À la ZAD du Testet, on n’oublie pas l’essentiel : on sème

8 décembre 2014 / Grégory Souchay (Reporterre)

Libérés de la menace policière et des bulldozers, les occupants de la zone humide du Testet ne ménagent pas leurs efforts pour faire revivre les lieux. Si la saison se prête plus à la construction de cabanes et de maisons en vue de passer l’hiver au chaud, certains préparent la production agricole.


- Toulouse, correspondance

Petof raconte : « On avait déjà fait des buttes de permaculture au printemps dernier mais avec la présence policière constante ces derniers mois, elles avaient été abandonnées ». C’est avec la manifestation du dimanche 2 novembre, pacifique et apaisée en hommage à Rémi, qu’a démarré la replantation de la zone. Ce jour-là circulent des plants de groseilles, cassis, framboises et pommiers pour former une haie délimitant les 600 mètres carrés d’espace agricole.

Produire pour alimenter la boulangerie

Helios coordonne les activités jardinières sur la zone. « Je faisais du woofing, pour apprendre le métier chez des professionnels. Pour l’instant, ici, c’est surtout des coups de main ponctuels ». Mais les projets sont déjà là : « On prépare les buttes pour des plantations au printemps. Et puis on est en train d’imaginer une organisation en agroforesterie où les arbres cohabitent avec des cultures ».

Pour ces activités, ils bénéficient du soutien du collectif La Fontié, une ferme communautaire gérée en SCI, située à proximité de Graulhet, déjà rencontrée lors de la transhumance des moutons qui avait précédé le rassemblement du 25 octobre.

L’objectif global c’est de « planter des variétés de blé ancien à la volée, puis travailler la terre en traction animale et utiliser cette production pour alimenter la boulangerie qui existe déjà sur la zone ». Le jardin est situé sur les parcelles attenantes à la Métairie Neuve, ce qui l’exclut de la zone du chantier et le préserve d’hypothétiques expulsions.

Mais la question centrale reste l’usage de l’eau. Comme pour tout, le sujet est ici mis en discussion. Helios admet « ne pas avoir de problème à utiliser de l’eau de la source pour alimenter des cultures vivrières. Mais la question fait toujours débat. » La veille, en assemblée générale, certains critiquaient cette vision, proposant plutôt « d’utiliser l’espace comme terrain d’expérimentation pour des pratiques agricoles sans irrigation ».

Créer des liens avec l’extérieur

Mais l’objectif est également de créer des ponts avec l’extérieur, à commencer par les agriculteurs alentours. « De manière informelle, nous allons à la rencontre d’autres producteurs, pour apprendre avec eux, s’appuyer sur ce qu’ils font, comme ce permaculteur qui travaille sur 8.000 m² en aval ».

D’autres envisagent de travailler avec l’association Pétanielle, basée à Graulhet, qui fait partie du mouvement informel des « Semeurs et Semeuses de la Biodiversité des Jardins et des Champs » et tente de préserver la diversité des semences et des variétés paysannes.

Ce projet agricole est indissociable du reste des activités de la ZAD comme l’explique Petof : « L’ambiance est très bonne. Nous sommes une centaine au moins et tout le monde se défonce pour construire, faire vivre les lieux ».

Lui voit déjà « la Métairie Neuve devenir un lieu culturel, de partage des savoirs » et avertit : « Tu verras, dans quinze jours, ce sera chauffé, avec des fenêtres et on aura doublé la surface habitable ».


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Source : Grégoire Souchay pour Reporterre

Photos : Isa.

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