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Édito — Libertés

Le goût incomparable de la liberté

Vous avez fait de Reporterre un cas unique dans la presse française : un site totalement indépendant, sans actionnaire, sans subvention, sans publicité, et en accès libre. Cette liberté est indispensable pour porter haut et fort la question écologique dans l’espace public. Nous lançons notre campagne de Noël. Merci de votre soutien, soutien à l’écologie et à la liberté, deux valeurs indissociables.

Je vais vous avouer quelque chose. Je ne connaissais pas Nelson Mandela. Enfin, si, comme tout le monde : j’avais l’image de ce grand-père sage qui avait su réconcilier son pays, obtenir la fin de l’apartheid, tout en évitant le bain de sang qu’on pouvait craindre entre une minorité blanche qui avait opprimé durant des décennies une majorité noire, et celle-ci. Et puis, par une sorte de hasard, j’ai lu ses passionnantes mémoires, Un long chemin vers la liberté, et je me suis rendu compte de l’impressionnant parcours de cet homme. Celui qui devait devenir un sage inspirant et pacificateur avait été durement, douloureusement, obstinément, un homme en lutte. Qui, malgré vingt-sept ans d’emprisonnement, n’avait jamais lâché, jamais cédé, jamais flanché.

Nelson Mandela : « Une presse critique, indépendante et d’investigation est la pierre angulaire de toute démocratie. »

Il a lutté toute sa vie contre l’apartheid, contre l’injustice qui séparait deux groupes humains, contre ce système qui donnait tout à l’un et prenait tout à l’autre, comme s’ils n’étaient pas membres de la même espèce, de la même histoire.

Aujourd’hui, nous sommes de plus en plus nombreuses et nombreux à ressentir que « l’apartheid climatique », selon l’expression de Philip Alston, le rapporteur des Nations unies pour la pauvreté et les droits humains, risque de devenir une réalité. M. Alston craint que ne se généralise « un scénario d’apartheid climatique dans lequel les nantis paient pour échapper à la chaleur excessive, à la faim et aux conflits, tandis que le reste du monde est laissé à sa souffrance ». On ne saurait mieux dire combien les questions de l’écologie et de la justice sociale sont enchevêtrées.

C’est la ligne que s’est fixée Reporterre depuis son origine : raconter, décrire, expliquer, sans jamais se lasser, la catastrophe écologique en cours — parce les médias dominants (ou dominés par les puissances d’argent) n’en parlent pas assez —, et la lier sans cesse à ce qui l’explique et suscite son aggravation — un système économique qui place le profit de quelques-uns au-dessus de toutes les valeurs de la vie.

Se dégager du discours dominant, montrer sans cesse ce que d’aucuns veulent tenir caché, démonter les mensonges des capitalistes verts et les faux-semblants des discours pseudo-écologistes, raconter les luttes d’abord marginales avant qu’elles deviennent populaires, partager les expériences nouvelles qui prouvent qu’« un autre monde est possible » quand tous les pouvoirs voudraient nous faire croire qu’« il n’y a pas d’alternative », tout ceci n’est possible que parce que nous sommes LIBRES.

Et voilà pourquoi nous nous retrouvons si bien sous la phrase de Nelson Mandela, placée en exergue de notre campagne de soutien :

Une presse critique, indépendante et d’investigation est la pierre angulaire de toute démocratie. Elle doit avoir une indépendance suffisante vis-à-vis des intérêts particuliers pour être audacieuse et curieuse, sans crainte ni faveur. »

Cette liberté du quotidien de l’écologie, elle a été conquise grâce à ses lectrices et à ses lecteurs, qui le soutiennent si bien que Reporterre est devenu un cas unique dans la presse française : un site en accès libre, sans actionnaire, sans subvention, sans publicité, et qui vit suffisamment bien pour soutenir une équipe de plus de dix professionnels de l’information. Tous les jours, plus de 36.000 personnes ont accès gratuitement à une information de qualité sur l’écologie. Car pour nous, l’information est un bien commun.

Ainsi nous pouvons suivre attentivement ce qui se passe sur le changemement climatique ou sur la biodiversité — désolé, on ne trouve que rarement dans ces domaines des bonnes nouvelles —, décrire les alternatives — là, de plus en plus, ça pousse, ça grandit, ça multiplie, le monde possible se réalise pas à pas et fait sa place, comme les plantes sauvages qui poussent entre les fissures des blocs de béton —, et accompagner les luttes sans lesquelles le changement ne pourra advenir.

Greta Thunberg : « Il n’y a pas d’avenir pour la démocratie sans une presse libre, indépendante et forte »

Et particulièrement la lutte du mouvement climatique, celui lancé par une jeunesse qui s’est levée pour empêcher qu’un rideau de chaos, de chaleur et de misère s’abatte sur son avenir. Ce n’est pas un hasard si Greta Thunberg, elle aussi, connaît l’importance de la liberté de l’informer : « Il n’y a pas d’avenir pour la démocratie sans une presse libre, indépendante et forte ».

Il est étrange d’évoquer les termes de liberté de la presse et d’apartheid dans un pays qui a pu se vanter d’être la patrie des droits de l’Homme. Car la liberté d’information est de plus en plus menacée en France, comme le montre le projet de loi Sécurité globale (que Reporterre a été parmi les premiers à expliquer et à dénoncer), tandis que les violences croissantes de la police (que Reporterre avait dès 2016 documenté précisément) n’ont cessé d’empirer. Se produisent même l’interpellation de journalistes accomplissant leur mission, comme cela a été le cas pour un journaliste de Reporterre, qui a passé une journée en garde à vue en juin dernier.

Eh bien, grâce à vous et avec vous, nous ne lâcherons pas. Les temps à venir, hélas, risquent fort d’être de plus en plus conflictuels, parce que les profiteurs du vieux monde usent et useront de tous leurs pouvoirs moisis pour empêcher que l’on prenne la voie écologique indissociable de la justice.

Nous userons de notre arme : l’information. Car la bonne nouvelle, c’est qu’avec peu, on peut réaliser beaucoup. Reporterre avait mené en juillet 2019 la première grande enquête sur Amazon. Un an et demi plus tard, la plus puissante firme du monde est de plus en plus contestée en France. Cet automne, nous révélions que les centaines de milliers de masques distribués aux enseignants et à des fonctionnaires avaient un potentiel toxique ; quelques jours après, le gouvernement était contraint de retirer ces masques. En septembre, nous avons mis à nu les illusions que représente la voiture électrique. Tout récemment, nous avons souligné les déficiences de la politique de la rénovation énergétique, une politique qui devrait être la pointe de la stratégie climatique. Les jalons de l’information sont plantés pour qu’à l’avenir adviennent les victoires et les tournants nécessaires.

Avec votre soutien, nous allons amplifier encore notre effort et notre enthousiasme. Les prochaines étapes ?

  • élargir encore la rédaction, parce que davantage de bons journalistes signifie des informations encore plus incisives et des enquêtes plus nombreuses ;
  • lancer une nouvelle maquette, pour un site plus clair et plus riche ;
  • relancer les Rencontres de Reporterre, parce que nous avons besoin de nous voir, de rire et de réfléchir ensemble, et parce que nous aimons faire communauté.

Reporterre est une communauté d’esprits libres et engagés. Durant la campagne que nous lançons ce mois-ci, nous espérons que vous serez dix mille à nous rejoindre, en soutenant l’information libre et écologique – ICI. Merci à vous.

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