Alternatiba marque un nouveau et joyeux succès à Bordeaux

Durée de lecture : 8 minutes

13 octobre 2014 / Benjamin Pietrapiana (Reporterre)

À Bordeaux, le grand projet des alternatives écologiques débute et fait mouche. Débats, concerts et spectacles ont su trouver leur public et poser les bonnes questions.


- Bordeaux (Gironde), reportage

Lancé en 2013 à Bayonne, l’appel Alternatiba a semé ses graines et celles-ci germent. Suivant de prêt les événements de Nantes et de Lille, Alternatiba Gironde - dont Reporterre était partenaire - s’est tenu sur les pavés de la Belle Endormie, dans le quartier de l’Église Sainte-Croix. Dans le viseur, le réchauffement climatique et les bouleversements environnementaux.

Dès vendredi, les étudiants ont lancé ces « trois jours festifs pour relever le défi climatique » : en ce jour Alternatiba leur était consacré. Dans les spacieux locaux de l’IUT Bordeaux-Montaigne, les étudiants de la filière Carrière Sociale ont rencontré des intervenants des mondes associatif et institutionnel. Ils ont pu simuler des conférences sur le climat ou encore faire une table ronde sur l’éducation relative à l’environnement.

Ludivine Landrodie, vingt ans, était déjà familière des problématiques évoquées lors des ateliers et conférences qui leur étaient destinés. Elle y a pourtant découvert les idées des Incroyables Comestibles et s’enthousiasme de cette initiative qui propose simplement de faire de la ville un grand jardin partagé pour tous. « Chaque espace vert sera pris d’assaut par des volontaires et on y plantera des graines. Je trouve l’initiative intéressante et ludique ! »

Les intervenants étaient tous unanimes, c’est un succès. « C’était intéressant, car les questions des étudiants ont permis de recouper tous les niveaux de l’écologie », résume Myriam Reffay, d’Itinérance Culturelle Arts et Rencontre (ICARE). « On a surtout insisté sur la définition de l’environnement, afin qu’ils comprennent qu’ils n’en sont pas extérieurs, mais bien une composante à part entière. Aussi nous avons misé sur l’importance d’avoir une vision globale et systémique de l’écologie. Si le message est passé, c’est déjà une petite bataille de gagnée. »

Samedi, le temps s’est montré imprévisible, hésitant entre la grisaille et les averses. Pour autant cela n’a pas été un problème, car le plus important se passait en intérieur : place aux débats. Au total, sept conférences autour de grands sujets comme le TAFTA, le bilan à l’approche de la COP21 à Paris, ou encore le rapport entre initiative citoyenne et changement de société.

Pendant ce temps, la pluie refroidissait l’air, mais pas l’entrain des bénévoles. Ceux-ci, nombreux, montaient tentes et installations pour les concerts du soir et le village des alternatives du lendemain, point d’orgue de l’événement. En tout, ils étaient quatre cent cinquante, comme nous l’a indiqué Romain Porcheron des Amis de la Terre et de l’équipe de coordination d’Alternatiba. « Cet événement a permis de créer un collectif d’associations, de citoyens, d’entreprises afin d’initier un mouvement global ! »

Il était allé à Copenhague en décembre 2009 et se remémore sans amertume les déboires du sommet : « On était assommé après Copenhague, mais après Bayonne, en octobre 2013, on est revenu vraiment motivés. Maintenant avec les Amis de la Terre, et Alternatiba, on insiste sur l’importance d’un discours positif, ni discriminant ni culpabilisateur ! On propose des solutions et on fédère ».

Dispersée par les averses, la foule s’est souvent regroupée à l’intérieur de l’IUT (Institut universitaire de technologie), alors que les lieux des conférences faisaient salle comble. Il a souvent fallu refuser l’entrée dans les salles bondées, et du coup, des « contre-conférences » se sont organisées sous la grande tente Buen Vivir. Avec notamment pour thème, les « grands projets inutiles », et animé par Camille - nom que se donnent tous les Zadistes, des militants implantés sur les Zones À Défendre (Z.A.D). On entendait parler de Notre-Dame des Landes et de la zone humide du Testet, d’occupation de l’espace public et d’action - tout comme dans la grande salle où se tenait aussi le débat sur les Grands projets inutiles, et qui a convenu de la nécessité de la mobilisation sans laquelle l’expertise citoyenne est impuissante.

Sur la scène Jacques Ellul, la journée s’est achevée sur des touches plus légères : en rires, ceux provoqués par l’humour de Désiré Prunier et de son hilarante conférence gesticulée La sortie des fossiles. Et en musique, avec les chansons artisanales et rebelles de Christian Leduc & Sept Robots, et le rock engagé d’El Comunero.

Le village des alternatives : point d’orgue des trois jours

Le village des alternatives s’est animé le dimanche 12 octobre. C’était l’occasion d’observer un panorama des signataires de l’Appel Alternatiba-Gironde. En tout, quelque cent soixante associations étaient réparties dans le quartier Sainte-Croix, en neuf espaces organisés selon des thèmes variés, allant de « Mobilité soutenable », à « la Jeunesse », en passant par « Objectif zéro déchet » et « Tous Consom’acteurs ! »

La principale ambition de cette journée était de proposer des solutions concrètes et applicables au quotidien pour initier la transition écologique et sociale. Des couples endimanchés avec leurs enfants pouvaient découvrir la profusion d’alternatives possibles : que ce soient la Monnaie d’Intérêt Économique Locale (MIEL) en circulation dans toute la moitié Est de la Gironde, ou encore le Collectif Gironde en Transition, représenté par Pascal Bourgois. « Alternatiba est un accélérateur de dynamiques alternatives, dit celui-ci. Il y a aujourd’hui une multitude d’initiatives, mais elles sont souvent isolées, et centrées sur elle même. Un de nos buts, au-delà de la multiplication et de l’accélération, est de faire converger ces initiatives et de les montrer au plus grand nombre. » C’est réussi.

Malgré l’engouement que suscite l’événement, quelques déceptions se font sentir « C’est bien tout ça, mais il est dommage que les seules personnes présentes soient déjà acquises à la cause ! », selon Dominique Mathieu-Vérité, adjointe (EELV) au maire de Loupiac. Toucher le grand public est pourtant une des ambitions de l’événement. « Le changement ne sera possible que lorsque le public écologique atteindra une masse critique ! », assurait la veille Vincent Liegey, porte-parole du Parti pour la Décroissance.

Des conférences avaient encore lieu ce dimanche. Sous un soleil à son zénith, une table ronde s’est tenue pour rappeler l’importance des médias dans la lutte pour l’environnement, et plus généralement, l’enjeu de l’information libre et indépendante. Là encore, la tente Autonomie était remplie – les sièges manquaient, on s’asseyait où l’on pouvait, dans les rangées à côté des chaises, ou adossés aux parois de paille. Autour de la table se trouvaient Hervé Kempf (Reporterre), Sophie Chapelle (Basta !), Simon Barthélémy (Rue89 Bordeaux), Patrick Piro (Politis), et Isabelle Camus (Jugeote). Ce qui les anime tous, c’est l’envie « d’empêcher de penser en rond » face au constat que « beaucoup de nos concitoyens sont convaincus, à tort, d’être bien informés » comme le rappelle Patrick Piro. Pour Hervé Kempf, le véritable enjeu pour les médias alternatifs est de ne pas le rester. Sophie Chapelle confirme : « On ne veut pas être un contre-média ni rester dans les marges, on veut se faire une place ! » Le journalisme libre est un combat aux prises avec les contraintes financières et l’exigence informative, mais elle se réjouit : « Si on arrive dans nos papiers à faire revivre l’énergie positive que l’on a ici, c’est déjà une victoire ».

Et comme Alternatiba était aussi une belle fête, marquée par plusieurs concerts et joyeux flonflons, voici quelques notes de guitare, jouées sereinement par Philippe Macherey dans l’église Sainte Croix, dont le curé, Père Eugène, a lui aussi coopéré de manière très accueillante pour la réussite du week-end :

- Ecouter ici :


LES AMIS DE REPORTERRE SE FORMENT EN GIRONDE

Avant Alternatiba Gironde, quelques lecteurs avaient proposé une réunion des Amis de Reporterre. On s’est donc retrouvé une quinzaine samedi en début d’après-midi dans l’IUT. Hervé Kempf a présenté le pari de Reporterre, ses ambitions et son mode de fonctionnement. Il a aussi indiqué que la pérennité du média dépendait largement des dons des lecteurs-rices. Puis une discussion a dégagé les façons dont les Amis de Reporterre pourraient soutenir l’information libre sur l’écologie.

Il en est ressorti plusieurs idées :
- remontée d’informations sur ce qui se passe dans la région vers le site (par l’intermédiaire de l’adresse planete @ reporterre.net) ;
- hébergement et aide aux déplacements des journalistes de Reporterre en reportage en Gironde ;
- organisation de rencontres-débats en partenariat avec Reporterre ;
- faire connaître le site par la tenue de stands ou des relais par tweets, facebook, etc.

Une liste d’échange par courriels va être créée, et articulée sur les Amis de Reporterre qui se sont constitués en Ile-de-France : infos à : lesamisdereporterre @ reporterre.net


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Source et photos : Benjamin Pietrapiana pour Reporterre.


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