A Lille, convergence des luttes contre le TAFTA, le gaz de couche et les Mille vaches

14 octobre 2014 / Didier Harpagès (Reporterre)

Beau succès pour la manifestation à Lille contre le TAFTA, le gaz de couche, les mille vaches : luttes et mouvements se sont retrouvés, en convergence et en solidarité.


- Lille, correspondant

Lorsque Patrice Vergriete, fraîchement élu maire de Dunkerque puis président de la Communauté urbaine de Dunkerque (CUD), annula, en avril dernier, la construction d’une grande salle dite Arena, les militants du collectif hostile à ce projet inutile allaient, dans les semaines qui suivirent cette décision, créer un nouveau collectif afin de protester cette fois contre le grand marché transatlantique.

L’opposition à TAFTA rassemble à Dunkerque, au-delà des clivages politiques, des citoyens, des membres d’associations (Amis de la Terre, Artisans du Monde) et des élus politiques (Parti communiste, Parti de Gauche, Europe Ecologie Les Verts). Ces derniers sont parvenus à faire adopter des motions déclarant les communes de Dunkerque, Coudekerque Branche, Leffrinckoucke (appartenant au dunkerquois) « zones hors TAFTA ». Ce fut également le cas pour la CUD en juin. Damien Carême, maire de Grande Synthe, fut l’un des premiers sur le littoral à adopter ce label symbolique.

Il était présent, samedi 11 octobre, parmi les manifestants ayant répondu à l’appel du collectif dunkerquois anti TAFTA. Quand on lui demande ce qui, dans ce traité, soulève son indignation, il répond sans hésitation : « C’est la fin du politique ! » Sentiment partagé par d’autres militants rassemblés ce jour dans la cité de Jean Bart. Ainsi Daniel Burghgrave, conseiller municipal, délégué à la solidarité et à la lutte contre les inégalités à Coudekerque Branche, déclare : « Le pays ne doit pas être soumis à d’autres puissances politiques et financières. Adhérer au TAFTA, c’est mettre la vraie démocratie à la corbeille. J’ai le sentiment qu’avec cet accord, le citoyen ne pourra plus s’exprimer en toute liberté. »

José Deswartes, proche du NPA renchérit : « Avec le TAFTA, nous assistons au couronnement de tout ce qui a déjà été fait contre le citoyen. C’est une offensive brutale du capitalisme destinée à faire sauter les derniers verrous et permettre ainsi à l’économique de prendre le pas sur le politique. »

Le bio menacé par le Tafta

Guillaume Jacquemart, acteur dynamique du collectif et animateur de l’Atelier, Université Populaire de Grande Synthe ne décolère pas : « Tout ce qui a été fait à Grande Synthe depuis quelques années sera remis en cause comme par exemple l’introduction du Bio dans toutes les cantines de la ville. Les circuits courts seront anéantis par les grandes exploitations agricoles que le marché transatlantique favorisera. Le principe de précaution sera bafoué, les OGM introduits, la transition énergétique repoussée. Et je ne parle pas des normes sanitaires, environnementales et sociales définitivement abandonnées. Toutes les décisions prises par les experts seront éloignées des citoyens. »

Madame et Monsieur Guerrero, citoyens sensibles à l’ensemble des problématiques soulevées par l’accord commercial transatlantique évoquent quant à eux « l’écrabouillage généralisé de toutes les énergies positives de l’écologie. Ce sera la fin des rapports normaux entre les hommes ! »

Quelques militants dunkerquois se sont rendus l’après-midi à Lille où avaient convergé d’autres collectifs de lutte réunis pour la circonstance afin de dénoncer l’exploitation de l’homme et de la nature exacerbée par le TAFTA. La journée mondiale contre la fracturation hydraulique, le « No fracking day », était également fixée le 11 octobre.

Alerte au poulailler-usine des 250 000 poules !

Pierre, Danièle et Gabriel du collectif Gazhouille étaient venus protester contre le projet d’exploitation du gaz de couche dans la région de Divion et d’Avion, anciennes villes minières du Pas de Calais. Particulièrement amer, Pierre fait le constat suivant : « Notre région est totalement dénaturée. Non seulement des sociétés multinationales veulent exploiter le gaz de couche en procédant, tôt ou tard, à la fracturation hydraulique qui sera d’ailleurs légalisée avec le TAFTA mais nous avons à subir également les caprices insensés d’industriels avides et cupides qui prétendent s’adonner à l’élevage. La ferme des mille vaches à Drucat est un scandale et voilà que l’on nous promet, toujours dans la Somme, à Beauval deux poulaillers géants dans lesquels quelques 250 000 poules devraient pondre près de 400 millions d’œufs par an ! Nous marchons sur la tête ! »

PCF et CGT en contradiction

« Ce qui est étrange dans cette affaire, souligne Danièle, c’est que des partis comme le Parti communiste français local ou des syndicats tel que la C.G.T sont contre le TAFTA mais pour le gaz de couche car, selon eux, des emplois seraient créés. Belle contradiction ! »

Gabriel Bertein, Président de l’association Rivière Nature et Patrimoine a réussi à « démasquer » un projet de centrale à gaz qui devait alimenter une ligne de très haute tension entre Arras et Lille. « Ce projet qui vise à tripler la puissance de la ligne par trois, dit-il, a été mis en veille grâce à l’action que nous avons menée auprès des habitants qui désormais se montrent vigilants et combatifs. »

La confédération Paysanne du Nord- Pas de Calais était également présente à Lille pour défendre l’emploi, la souveraineté alimentaire, l’agriculture paysanne et la vie des territoires. Antoine Jean, son porte-parole fustige le TAFTA : « L’Union Européenne présente les négociations comme nécessaires pour faire face à la crise. D’autres accords comme l’ALENA (Accord de Libre Echange Nord Américain) ont déjà montré les conséquences désastreuses en termes d’emploi, de démocratie ou d’environnement. Ce qu’il faut, ajoute-t-il, c’est relocaliser l’activité et l’emploi. Les négociateurs mettent l’accent sur la compétitivité et la recherche obsessionnelle de la productivité. Avec ces accords, le droit à la concurrence primera sur le droit social. »

Avec le Tafta, bienvenue au champagne américain

Au sujet de la qualité de la production agricole, là encore Antoine Jean s’indigne : « Les Américains pourront, par exemple, produire une boisson qui ressemblera au champagne et qu’ils pourront appeler champagne car le TAFTA s’attaquera à l’A.O.P (Appellation d’origine protégée) à l’I.P.G (Indication géographique protégée) et à la S.T.G (Spécialité traditionnelle garantie). Mais en fait, l’agriculture sera détruite des deux côtés de l’Atlantique et les multinationales pourront s’enrichir. » Il conclut : « L’agriculture promue par ces accords est capitaliste, industrielle et financiarisée ! Nous n’en voulons pas ! »

Prenant la parole à la suite d’une saynète mise en scène par Le Théâtre des opprimés sur les marches de l’opéra de Lille - saynète qui fit le procès des multinationales -, Antoine Jean convia le public à se rendre à Amiens le 28 octobre prochain afin de soutenir « les prévenus des 1000 vaches ».

Admiratifs devant la convergence des luttes présentées à Lille, des élus EELV du Nord – Pas de Calais (notamment Karima Delli, député européenne, Majdouline Sbai, vice-présidente du Conseil Régional) vinrent conclure cette journée de manifestation, passée pour une grande partie sous le soleil, en soulignant la qualité du travail militant réalisé par l’ensemble des collectifs.



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Source et photos : Didier Harpagès pour Reporterre

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Ce reportage a été réalisé par un correspondant des Amis de Reporterre. Merci de soutenir Reporterre :

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