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Alternatiba grandit et se coordonne

25 février 2014 / Barnabé Binctin (Reporterre)

Alternatiba a réuni samedi matin 22 février, à Nantes, sa première coordination nationale avec plus de trente villes représentées. Reporterre assistait à cette nouvelle étape de la constitution du mouvement social climatique.


- Nantes, reportage

« Créons 10, 100, 1000 village des alternatives ». Cinq mois à peine après la tenue du premier Alternatiba à Bayonne en octobre 2013, les objectifs de sa déclaration finale semblent plus que jamais d’actualité. Depuis, plusieurs collectifs ont repris l’initiative de lancer un Alternatiba sur leur territoire, comme à Paris ou à Nantes. Samedi matin, Nantes accueillait la première rencontre entre tous ces porteurs de projets.

La date avait été choisie en lien avec la manifestation de l’après-midi sur Notre Dame des Landes. L’occasion était belle de mobiliser de se mobiliser contre le projet d’aéroport en totale contradiction avec l’urgence de réduire les émissions de gaz à effet de serre. Mais la proposition doit accompagner le refus : « Des milliers d’alternatives aux causes du changement climatique sont en effet mises en pratique tous les jours par des millions d’individus, d’organisations, de collectivités locales dans les domaines les plus divers », voilà l’essence d’Alternatiba selon sa Charte signée par 98 organisations à l’automne dernier.

Pour Jean, qui tente de reproduire l’expérience à Genève, « Alternatiba, c’est la règle des 5 F : une Foire d’alternatives, un Forum de discussion, un Festival aux animations variées, une Fête joyeuse et optimiste et un Festin collectif ». Il y a aussi la conviction politique qu’Alternatiba permet de réaliser « une gouvernance mondiale par le bas, plus que jamais rendue nécessaire par les échecs répétés des grands sommets internationaux sur le climat ». Si le mouvement Alternatiba n’a pas encore cette dimension mondiale, les deux représentants d’Alternatiba-Léman – « le lac représente un carrefour de l’Europe » – ont donné de fait à cette réunion de coordination une couleur européenne.

Côté français, plus de trente villes étaient représentées. « On ne comptait que soixante inscrits, mais on va finir par être le double », sourit Xavier Petillon, l’un des organisateurs nantais de ce rendez-vous, tandis qu’il replie les murs modulables de la salle pour offrir plus d’espace et plus de chaises aux participants. « Nous sommes 91 pour l’instant », confirme Bart, membre de Bizi qui a organisé le premier Alternatiba à Bayonne.

Après la présentation des lieux où s’enclenchent des initiatives Alternatiba, Txetx, Jon Palais et Yannick Montaulieu, d’Alternatiba Bayonne, évoquent le kit méthodologique Comment et pourquoi organiser un Alternatiba dans sa ville, son canton, son territoire ?. Avec le film, qui sera présenté prochainement, ce sont des outils qui permettront à chacun d’organiser cette manifestation sur son territoire.

Quelqu’un demande : « Quels changements Alternatiba a-t-il impulsé à Bayonne ? » Txetx répond : « Cela a permis de créer une nouvelle AMAP, ainsi qu’un fonds citoyen dédié à l’énergie, type Energie Partagée. L’Eusko, la monnaie locale, a reçu plus de deux cents adhésions supplémentaires et nous avons diffusé notre guide pour les municipales en plus de mille exemplaires. Alternatiba, c’est une nouvelle génération de militants ».

Les échanges se concentrent sur l’organisation de la coordination. Communication extérieure et relations presses seraient dans ses prérogatives. On s’interroge sur les dangers d’internet comme « usine à gaz » : comment faire de cet outil un moyen de gestion efficace ? On adopte à main levé le principe de communication interne par listes sur lesquelles seront inscrits deux représentants de chaque Alternatiba locaux. Quid de l’utilisation de Google Drive pour partager les fichiers ? Des voix s’élèvent pour réclamer l’utilisation de logiciels libres, alternatifs au système Google.

On crée un groupe de travail, on valide la participation aux Universités d’été du CRID et d’ATTAC et on vote pour l’adhésion d’Alternatiba au Collectif de la transition citoyenne.

On discute aussi du tour de France en tandem, qui doit partir de Bayonne le 5 juin 2015 pour rejoindre Paris le 12 septembre en faisant étape dans chaque ville où se prépare un village Alternatiba. Trois mois de vélo sur les routes qui serviront à donner au mouvement général un bel élan médiatique tout en offrant à chaque Alternatiba local un coup de projecteur.

On expérimente ici la mise en synergie de mouvements qui revendiquent simultanément avec force l’idée d’indépendance : « En tant que Basques, on tient à l’autonomie de chaque Alternatiba, mais il faut une cohérence globale, dans les grandes lignes. C’est le rôle que doit jouer la coordination, qui ne peut plus être portée uniquement par Alternatiba Bayonne », poursuit Txetx. Dans ce contexte, c’est sur la question des financements que la discussion achoppe. Qui présente les dossiers de subvention aux fondations et autres ministères ? Selon un modèle commun ? Et au nom de quelle structure : Alternatiba local ou Alternatiba global ?

Gilles Lemaire, engagé dans la constitution d’un Alternatiba Ile-de-France déjà sur de bons rails, annonce la concrétisation du mouvement en association : une structure-support, inscrite depuis quelques jours à la préfecture de Paris, qui doit permettre d’engager des demandes de fonds à plus large échelle et d’embaucher des salariés pour assurer les tâches de communication et d’administration, appelées à prendre rapidement de l’ampleur.

Quel rôle par rapport à la Conférence internationale sur le climat de 2015 ?

L’horloge tourne et l’heure de la manifestation approche. Rendez-vous est pris pour la deuxième réunion de coordination officielle, à Bayonne, les 21 et 22 juin prochain. La fête de la musique en terrain basque : un joli programme qui n’empêchera pas de prolonger sérieusement ce travail minutieux de mutualisation.

Car il reste de nombreux sujets à traiter collectivement, trop brièvement abordés : Quelle doit être la position d’Alternatiba dans la COP 21 du Bourget ? Quel discours tenir auprès des autorités officielles qui ont déjà invitées et reçues les représentants d’Alternatiba-Bayonne dans le cadre de réunions préparatoires ?

Mais l’essentiel est ailleurs : la première pierre d’un mouvement social d’envergure sur le climat est posée. La vigueur des discussions collectives en atteste et le travail d’appropriation est en cours : « J’avais beaucoup entendu parler d’Alternatiba mais je ne voyais pas encore concrètement comment faire. Maintenant, c’est bon ! L’auvergne aura son village des alternatives… », assure Emmanuelle dont le voyage nocturne en bus depuis Issoire n’a pas altéré l’optimisme.

Et c’est par petits groupes, munis d’un sandwich bio préparé par les organisateurs nantais, qu’on se rend à la préfecture pour rappeler l’évidence : non, ce projet d’aéroport à Notre Dame des Landes n’a pas lieu d’être à l’heure du changement climatique. Oui, l’intelligence collective offre de nombreuses autres possibilités.


Complément d’info :

- Le communiqué de la coordination.
- Le site d’Alternatiba.



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Source et photos : Reporterre.


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