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Luttes

Amazon : les grévistes « maintiennent la pression »

Le site d'Amazon à Saint-Priest, à proximité de Lyon.

Plus d’un millier de salariés d’Amazon ont débrayé entre dimanche et mardi 5 avril dans toute la France, et les actions continuaient en fin de semaine. Objectif : obtenir une hausse des salaires.

La puissance d’Amazon est à nouveau écorchée. Début avril, les New-yorkais ont créé la surprise en lançant un syndicat, une première pour le géant états-unien du commerce en ligne. C’est au tour de leurs camarades français d’entrer dans l’actualité. Du dimanche 3 au mardi 5 avril, plus de 1 200 employés ont débrayé sur l’ensemble des sites français d’Amazon Logistics. Vendredi 8 avril, les actions continuaient : le site de Saran par exemple, dans la banlieue nord d’Orléans, comptait une centaine de grévistes le matin. C’est la première fois que les cinq syndicats représentatifs du groupe (CFDT, Sud, la CGT, la CAT et CFE-CGC) appellent à une action collective d’une telle envergure.

En jeu : l’augmentation des salaires lors des négociations annuelles obligatoires. La direction d’Amazon a proposé aux syndicats 3 % d’augmentation générale. Une somme jugée « dérisoire » par les représentants du personnel, qui réclament 5 % minimum pour pallier la flambée des prix de l’énergie et le bond de 4,5 % de l’inflation. Au bout d’une heure et demie de discussion, le ton a monté. Un temps de suspension a été pris pour refroidir les esprits. Réunis autour d’un café, les syndicalistes ont eu la surprise de sentir leur téléphone vibrer : la direction d’Amazon annonçait les 3 % d’augmentation via l’application interne dédiée à l’ensemble des salariés. Une manière de déborder le corps intermédiaire pour s’adresser directement à l’ensemble des employés. « Ça a mis le feu aux poudres », se souvient Morgane Boulard, déléguée CFDT. D’un courriel, Amazon a uni contre elle les cinq syndicats.

De nouvelles méthodes de lutte efficaces

La réaction a été immédiate. Des préavis de grève illimités ont été déposés dès dimanche — les syndicalistes préférant établir une stratégie de débrayage plutôt qu’une grève totale. « On souhaite maintenir la pression sur Amazon, le mouvement de grève est toujours actif sur plusieurs sites, dont Boves (Somme) et Brétigny-sur-Orge (Essonne) », explique Morgane Boulard à Reporterre. De son côté, le commerçant en ligne a déclaré dans un communiqué que ces actions n’avaient « pas d’impact sur la capacité à servir les clients » ou sur « l’activité quotidienne ».

Pour le sociologue Francesco Massimo, spécialiste des relations syndicales au sein d’Amazon, ce mouvement de grève nationale est une première par sa portée et la méthode employée : « La nouveauté, c’est cette stratégie de se mobiliser sur des horaires délicats, en entravant les départs de camion. Il y a une connaissance du flux de l’organisation du travail qui a progressé, une volonté d’utiliser stratégiquement l’arme de la grève en maximisant les dégâts, et en minimisant les pertes pour les salariés. »

Mobilisation des salariés d’Amazon à Amiens (Somme). Twitter / Les écologistes Hauts-de-France

Selon le chercheur, l’enseigne de Jeff Bezos entretient des rapports « d’hostilité désarmée » avec les syndicats. « Amazon a une culture antisyndicale mais comme la loi française oblige les entreprises à négocier avec les syndicats, elle a appris à jouer avec eux », souligne le sociologue. Il détaille : « Cela se concrétise par des stratégies qui visent à convaincre les salariés qu’ils n’ont pas besoin des syndicalistes. Ce sont des systèmes de communication, des primes, des initiatives collectives sur le lieu de travail, des tentatives de contourner la négociation avec les syndicats. Ils ont aussi développé une manière de jouer sur la fragmentation syndicale. »

La répression antisyndicale passe également par des sanctions disciplinaires, des licenciements et des tentatives de pression. Ce fut le cas sur le site de Saint-Priest, près de Lyon, où, comme le révèle le site d’informations Rapports de force, un syndicaliste Sud commerces a été enregistré à son insu puis intimidé par sa responsable des ressources humaines. Aux États-Unis, Amazon vient de déposer un recours contre son premier syndicat. L’entreprise assure que des employés ont été menacés pour voter en faveur de sa création.

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