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ReportageInondations

À Rennes inondée, on a « peur pour la suite »

Une rue inondée à Rennes, le 27 janvier 2025.

Rennes a connu les 25 et 26 janvier ses pires inondations depuis quarante ans. Ses habitants redoutent les prochains jours, le pic de crue n’étant toujours pas atteint.

Rennes (Ille-et-Vilaine), reportage

« C’est spectaculaire, on n’a jamais vu ça à Rennes ! » Profitant d’une accalmie, des passants se pressent sur un pont pour observer les rues inondées : un rond-point forme une île au milieu des flots, et plusieurs voitures sont désormais au même niveau que les péniches du canal de l’Ille. À grand renfort de photos et de vidéos, les spectateurs immortalisent l’événement, n’hésitant pas à s’approcher dangereusement de l’eau. Certains sont même venus avec leurs enfants. Les 25 et 26 janvier, la ville a connu ses pires inondations depuis quarante ans, en raison de la tempête Herminia. Plus de 400 personnes ont été évacuées en Ille-et-Vilaine, et certaines ont dû passer la nuit dans un gymnase. 170 mm de pluie sont tombés depuis le début du mois de janvier à Rennes.

Au lendemain du week-end d’inondations, la réalité est rude pour certains : « On n’a plus de chauffage ni d’électricité. On s’est réveillés avec de l’eau jusqu’aux hanches », témoignent Bakari, Moussa et Kena, trois jeunes travailleurs dont la résidence a été inondée. Pour sortir de chez eux, ils ont dû passer par la fenêtre. « On s’est réfugiés au kebab du coin pour recharger nos portables. »

À présent, ils voudraient bien traverser la rue pour rejoindre le foyer de jeunes travailleurs, où il y a encore du chauffage et de l’électricité. Mais l’eau est si haute qu’ils sont obligés d’ôter leurs chaussures et de remonter leur pantalon pour traverser les pieds dans l’eau. « Pfiou, même en Afrique, je n’ai jamais vu ça ! » peste Moussa, originaire du Mali.

La résidence de jeunes travailleurs de Bakari, Moussa et Kena a été inondée. © Scandola Graziani / Reporterre

Les trois jeunes hommes de 22 ans sont surtout inquiets pour leur travail — ils sont préparateur de commandes, commercial et boucher. « Est-ce qu’on va pouvoir aller travailler cette semaine ? Moi, toutes mes affaires sont trempées, je n’ai plus que cette paire de tongs », soupire Bakari, qui a adopté le look claquettes-chaussettes malgré lui.

Une rue inondée à Rennes le 27 janvier 2025. © Scandola Graziani / Reporterre

« Peur pour la suite »

Dans la même rue, Anaël, étudiante en agronomie, contemple son appartement. Un nouveau bras de rivière les sépare. « Je rentrais de chez mes parents, je ne m’attendais pas du tout à ça. En plus, je suis en pleine période de partiels. » Heureusement, elle avait emporté son ordinateur avec elle. En attendant la décrue, l’étudiante est allée « squatter » chez amis, « c’est toujours mieux que dans un gymnase ». Près de son logement, plusieurs voitures sont presque entièrement immergées, avec de l’eau jusqu’au milieu des portières.

« Ça fait trente-six ans que j’habite ici et je n’ai jamais vu ça ! » dit Dany, qui habite à deux pas des Prairies Saint-Martin, un parc complètement inondé. Par chance, sa maison a été construite 12 cm plus haut que la moyenne : l’eau s’est arrêtée juste au pas de sa porte. « J’ai quand même un peu peur pour la suite, surtout que la décrue n’est pas près d’arriver. » Les intempéries liées à la tempête Herminia devraient en effet continuer jusqu’au mercredi 29 janvier. « La décrue sera lente, et le pic de crue n’est pas encore atteint », a déclaré le 26 janvier la maire de Rennes, Nathalie Appéré.

L’eau s’est arrêtée juste devant la porte de Dany. © Scandola Graziani / Reporterre

Loïc, voisin de Dany, n’a pas eu sa chance : sa cave et son garage ont été entièrement inondés : « On n’a eu aucun message [des autorités], sauf l’alerte orange au début du week-end. » Après avoir fait l’inventaire des pertes, le jeune trentenaire attend qu’un ami lui apporte une paire de bottes pour pouvoir sortir de chez lui.

Le terrain multisports de la Bellangerais a été entièrement inondé. © Scandola Graziani / Reporterre

Non loin des Prairies Saint-Martin, l’Ille est complètement sortie de son lit, inondant entièrement le terrain multisports de la Bellangerais. « On dirait un lac, une mer même ! » commentent les passants. « D’habitude, je passe par là pour aller travailler, mais là, c’est évidemment impossible, alors je dois faire un gros détour », dit Marie [*], 61 ans, qui se déplace uniquement à vélo électrique pour faire ses ménages en ville.

Plusieurs routes du sud de la ville sont bloquées, et certains trains ne circulent plus. Le département a été placé en vigilance rouge. Dans les communes du sud de l’Ille-et-Vilaine, la situation est encore plus dramatique : le village de Pont-Réan a été coupé en deux par les flots, et presque entièrement évacué, rapporte le quotidien Ouest-France. Le pire reste à venir, le pic de crue n’étant pas encore atteint.


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