A Fukushima, la très délicate opération de retrait des combustibles se poursuit

Durée de lecture : 3 minutes

31 mars 2014 / Jean-Claude Zerbib

Le retrait des assemblages combustibles de la piscine du réacteur n°4 vers la piscine commune de la centrale se poursuit. Décryptage de cette opération délicate et risquée.


Les assemblages combustibles, entreposés dans la piscine du réacteur n°4 de Fukushima, doivent être transférés en totalité vers la piscine commune de la centrale, située à proximité du réacteur n°4. Cette opération de retrait des assemblages combustibles a commencé le 18 novembre 2013. Son achèvement est prévu par Tepco pour la fin de 2014.

L’extraction des combustibles de la piscine 4 était urgente à conduire, compte tenu des risques présentés par les dégradations des structures occasionnées lors de l’explosion d’hydrogène survenue le 15 mars 2011.

- Sommet du réacteur n° 4, photo prise par un employé de Tepco le 5 janvier 2012 -

Tepco devra ensuite procéder à l’extraction des assemblages contenus dans les piscines n°1 (292 éléments combustibles), n°2 (587 éléments) et n°3 (514 éléments).
Pour réaliser ces opérations, l’exploitant a construit une structure greffée sur le bâtiment réacteur, afin de consolider la piscine par des poteaux de soutènement, d’y adjoindre un « pont-perche » qui permet d’extraire, un par un, les combustibles placés dans des rateliers (qui regroupent de 50 à 70 assemblages) posés en fond de piscine, et d’installer la grue qui immerge, puis évacue, le lourd château de transfert qui peut contenir jusqu’à 22 assemblages.

Il y a un total de 1 533 assemblages à extraire de la piscine n°4 dont 202 assemblages « neufs » et 1 331 assemblages totalement ou partiellement « usés ». Le poids total de combustible était égal à 228 tonnes.

L’activité que renfermaient les combustibles usés lors du tsunami était estimée à environ 1018 becquerels de césium 137, 1018 Bq de césium 134 et 6.1017 Bq de strontium 90.

Tepco sait qu’au moins trois assemblages posent problème. L’un d’eux avait été endommagé en 1982 à l’occasion d’un transfert. Quant aux deux autres, on a constaté en avril 2010 qu’un morceau de câble y était piégé.

Tepco a réalisé plusieurs vidéos qui permettent de visualiser notamment :

Les moyens mis en œuvre pour réaliser l’extraction des assemblages de la piscine n°4.
• Le retrait d’un assemblage après préhension de l’anse situé sur la « tête » de l’assemblage.
L’examen d’un dommage découvert sur un assemblage. Le défaut apparaît à 3 mn 30 de défilement de la vidéo

Bilan des retraits des assemblages combustibles

Depuis le début de l’année 2014, Tepco publie des points hebdomadaires sur les retraits de combustibles.

Les données sur ces transferts sont mises à jour sur le site de Tepco chaque lundi.

Comme il n’y a pas assez de place dans la piscine commune aux six réacteurs de la centrale (cette piscine était pratiquement pleine le 11 mars 2011, jour de l’accident), Tepco retire de cette piscine des assemblages qui s’y trouvaient pour les mettre dans des conteneurs qui assurent un entreposage à sec.

Le bâtiment utilisé pour l’entreposage des conteneurs (« cask storage ») est implanté entre les réacteurs n°1 et n°5, indique le Plan figurant dans le document : Tepco, Current Condition of Fukushima, Daiichi Nuclear Power Station, june 26, 2012.

Entre la fin décembre 2013 et le 10 mars 2014, 330 assemblages ont été retirés, soit un taux d’environ 140 assemblages par mois. L’évacuation de tous les combustibles (il en reste 1071 à retirer en dix mois), que Tepco prévoit de réaliser pour la fin 2014, semble être une performance réaliste, si aucun problème majeur ne vient perturber ces retraits.


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Source et photos : Courriel à Reporterre

Photo chapô : lemonde.fr

Lire aussi : Fukushima, trois ans après : le bilan complet - mais provisoire.


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