : d’abord, des associations de protection de la nature demandaient à la municipalité de Nevers de déplacer le tir du feu d’artifice du pont de la Loire, pour laisser des oiseaux tranquilles ; ensuite, le maire refusait, avançant parfois des soucis de sécurité et d’argent.

Finalement, mardi 8 juillet, la mairie de Nevers a mis un terme provisoire au feuilleton en annonçant le déplacement du lieu de tir vers la pointe de l’île Saint-Charles, en amont de la Loire. Une « petite victoire » pour Pierrot Pantel, ingénieur écologue et chargé de mission juridique à l’Association nationale de la biodiversité (ANB). Depuis plusieurs années, il est devenu la voix des protecteurs de l’île aux sternes en demandant l’éloignement du tir à plus de 1 000 mètres, « soit ce que recommande la science », s’oblige-t-il à répéter.

Lire aussi : Les feux d’artifice du 14 juillet, un spectacle éprouvant pour les oiseaux

« Monsieur Thuriot est un avocat, il savait que notre dossier était solide », analyse Pierrot Pantel qui avait déjà déposé une plainte en juillet dernier. Selon une carte de tir que Reporterre a consultée, le feu d’artifice sera tiré à environ 500 mètres de l’île protégée. De quoi agacer le protecteur de ces oiseaux.

Le 7 juillet, cinq associations en ont remis une couche en déposant deux référés-libertés, sans succès. « C’est une décision sidérante, mais si la justice s’en tenait à la science, ça se saurait. L’autorité judiciaire peut baisser la tête. Nous, on la baissera pas. Nous sommes une centaine à être prêts à se mobiliser ce 14 juillet. On ne restera pas à regarder le spectacle », dit Pierrot Pantel qui attend désespérément un sursaut de la part de la préfecture. Cette dernière reste silencieuse malgré tout ; contactée à plusieurs reprises, elle n’a pas donné suite à nos demandes.

45 % de « bombes silencieuses »

« Je tiens à préciser que le feu d’artifice n’a jamais détruit d’œufs, ni d’oiseaux », se défendait Denis Thuriot le 8 juillet auprès du Journal du Centre avant de préciser dans un communiqué que le feu d’artifice allait contenir « 45 % de bombes silencieuses » afin de préserver les oiseaux.

Officiellement, ce sont les conditions climatiques exceptionnellement sèches et la présence de nombreux œufs sur l’île qui ont gouverné le choix de la mairie. Contacté par Reporterre, le maire n’a pas répondu à nos sollicitations à temps pour la publication de cet article.

« Par son entêtement, le maire crée des problèmes au lieu de trouver des solutions »

Pierrot Pantel n’y croit pas pour un sou. Selon le membre de l’ANB, ce retournement de dernière minute provient plutôt de la pression interne exercée par la préfecture et par la crainte pour son image alors que les élections municipales de 2026 se rapprochent à grands pas.

Créée récemment pour cette échéance, la liste d’opposition de gauche Demain, Nevers se montre critique de la politique engagée par le maire. « Par son entêtement, le maire crée des problèmes au lieu de trouver des solutions qui rendraient compatibles cette fête populaire et la protection de l’environnement », indique le mouvement politique qui précise que la récente décision du maire « ne change rien au fond du problème. Il est dans une position extrémiste, est seul et n’écoute pas ».

« La protection des espèces protégées passe avant les intérêts économiques »

En avril 2024, le maire avait esquissé quelques solutions pour déplacer le lieu du tir que Reporterre avait pu consulter. Pour chacune d’entre elles, il fallait envisager un surcoût de 50 000 euros. Un argument pour continuer de tirer depuis le pont. « Peu importe, la protection des espèces protégées passe avant les intérêts économiques », réagit l’écologue, inquiet par la diminution des populations de sternes année après année.

Pendant le feu d’artifice du 14 juillet 2024, des membres de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) avaient observé les effets du feu d’artifice, qui avait « conduit à l’abandon progressif des œufs de quatre couples de sternes pierregarin ». Pour Pierrot Pantel, c’est incompréhensible : « Leur île est très protégée. Un double Natura 2000, un arrêté ministériel… Au-dessus, c’est le cœur d’un parc naturel ! »

Une sterne pierregarin. © Pierrot Pantel

Selon le dernier comptage de la LPO, au 8 juillet, il y avait au moins 40 couples de sternes pierregarin et 10 couples de sternes naines. « Dans le cas d’un tir à moins de 1 000 mètres du site de reproduction en 2025, l’atteinte aux espèces présentes sur cette île est donc à qualifier de certaine. Or, compte-tenu de la dynamique en forte régression des deux espèces de sternes et de l’importance de la colonie de Nevers, le moindre impact sur cette colonie est en mesure de conduire à la disparition définitive des sternes dans la Nièvre », s’alarme la LPO.

L’île aux sternes accueille la moitié de la population de la Nièvre. Plusieurs villes comme Tours (Indre-et-Loire), Loireauxence (Loire-Atlantique) ou encore Moulins (Allier) ont pris la décision d’annuler ou de déplacer suffisamment leurs feux d’artifices. Nevers est la seule ville qui résiste encore.

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