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Édito — Politique

2021, l’année décisive

Merci à vous, qui apportez un soutien massif et chaleureux à Reporterre. Vous confortez la presse indépendante, indispensable alors que la catastrophe écologique s’accentue et que l’oligarchie s’enracine dans le productivisme et l’identitaire. Notre tâche : faire grandir le parti de l’espoir.

Merci, merci beaucoup, chères lectrices et lecteurs de Reporterre : vous avez magnifiquement répondu à notre campagne de Noël. Nous espérions que vous seriez dix mille donatrices et donateurs, vous avez été plus de douze mille à nous soutenir, élargissant notre communauté et nous donnant les moyens de nous développer pour informer toujours mieux sur l’actualité écologique.

Votre engagement est d’autant plus précieux et utile qu’il intervient dans un contexte où la liberté de la presse est plus vitale que jamais. Ces jours-ci, le milliardaire Vincent Bolloré est à la manœuvre pour racheter les médias du millionnaire Arnaud Lagardère (Le Journal du dimanche, Paris Match, Europe 1) — il est contré par le milliardaire Bernard Arnault, propriétaire du Parisien et des Échos. M. Bolloré cherche aussi à reprendre le groupe Prisma (Capital, Géo, Ça m’intéresse, etc.). Pour éviter qu’Europe 1 et Le Journal du dimanche — à l’orientation déjà très droitiste — tombent aux mains de M. Bolloré — qui, avec C News, donne une orientation d’extrême droite aux médias qu’il possède —, M. Macron vient de faire garantir par l’État un prêt de 465 millions d’euros au groupe Lagardère.

Cette lutte au sein de l’oligarchie rappelle que la presse indépendante est dramatiquement réduite en France, et c’est pourquoi le soutien que vous apportez au quotidien de l’écologie est si précieux : à Reporterre, nul milliardaire ou autre patron pour nous dicter les articles !

Le combat des oligarques s’inscrit dans un choix fait par la classe dirigeante d’aller toujours plus dans le conservatisme, partageant dans les cinquante nuances du bleu moche du productivisme. Jugeant que la gauche est trop faible et que l’écologie est marginale, Emmanuel Macron — dont la seule véritable conviction est qu’il veut rester au pouvoir — a choisi de pencher toujours plus à droite, pour récupérer l’électorat de Les Républicains tentés par le vote Le Pen, voire séduire des électeurs du Rassemblement national. Après avoir envoyé en 2020 des signaux multiples à l’extrême droite (interview à Valeurs actuelles, tentative de commémoration de l’écrivain antisémite Charles Maurras, soutien au pamphlétaire raciste — et employé de Bolloré sur C News — Éric Zemmour), M. Macron vient encore durant la pause de Noël de publier une interview à L’Express axée sur « l’identité nationale » et stigmatisant « l’extrême gauche », tandis que l’on apprenait que l’un de ses plus proches conseillers avait déjeuné avec Marion Maréchal.

Dans tous ces médiocres jeux, l’écologie est considérée comme une quantité négligeable. Alors qu’elle est plus vitale que jamais et que nous subissons les effets d’une pandémie interminable, fruit d’un rapport des humains au vivant devenu mortifère, que l’année 2020 a connu la catastrophe des mégafeux en Australie et en Californie, que le changement climatique se précise de jour en jour : Météo France a annoncé le 29 décembre que 2020 avait été l’année la plus chaude en France jamais enregistrée et que la température moyenne s’y était élevée de plus de 1,5 °C depuis 1900.

Tout ceci signifie que l’année sera décisive en France : soit l’on parvient à faire émerger un mouvement uni plaçant l’écologie et la justice sociale en priorité dans la perspective de l’élection présidentielle de 2022, soit la vie politique se concentrera sur des ratiocinations réactionnaires et sécuritaires laissant la catastrophe écologique se dérouler inexorablement. Dans ce dernier cas, la présidentielle se jouerait entre la droite et la droite, engluant le pays pour cinq ans dans une politique toujours plus néfaste.

Le rôle de la presse indépendante, et particulièrement de Reporterre, sera jour après jour d’informer sur la priorité historique qui se pose aujourd’hui à nous, le rapport de la société humaine à la biosphère, portant la lumière loin des questions « d’identité » qui ne sont que le véhicule de la haine et de l’enfermement. Il faudra aider à ce que grandisse et s’affirme le parti de l’espoir.

Grâce à vous, et avec vous, nous travaillerons d’arrache-pied pour que les perspectives d’avenir l’emportent sur les visions du passé. Merci encore, et bonne année.

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