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Reportage — Luttes

À Paris, une manifestation bouillonnante de colère

  • Paris, reportage

Le cortège n’a pas encore démarré que l’ambiance s’électrise. En ce mardi 3 avril, premier jour de la grève nationale de la SNCF, la manifestation parisienne renoue avec la virulence militante. Autour du ballon vert Sud Rail, à l’avant de la manifestation, fusent des slogans qui renouent avec la tradition communiste : « Tous ceux qui ont, ils l’ont volé/Partage du travail/Partage des richesses/ Sinon ça va péter ». D’autres fustigent la stratégie du « dialogue social » chère aux gouvernements, aux entreprises et aux directions syndicales : « C’est pas dans les salons, qu’on obtiendra satisfaction ». Enfin, quelques slogans explicitent la confrontation qui s’annonce : « De l’argent, il y en a, dans les caisses du patronat/Et l’argent, on l’prendra, dans les caisses du patronat ! »

Qui a connu les manifestations contre la loi Travail en 2016 observe une petite révolution dans l’organisation de la lutte. Il y a deux ans, les grandes centrales syndicales – CGT en tête – maintenaient un cordon sanitaire rigoureux entre un cortège de tête franchement offensif et le reste du cortège, plus porté à pousser la chansonnette que des caddies dans les barrages policiers. Aujourd’hui, il n’y a pas eu de cortège de tête. Ou alors, il faut considérer l’ensemble de la manifestation – exceptés les moins nombreux militants FO et CGT à l’arrière – comme un cortège de tête, tant la manifestation bouillonnait de colère.

Dans ce joyeux bazar marchaient côte à côte cheminots de Sud Rail, étudiants et quelques postiers et personnels hospitaliers. Les premiers amenaient avec eux les fumigènes et la sono ; les deuxièmes leur savoir en matière de casse de vitrines.

Malgré la fermeté du gouvernement, les militants n’en démordent pas : pour eux, la lutte va déboucher sur quelque chose. Laurence, cheminote syndiquée à Sud Rail, esquisse une analyse de la colère : « Le conflit est latent depuis des années. La réforme actuelle a provoqué le ras-le-bol général. Aujourd’hui, les cheminots sont unanimes quant au combat à mener dans la rue. Y a matière à ce que ça pète. » Amar, un autre cheminot de Sud Rail, dresse quant à lui un tableau dramatique de la situation : « Les gens se réveillent d’une anesthésie et prennent conscience qu’en attaquant les cheminots, on s’attaque au dernier bastion qui résiste à l’économie de marché. On est en train de livrer la dernière bataille du rail. » Et de prophétiser : « Beaucoup de cheminots sont désormais prêts à l’affrontement. On se dirige vers un grand conflit social. Après tout, c’est dans le sang qu’on a acquis nos droits sociaux. »

Côté étudiants, on se réjouit aussi de la convergence des luttes. Martin (prénom modifié) s’enthousiasme de la « bonne ambiance », qui tient selon lui aux « liens qui se créent entre les travailleurs et les cheminots, notamment à Tolbiac », et qui avaient « manqué en 2016 ».

Mais en face, les forces de l’ordre n’ont pas lésiné pour contenir l’explosion tant désirée. Peu présents au début de la manifestation, les CRS ont fait leur apparition peu avant 16h, en bloquant l’avenue Magenta, contraignant ainsi le cortège à emprunter les étroites rues du IXe arrondissement. À 16h10 éclatent les premières échauffourées : une charge de CRS rue Maubeuge, suivie de quelques grenades lacrymogènes. Et à 16h30, un canon à eau posté rue de Chateaudun bloque définitivement la manifestation. Selon Paris-Luttes Info, on compterait deux blessés et quatre à cinq interpellations chez les manifestants.

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