Tempête Xynthia : 15 ans après, la montée des eaux menace toujours les agriculteurs
Près de Charron, Claude, agriculteur, constate l’arrivée de l’eau salée sur son champ. Lorsque celle-ci se sera évacuée, il y dispersera du gypse afin réduire le niveau de salinité du sol. - © Quentin Hulo / Reporterre
Près de Charron, Claude, agriculteur, constate l’arrivée de l’eau salée sur son champ. Lorsque celle-ci se sera évacuée, il y dispersera du gypse afin réduire le niveau de salinité du sol. - © Quentin Hulo / Reporterre
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Le 27 février 2010, la tempête Xynthia a ravagé une partie de la France. 15 ans après, dans le Marais poitevin, l’adaptation à la montée des eaux reste difficile. Des paysans « sacrifient » même des terres pour les digues.
Marais poitevin, reportage
« J’avais un cheptel de 400 brebis et environ 200 bovins. Et puis, le 28 février 2010, j’ai tout perdu. » Jean-Paul Rault se remémore le jour où la tempête Xynthia a frappé avec toute sa force sa ferme, située en Vendée à l’embouchure de la Sèvre niortaise, l’axe fluvial principal qui traverse le Marais poitevin. « L’eau a atteint 1,80 mètre dans la maison. Elle y est restée pendant 10 jours et environ 3 semaines sur l’exploitation. » Les bovins qui ont survécu, environ 150, ont gardé des traces du traumatisme : « Les vaches ont eu du mal à se reproduire », se souvient le polyculteur-éleveur. Sa ferme de la Prée Mizottière, située dans la baie de l’Aiguillon, est une propriété du Conservatoire du littoral.
L’élan de solidarité qui a suivi, venu de toute la France, le touche encore : « Pendant un mois, il y avait du monde sur la ferme pour assurer le nettoyage. J’ai un classeur rempli de courriers, parfois avec des chèques. On a vu remonter des camions de foin de la Loire, des Ardennes. »
Cette nuit du 27 au 28 février 2010, personne dans la région ne l’a oubliée. Xynthia, une dépression météorologique accompagnée de vents violents et un coefficient de marée élevé (102), a balayé la façade atlantique de la France. 47 personnes ont perdu la vie, dont 35 en Vendée et 12 en Charente-Maritime. L’eau s’est engouffrée dans les brèches, elle a surmonté les digues et est remontée une dizaine de kilomètres à l’intérieur des terres, où elle a stagné pendant plusieurs jours.
Face à l’ampleur des dégâts, plus de 2 milliards d’euros, la tempête a eu un effet catalyseur dans l’adaptation du Marais poitevin aux événements extrêmes et à l’élévation du niveau marin. L’État, à travers le fonds Barnier, a racheté les maisons situées en « zone noire » et les a rasées au sol. En parallèle, les Programmes d’actions de prévention des inondations (Papi), portés par les élus locaux, ont permis de réduire la vulnérabilité des communes.
Reconstruire à l’identique, « ce n’était plus possible »
Sur ce territoire à vocation agricole, comment protéger tous les champs et les parcelles situées dans les zones à risque ? Faut-il construire des digues plus hautes ? Ou y a-t-il d’autres pistes à explorer ?
« Xynthia a été une catastrophe, explique Éric Chaumillon, professeur à l’université de La Rochelle et chercheur du CNRS au laboratoire Littoral Environnement et Sociétés. Il fallait réagir immédiatement, les brèches ouvertes dans les digues pouvaient être à nouveau empruntées par la mer, donc on a voulu les restaurer rapidement. Puis, le réflexe a été : on recommence à l’identique [reconstruire les mêmes digues], mais ce n’était plus possible [au vu de la montée des eaux]. » Fils d’agriculteur, le scientifique est spécialiste des problématiques liées à la montée des eaux et aux submersions marines.
Le travail d’études et de concertation pour le plan digues a duré presque six ans et la construction des derniers ouvrages de protection est toujours en cours dans les communes d’Esnandes et Charron. « C’est surtout une problématique agricole, analyse Éric Chaumillon, ces plaines céréalières sont parmi les plus productives de France. Les agriculteurs y sont très attachés et n’ont pas envie de renoncer à ces terres. »
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Jean-Paul Rault a accepté de « sacrifier » 10 hectares de ses terres, en reculant la digue de premier rang, située directement face à la mer, afin de créer un bassin de submersion et ralentir ainsi la dynamique de l’eau en cas de tempête et de marée haute. Une première forme de dépoldérisation dans un territoire habitué depuis 1 000 ans à gagner de la terre sur la mer.
Malgré l’intérêt écologique, l’éleveur a plus de questions que de réponses : « Peut-on dégonfler la mer sur si peu d’hectares ? »
Il s’interroge également sur le poids supplémentaire qui pèse sur les agriculteurs du Marais poitevin : « Notre rôle, en tant qu’agriculteurs, est de produire, pas d’assurer un service d’utilité publique. Il faudrait que la population prenne conscience que ces digues ne sont pas que pour le monde agricole, qui d’ailleurs paie la majorité de la taxe foncière. »
Pour Loïc Chaigneau, responsable du service climat, aménagement et cadre de vie pour le parc naturel régional du Marais poitevin, c’est plutôt l’ensemble de la population qui contribue à protéger quelques exploitations agricoles.
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« Le dispositif Papi a vocation à préserver les zones habitées, les biens et les personnes, explique celui qui est aussi à l’initiative du projet de dépoldérisation de la ferme de la Prée Mizottière. Le phénomène Xynthia a “vidé” les zones habitées de ce périmètre pour minimiser le risque. Maintenant, l’étude coût-bénéfice nous dit : “Que protège-t-on avec les digues à leur emplacement actuel ?” Des outils de production. »
Face à l’inexorable montée du niveau marin, reculer serait également dans l’intérêt des agriculteurs, considère Loïc Chaigneau : « Plus on recule la digue, moins on doit la construire haute. La zone d’expansion d’eau est plus importante, donc la colonne d’eau diminue. Quel serait le soutien des habitants, en sachant qu’une digue de front de mer et une digue à 1 kilomètre dans les terres n’ont pas du tout le même coût pour la collectivité ? »