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Politique

À Saint-Malo, le candidat RN proche de l’Action française est aussi salarié de la Coordination rurale

Jérôme Besnard est à la 2e place de la liste dite « d’union patriote » rassemblant le RN et l'UDR pour les élections municipales à Saint-Malo.

Municipales — En plus de son travail pour la Coordination rurale, Jérôme Besnard se consacre désormais aux municipales à Saint-Malo : cet ancien membre de l’Action française est présent sur la liste RN-UDR.

Vous lisez la quatrième enquête réalisée en partenariat avec StreetPress sur la Coordination rurale.



« Apolitique », la Coordination rurale ? Si le syndicat agricole rechigne à se dire d’extrême droite, certains de ses membres n’hésitent pas, eux, à rejoindre les rangs du Rassemblement national (RN).

Dernier exemple de ces accointances : Jérôme Besnard, à la deuxième place de la liste dite « d’union patriote » rassemblant le RN et l’Union des droites pour la République (UDR) pour les élections municipales à Saint-Malo. Or, d’après nos informations, cet ancien membre de l’Action française est également chargé des relations presse de la Coordination rurale. De quoi flouter un peu plus la frontière entre le syndicat agricole, le parti lepéniste et le mouvement royaliste.

Fondée par la figure de l’extrême droite Charles Maurras, l’Action française est un mouvement royaliste, catholique et historiquement antisémite, dont certains membres ont été mis en cause, voire condamnés, pour des actions violentes, racistes ou antiavortement.

Le président de la CR pas au courant

Jérôme Besnard n’est pas le seul à brouiller les frontières : plusieurs cadres du syndicat sont proches du Rassemblement national, d’autres flirtent avec la fachosphère ou sont des habitués des médias réactionnaires, comme l’ont déjà documenté Reporterre et StreetPress.

Interrogé sur ce mélange des genres, Jérôme Besnard rétorque : « La Coordination rurale interdit à ses représentants syndicaux de se présenter aux élections municipales sous l’étiquette d’un parti politique, mais en tant que “simple” salarié je n’ai pas à demander une quelconque autorisation. » Et ajoute : « Je gère les relations avec la presse, je n’ai jamais assisté à un seul comité directeur ou stratégique, et je n’ai jamais utilisé mon travail pour mener ma campagne politique. »

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« Mis à part ceux qui ont des mandats syndicaux, les salariés ont le droit d’appartenir au parti politique qu’ils veulent, la seule chose qui compte pour moi, c’est leur travail », réagit, au téléphone, le président du syndicat, Bertrand Venteau, qui n’était pas au courant de la campagne politique engagée par son attaché de presse. Selon nos informations, le 10 mars, au lendemain de notre entretien, Jérôme Besnard a tout de même demandé une rupture conventionnelle à son employeur, la Coordination rurale — celui-ci ne l’a pas, à notre connaissance, encore accordée.

Un long compagnonnage avec le milieu royaliste d’extrême droite

En plus de ce travail de communicant, Jérôme Besnard est actuellement conseiller municipal à Mont-Saint-Aignan, à côté de Rouen, au sein de la majorité Les Républicains. En entrant en campagne à Saint-Malo, il dit avoir voulu revenir dans la commune dont il est « originaire », et dans laquelle il vit « depuis 2017 », nous explique-t-il.

L’attrait pour la politique de cet homme aux lunettes sombres remonte à sa jeunesse. Jérôme Besnard, 46 ans, navigue dans le milieu royaliste d’extrême droite depuis longtemps. Son nom apparaît au début des années 2000 dans une revue d’extrême droite, Immédiatement, fondée en 1996 et portée par des intellectuels formés à l’Action française et s’inspirant de l’écrivain royaliste Dominique de Roux. On y retrouve les contributions de la chroniqueuse de CNews Élisabeth Lévy, du politologue Pierre-André Taguieff, ou encore de l’historien Max Gallo.

« Jérôme Besnard est avant tout souverainiste. Durant la seconde moitié des années 1990, il est étudiant et rompt avec le chiraquisme avant de trouver dans l’Action française un espace de contestation des projets européens », résume à Reporterre et Streetpress le chercheur invité de l’Université de Montpellier Humberto Horacio Cucchetti, spécialiste du militantisme, des nationalismes et des trajectoires politico-étatiques.

Avant de rejoindre la Coordination rurale, Jérôme Besnard a étudié le droit à Assas, à Paris. Il y a coprésidé le comité de soutien de Jean-Pierre Chevènement en vue de sa candidature à l’élection présidentielle de 2002, retrace Humberto Horacio Cucchetti.

Propagande russe

Interrogé en 2011 par le chercheur dans le cadre d’un article publié dans la revue académique Politique européenne, Jérôme Besnard indiquait avoir quitté l’Action française en 2006 pour rejoindre l’UMP (ex-Les Républicains), puis le bureau politique du Centre national des indépendants et paysans (Cnip) — un petit parti de droite conservatrice.

« À cette époque-là, Jérôme Besnard fait partie d’un petit groupe d’étudiants militants écarté de l’Action française sur fond de dissension idéologique avec l’ancienne génération, nous détaille Humberto Horacio Cucchetti. Sa trajectoire montre en tout cas comment une organisation non électorale peut constituer pour de jeunes militants un point de passage vers la politique partisane. C’est une façon assumée, pour ceux qui se retrouvent dans l’idéologie royaliste, de faire de l’entrisme. »

De 2009 à 2014, Jérôme Besnard a été secrétaire général des élus centristes à la mairie de Paris. Il a par ailleurs été membre du Comité de rédaction de l’Institut Jean Lecanuet, un groupe de réflexion prorusse fondé par Yves Pozzo di Borgo qui a officiellement fermé en 2021. L’ancien sénateur, épinglé pour avoir partagé des fake news sur la pandémie de Covid-19, est également, d’après Libération, l’un des relais de la propagande prorusse en France.

Lire aussi : Des identitaires et des néofascistes violents copinent avec la Coordination rurale

Toujours est-il qu’encore aujourd’hui, Jérôme Besnard signe régulièrement des textes sur les questions agricoles et des recensions de livres dans les colonnes de La Nation française, la revue de la Nouvelle Action royaliste, fondée en 1971 et née d’une scission de l’Action française. « J’écris environ quatre articles par an, à titre purement bénévole », précise-t-il à Reporterre et Streetpress.

Valeurs actuelles, Radio Courtoisie...

Du côté de l’Action française, on assume ces liens entre la Coordination rurale et le groupe royaliste, comme nous le disait son porte-parole, Antoine Grosjean. Plusieurs de leurs membres paysans participeraient d’ailleurs régulièrement aux mobilisations. Toute la mouvance de cette extrême droite groupusculaire fait des paysans les représentants du « pays réel » contre un « pays légal » (les élites politiques) qui trahirait la France.

En août 2024, la vice-présidente de la Coordination rurale de l’époque, Sophie Lenaerts, participait ainsi à l’université d’été du groupuscule royaliste. Le 8 janvier dernier, la banderole déployée par le syndicat agricole de la Drôme sur la tour Eiffel avec pour message « pas de pays sans paysans » serait le fruit d’une « collaboration entre les agriculteurs et l’Action française ».



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Le CV de Jérôme Besnard a également attiré l’attention de plusieurs médias réactionnaires, tels que L’Incorrect, Valeurs actuelles et Radio Courtoisie, avec lesquels il a collaboré.

Avant de devenir communicant de la Coordination rurale, il a travaillé pour Omerta, un média qui couvre régulièrement la guerre en Ukraine du point de vue de la Russie. Il publie également des sujets en lien avec les paniques morales chères à la droite conservatrice et à l’extrême droite, notamment contre la transidentité, comme l’a documenté Mediapart. En janvier 2024, présenté comme « reporter », il couvrait, par exemple, les mobilisations des agriculteurs pour ce média fondé par un ancien journaliste de Russia Today France.

Un directeur de campagne ancien d’un parti néofasciste

Sur X, à longueur de posts, Jérôme Besnard laisse parler sa détestation de Greta Thunberg, mais aussi des personnes LGBTQI+. Comme ce 23 juillet 2024, lorsqu’il repartage un article du Journal du dimanche titré « JO de Paris 2024 : un athlète français demande à défiler en jupe lors de la cérémonie d’ouverture » en y ajoutant le mot-clef #psychiatrie.

« Les questions éthiques ne sont pas au cœur de mes revendications politiques, mais à l’époque, j’avais une sympathie pour le mouvement de la Manif pour tous [opposé au mariage pour tous] », assume-t-il auprès de Reporterre et Streetpress.

« J’avais une sympathie pour le mouvement de la Manif pour tous »

À Saint-Malo, ville de 47 000 habitants, la campagne de l’extrême droite pour les municipales a été entachée par d’autres révélations : fin décembre, Mediapart écrivait que la tête de liste, Romain Le Goaster, est un admirateur de Dieudonné et avait comme partenaire d’affaires le grand financeur des identitaires, Jean-François Michaud — une ancienne figure du Groupe union défense (GUD).

Celui-ci a depuis été écarté de la liste, mais le directeur de campagne de la liste RN-UDR, « Malouin je suis », est toujours le même : Olivier Cazal, ancien membre de l’état-major du Parti des forces nouvelles, fondé en 1974 par d’anciens cadres du groupuscule néofasciste Ordre nouveau.



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