3 œuvres pour questionner le spécisme et notre rapport aux animaux
« Le monde après le spécisme – En finir avec l’oppression des animaux », à écouter sur France culture. - © Anaïs Ysebaert / Radio France
« Le monde après le spécisme – En finir avec l’oppression des animaux », à écouter sur France culture. - © Anaïs Ysebaert / Radio France
Durée de lecture : 5 minutes
Aimer les animaux tout en mangeant goulûment de la viande ? Pour mieux comprendre les rapports de domination entre les humains et les animaux, et lutter contre, Reporterre a sélectionné 3 œuvres.
Certes, les publications sont de plus en plus nombreuses ces dernières années, mais l’automne 2025 semble particulièrement être un grand cru pour les œuvres sur l’antispécisme. Soit la lutte contre le « spécisme », autrement dit la hiérarchie et la discrimination arbitraires faites sur le critère de l’espèce des individus. Ou, dit plus simplement, le fait d’aimer les chiens en ne voyant aucun souci à dévorer un steak.
Pour mieux comprendre comment s’organise le spécisme dans notre société, des élevages jusqu’à nos façons de penser, et comment lutter contre, Reporterre a sélectionné trois œuvres dans ce fourmillement de publications : une série documentaire sonore, un livre et un film. Trois supports pour changer de regard sur notre rapport aux animaux.
• « Le monde après le spécisme – En finir avec l’oppression des animaux »
La série commence par une succession de voix, anonymes, rieuses. « Ils ont tué la famille de Peppa Pig ! » s’amuse une fillette. « Ça fait forcément de la peine de voir ce cochon entier rôti sur sa broche, mais c’est comme ça... » tranche une femme. Comment en est-on arrivé là ? À nous habituer à nourrir quotidiennement notre corps de cadavres d’autres animaux ? À considérer que certains animaux sont mangeables, et que d’autres non ?
En quatre épisodes, garnis d’interviews passionnantes, de morceaux d’œuvres littéraires ou encore d’extraits de publicités, la documentariste sonore Pauline Chanu interroge le spécisme, ce rapport de domination organisé socialement, qui rend l’exploitation animale à la fois puissante, acceptée et invisible.
Certaines phrases nous prennent aux tripes et restent gravées en nous. « À partir de demain, je sors de prison », balance un éleveur laitier qui a décidé d’arrêter son activité. « C’est un travail qui vous broie de l’intérieur. Est-ce que les gens qui font un barbecue le week-end ont conscience de la souffrance derrière tout ça ? » interroge David, employé dans un abattoir depuis quinze ans. « L’exploitation animale est un système qui broie les animaux, les êtres humains et l’environnement », résume Brigitte Gothière, cofondatrice de l’association antispéciste L214.
Une série documentaire pour se questionner, et tenter d’envisager une société égalitaire avec les autres animaux, pour cohabiter avec eux sans les laisses, les chaînes et les clôtures.
|
Le monde après le spécisme — En finir avec l’oppression des animaux , une série documentaire LSD sur France culture, de Pauline Chanu, 13 octobre 2025. |
• « En finir avec les idées fausses sur l’antispécisme »
Les amateurs de podcast connaissent peut-être déjà son émission, « Comme un poisson dans l’eau ». Dans la lignée de son travail sonore, le militant Victor Duran-Le Peuch propose un essai décortiquant 48 idées fausses sur l’antispécisme. Des plus banales et récurrentes — « L’humain est fait pour être carnivore, voyons ! » — aux plus spécifiques, parfois entendues dans le monde écolo — « On a le droit de tuer les animaux, puisqu’on leur donne la vie » ou encore « La pensée du vivant est compatible avec l’antispécisme ».
Ainsi, on constate au fur et à mesure de la lecture que de nombreux concepts, comme celui du « vivant », populaire parmi les militants écologistes, occultent totalement les rapports de domination entre humains et non-humains. « Cet éloge du “changement de regard” prétend dépasser l’anthropocentrisme mais le véhicule sous une forme nouvelle : il semble parfois faire de la transformation de notre sensibilité la finalité première, au détriment de toute action pour vraiment mettre fin aux violences subies », écrit Victor Duran-Le Peuch.
Si l’ouvrage peut paraître dense et complexe au premier abord, les exemples concrets cités aident à rendre la lecture fluide, pour les militants antispécistes aguerris comme les curieux du premier jour.
|
En finir avec les idées fausses sur l’antispécisme, de Victor Duran-Le Peuch, aux Éditions de l’Atelier, 3 octobre 2025, 404 p., 13,50 euros. |
• « L’adieu à la viande, la grande histoire des végétariens »
Qui a osé dire que le refus de manger de la viande était une lutte occidentale et récente ? Dans ce film documentaire — disponible sur Arte.tv du 15 novembre au 21 janvier 2026, et diffusé à la télévision le 22 novembre — le réalisateur Martin Blanchard retrace la longue histoire du végétarisme.
Nous voilà plongés dans l’Inde d’il y a 2 600 ans, auprès des communautés non violentes jaïns, qui s’engagent à faire le moins de mal possible à autrui ; puis dans la Grèce antique où Plutarque s’indigne du sort réservé aux animaux. Tout au long de ce voyage passionnant, on constate que le végétarisme est loin du cliché qu’on essaie parfois de lui accoler — une « tendance à la mode » dans les pays riches — mais constitue bien une réflexion de fond, menée par de nombreuses personnes depuis longtemps.
On regrette toutefois que certaines communautés soient absentes du film (quid des partisans du régime Ital dans le mouvement rastafari, par exemple ?) ainsi que ce focus sur la viande, sans jamais mentionner que les autres produits d’origine animale (les laitages, les œufs…) contribuent eux aussi à l’exploitation et au meurtre des animaux. La lutte antispéciste n’est ainsi jamais évoquée : un peu dommage.
L’adieu à la viande, la grande histoire des végétariens, documentaire Arte de Martin Blanchard, 15 novembre 2025.