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Après le drame de Nice, les réactions des écologistes

Durée de lecture : 4 minutes

16 juillet 2016 / par Barnabé Binctin (Reporterre)

Désarroi, compassion, solidarité : les voix politiques de l’écologie ont marqué leur peine après l’attentat qui s’est produit à Nice jeudi 14 juillet au soir. Mais averti aussi, avec mesure : les libertés publiques ne doivent pas reculer sous le choc de l’émotion.

« On lève les yeux sur le magasin des mots et on se demande lesquels choisir pour les offrir en pansement ». Quelques heures après avoir pris connaissance du drame qui se jouait à Nice, c’est sur Facebook que Jean-Luc Mélenchon a fait part de sa douleur et de son désarroi, dans un petit texte qu’il concluait ainsi : « Vivons profondément ce partage de la souffrance. Car avec lui nous vérifions que nous sommes restés humains dans ce monde qui l’est souvent si peu. Et nous entretenons ce qui manquait au misérable lâche dans ce camion. Le sentiment que les autres sont nos semblables et que rien ne peut leur arriver sans que nous soyons concernés. »

Que dire devant l’indicible ? La question s’est posée à chacun, et a fortiori aux responsables politiques, dépositaires d’une parole publique. A chaud, les réactions se sont concentrées sur le partage de la douleur et la compassion. « Le choc, le chagrin. Si proche et si solidaire des victimes de Nice et de leurs proches. Nous devons faire face. Ensemble », tweetait vendredi matin 15 juillet Cécile Duflot, députée EELV de Paris. Un appel à l’unité qu’a repris Nicolas Hulot, sur le même réseau social : « Désolation et pensées attristées pour les niçoises et les niçois. A la barbarie une seule réponse ; l’union sans faille. »

Même son de cloche du côté de Cyril Dion, le réalisateur du film Demain, qui publiait ce message sur la page Facebook dédiée au film : « […] Nous avons besoin de faire front ensemble, de construire un monde qui marche pour tous. Ériger des murs ne pourra durablement nous protéger. »

Porte-parole d’EELV, Julien Bayou avait été pour sa part l’un des premiers à exprimer sa solidarité, vers minuit, à l’égard des agents mobilisés sur place : « Soutien aux forces de l’ordre, pompiers, infirmières et infirmiers… »

En contre-point au scandale né du traitement éhonté des chaînes de télévision pendant le direct nocturne, Pierre Larrouturou relayait un cas de conscience journalistique : « "Je suis devant l’hôpital pour enfants. Pour la 1re fois de ma vie de journaliste, je n’ose aborder personne..." Nice. Souffrance partagée. »

David Cormand : « L’état d’urgence ne permet pas d’empêcher le drame qu’on a vécu hier »

L’heure n’était pas à la polémique. Mais le choix grave et discutable de prolonger l’état d’urgence a suscité des réactions réfléchies. Car quelques heures avant l’attentat, durant son traditionnel entretien du 14 juillet, le président de la République en avait annoncé la fin, avant de le rétablir dans les heures qui ont suivi l’attentat, à chaud.

Invité de Sud Radio vendredi, le nouveau secrétaire national d’EELV, David Cormand, a critiqué en direct ce choix : « Repousser de trois mois, ça voudra dire qu’on aura eu un an d’état d’urgence et, hélas, on constate que l’état d’urgence ne permet pas d’empêcher le drame qu’on a vécu hier. Un état d’urgence pérenne met en danger ce qui est extrêmement précieux, nos libertés. »

Annonçant que les écologistes ne voteront pas la prolongation de l’état d’urgence, il a été appuyé dans la journée par Noël Mamère, député écologiste qui a quitté le parti d’EELV, qui annonçait sur France Culture son refus d’un tel vote et de la crainte qu’il porte d’un « état d’urgence permanent qui ne montrerait que nos faiblesses ».

Un état d’urgence également pointé du doigt par Eric Piolle, le maire écologiste de Grenoble, sur France 3 : « Il faut adapter notre stratégie plutôt que de penser que des logiques sécuritaires, qui épuisent nos forces, peuvent être une réponse suffisante. »

L’échec de la vidéo-surveillance

Face à la logique du tout-sécuritaire, les écologistes tentent une nouvelle fois de porter le message des moyens humains, comme l’a fait Yannick Jadot sur France Info : « Nice qui se voulait un exemple de la vidéosurveillance et, au fond, où on remplace les hommes par des systèmes informatiques, par des machines, ça ne marche pas non plus. Il faut de la présence humaine. » Des réponses humaines qui ne doivent pas pour autant occulter le travail en profondeur qui attend nos sociétés : « On voit bien que si on ne traite pas structurellement les maux de notre société, on aura de plus en plus de barbares » a poursuivi le candidat aux primaires écologistes.

Ce qu’a résumé le philosophe Raphaël Glucksmann, en moins de 140 signes : « Vaincre des gens qui transforment des camions en armes de destruction massive tout en restant une démocratie ouverte : le défi du siècle. »


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Source : Barnabé Binctin pour Reporterre

Dessin : © Red !/Reporterre

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