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A Rennes, l’occupation permanente de la Maison du peuple par les syndicats et Nuit debout a commencé

2 mai 2016 / par Julie Lallouët-Geffroy (Reporterre)



Lors des rassemblements du 1e mai, à Rennes, le mouvement opposé à la loi El Khomri a passé un cap. Ensemble, syndicats, étudiants, intermittents, Nuit debout ont décidé d’occuper la salle de la Cité, au coeur de la ville.

- Rennes, correspondance

La convergence des luttes tant espérée depuis le début de la mobilisation contre la loi El Khomri semble avoir fait un pas de plus à Rennes dimanche 1e mai, le jour de la fête du travail. Les étudiants de l’université Rennes 2, Rennes 1, les lycéens, les intermittents, les Nuits debout et les syndicats occupent la salle de la cité, une salle de spectacles aussi connue sous le nom de Maison du peuple car les événements qui s’y déroulent sont tous empreints d’éducation population : projections-débats, meetings, réunions d’associations mais aussi des concerts, et ce depuis les années 1920.

« C’est absolument fou, raconte Benjamin, intermittent, j’ai le sentiment d’avoir vécu aujourd’hui quelque chose de très fort. Presque tous les acteurs qui luttent sont présents. »

Autre symbole fort dans cette occupation : la localisation de cette salle historique, en plein centre-ville, alors que depuis le début de la mobilisation il y a deux mois, la maire et le préfet ont interdit l’accès de cette partie de la ville aux manifestants, ce qui a provoqué de nombreux heurts. Ils ont pris un tour dramatique jeudi 28 avril, avec un étudiant qui a perdu son oeil gauche suite à un tir de flashball.

La journée du 1e mai avait commencé à Rennes avec son cortège traditionnel, mais cette fois, il était imposant, 3.000 personnes, opposition à la loi travail oblige. En début d’après-midi, lorsque les drapeaux syndicaux ont été rangés, les manifestants ont envahi le cinéma multiplexe, situé sur l’esplanade Charles de Gaulle où se rassemble depuis presque un mois Nuit debout.


Après une assemblée générale dans le hall du cinéma, un cortège s’est formé pour rejoindre l’intersyndicale qui devait se réunir à la salle de la Cité, dans le centre-ville. Tout le long du parcours, les forces de l’ordre se sont montrées discrètes. Pierre était dans les différents cortèges, « il n’y avait pas de policiers et il n’y a pas eu de casse. Je pense qu’il y a un lien à faire entre ces deux faits », ironise-t-il. Quelques dégradations tout de même, dans le cinéma, avec des tags et le vol des bonbons vendus dans l’entrée.

Lorsque le cortège est arrivé devant la salle de la Cité, elle était fermée ; Loïc Morel de la CGT explique : « On nous a dit que des manifestants allaient investir la salle, nous avons donc décidé d’annuler. » Finalement, les militants entrent dans les lieux, appellent les syndicats pour qu’ils fassent demi-tour et viennent tenir l’assemblée générale avec toutes les composantes du mouvement. Les CRS eux aussi arrivent, mais comme le raconte le délégué CGT : « Nous avions réservé la salle, l’atmosphère était calme, il n’y avait pas de risque quant à la sécurité, pas de dégradation non plus, nous leur avons donc dit qu’une intervention ne serait pas appropriée ; et ils sont partis. »

Le mouvement contre la loi travail est souvent présenté comme composé des étudiants, de jeunes "en rage" et des syndicats ; dimanche, ces trois entités, même si elles sont perméables, étaient réunies. Hugo fait partie de l’université Rennes 2. Pour lui, « les syndicats ont utilisé leur poids et leur force pour permettre un départ de la police ». Il y a fort à parier que sans les syndicats, les forces de l’ordre ne seraient pas reparties d’elles-mêmes. Ainsi, si l’occupation a pu avoir lieu et perdurer, c’est grâce à la complémentarité des militants, mais cela n’est pas allé de soi. Pour Guillaume, « il y a eu un rapport de force avec les syndicats, il a fallu les forcer à revenir. Et c’est grâce à eux que les CRS sont partis. Je pense qu’ils sont dépassés par la mobilisation qui reste massive et s’inscrit dans la durée, c’était pareil en 1936 ou 1968. »

L’assemblée générale qui a suivi a été cruciale, dit Hugo : « Pour la première fois, les responsables syndicaux se sont confrontés au cœur du mouvement, à des modes d’actions et des visions qui ne sont pas les leurs. Et malgré les désaccords, il y avait un côté très unitaire. Il s’est passé quelque chose, un déclic avec cette confrontation de points de vue. »

Serge Bourgin de Sud PTT renchérit : « Aujourd’hui, il s’est passé quelque chose, il y a eu une bascule, mais selon moi, ce n’est pas une convergence des luttes ; plutôt une convergence inter-classes. On voit des gens de tous les âges, de toutes conditions de travail. J’ai l’impression que c’est le rassemblement de ceux qui en ont marre et attendaient le bon moment pour renverser le gouvernement. »

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Serge Bourgin : « Une convergence inter-classes »

Pierre participe à Nuit debout mais aussi aux assemblées générales de Rennes 2, pour lui cette journée du 1e mai « n’est pas une convergence, c’est un point de départ entre tous ceux qui luttent : syndicats, étudiants, salariés et intermittents ». Dans ce grand rassemblement dans la Maison du peuple, les visages qui composent Nuit debout sont présents, mais l’entité Nuit debout se fait peu entendre. Pourquoi ? Pour Pierre, « il y a une culture et une organisation à Rennes 2 qui lui donnent une énorme force de frappe. Même chose pour les syndicats. A côté de ça, Nuit debout ne peut pas rivaliser et ce n’est pas le but. Là l’occupation, c’est de l’action contre la loi travail. Nuit debout prépare l’après, nous sommes dans la construction et pas que dans l’opposition. »

Le mouvement a d’ailleurs décidé de rester sur l’esplanade Charles de Gaulle avec un accueil tout en étant présent dans la salle de la Cité. De leur côté, les intermittents et précaires avaient commencé à occuper le théâtre national de Bretagne jeudi 28 avril ont décidé de s’installer dans la salle de la Cité.


Pour suivre le mouvement Nuit debout :

- Nuit Debout sur Internet : les liens, les adresses

- Le dossier de Reporterre sur Nuit debout




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Source : Julie Lallouët-Geffroy

Photos : © Julie Lallouët-Geffroy/Reporterre

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