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Artistes et décroissants, ils vivent leurs convictions au gré des vents

24 octobre 2016 / Manon Deniau (Silence)



Une équipe d’artistes et de marins a embarqué pour 15 mois à bord de quatre voiliers, faisant le pari d’expérimenter un mode de vie décroissant, écologique et itinérant, jusqu’en août prochain. À chaque escale, en Méditerranée puis dans l’Atlantique, ils organisent spectacles, concerts et expositions.

Il leur a fallu deux ans de préparation pour mettre à flot leur projet, dénommé « Festina lente » — « hâte-toi lentement », en latin. Depuis mai 2016, 21 artistes et marins sont montés à bord de quatre voiliers, et ce, pour plus d’un an. Cette expérience, la plupart d’entre eux l’avaient déjà vécue, il y a trois ans, lors du festival itinérant à voiles l’Armada 2013, organisé par le collectif d’artistes Formation alternative autogérée aux arts du cirque (Faaac), en mer Méditerranée. L’objectif était de faire se rencontrer, pendant deux mois, plus de soixante artistes et marins et un public à chaque fois différent.

Un petit groupe de personnes s’est formé dès la fin de l’Armada 2013. Tous et toutes n’ont alors qu’une envie : pérenniser l’idée du festival itinérant à la voile et en faire un véritable mode de vie décroissant « plutôt qu’une simple parenthèse », explique Soizic Séon, illustratrice et peintre, qui fait partie du noyau fondateur.

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Chaque escale est l’occasion pour les membres d’équipage de faire partager leur projet.

Comme elle, les vingt autres personnes, dont la moyenne d’âge est de 30 ans, ont tout laissé tomber pour s’engager pleinement : leur boulot, leur maison, leur sécurité financière et leur confort. « On se jette à l’eau, sourit la jeune femme, qui a fait des études d’éducation à l’environnement. C’est ce qui fait notre force. Nous avons fait un choix en cohérence avec nos pensées. » Sur le bateau, de la gestion des stocks à la mise en place d’une caisse commune en passant par l’utilisation raisonnée de l’eau, tout se réfléchit et se discute. L’équipe, quasiment paritaire, travaille sans hiérarchie. Et tout le monde met à contribution son savoir-faire.

Le voyage, de Sète (Hérault) à la façade atlantique de la France, se fera principalement grâce au vent. Cette vulnérabilité face à la mer a remis Soizic Séon à sa place : « Le milieu artistique est parfois égocentrique, on passe son temps à se regarder. Là, on se prend une claque. Nous sommes très vulnérables en mer et à cause de cela, nous devons prendre le temps de faire les choses, rien que pour notre sécurité. » Un éloge à la lenteur à peine voilée.

« Je me sens en phase avec mes idées » 

Les bateaux croisent en mer Méditerranée jusqu’à la fin du mois d’octobre 2016, où ils rallieront le Maroc, les Canaries et le Cap-Vert. Avant de remonter l’Atlantique jusqu’aux côtes françaises, dernière étape prévue pour l’été 2017 et dont le détail des dates est à venir [1]. À chaque escale, l’équipe crée un village éphémère et programme du cirque, de la danse, de la musique, des projections de films ainsi que des ateliers scolaires et des collaborations artistiques locales. La démarche ne se revendique pas militante, mais les spectacles abordent des sujets de société comme la condition des femmes dans les cabarets, les rapports de domination, l’exil, les problèmes administratifs des réfugié-e-s…

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L’équipage de Festina lente en concert lors d’une escale.

En parallèle et à proximité de ces animations, des buvettes et des stands de restauration sont installés. Cohérente jusque dans l’assiette, l’équipe souhaite proposer de la nourriture locale issue de l’agriculture biologique. « Je me sens en phase avec mes idées », se réjouit Soizic Séon, même si le public n’y est pas forcément sensibilisé.

Pour le moment [2], les retours sont très positifs. « Nous aimerions que Festina lente fasse des petits, nous avons déjà mis en contact plusieurs personnes », s’enthousiasme Sylvain Pascal, artiste de cirque. Si cette équipe de « grands rêveurs » a su réaliser un projet « aussi gros », selon Soizic Séon, c’est qu’il est possible à toutes et à tous de se « bouger les fesses » et d’oser prendre ce risque.


L’ODYSSÉE DES ALTERNATIVES MET LE CAP VERS LA COP22

Une « odyssée des alternatives » traversera la mer Méditerranée à la voile à partir du 19 octobre et jusqu’au 10 novembre. L’aventure a été nommée « Ibn Battûta », du nom d’un explorateur marocain du XIVe siècle peu connu des Occidentaux. Sept organisations des deux rives de la Méditerranée, qui se préoccupent des causes environnementales, en sont les initiatrices : la Fédération des Tunisiens pour une citoyenneté des deux rives (FTCR), Immigration, développement et démocratie (IDD), le Forum démocratique national, Alternatiba… pour ne citer qu’elles.

Le cap du voyage ? La Conférence des parties (COP) 22, qui se tiendra du 7 au 18 novembre à Marrakech, au Maroc. Avec un objectif commun, celui de regrouper les forces pour se mobiliser contre les inégalités devant le changement climatique. « Ce dernier révèle et accentue les rapports de domination Nord-Sud », estime Guillaume Durin, l’un des coordinateurs du projet. Cette année, la COP22 abordera les questions des migrations climatiques, de la gestion des ressources naturelles, de la souveraineté alimentaire, de la préservation des écosystèmes ou encore de la gestion des conflits. Des phénomènes tous liés les uns aux autres et dont les conséquences sont surtout visibles au Sud. Les populations migrent pour le moment vers des pays frontaliers. Et l’Occident s’en préoccupe peu. « Qu’est-ce qu’on attend ? » demande Guillaume Durin, également animateur du groupe de travail international d’Alternatiba.

Ces problèmes, comme l’acidification des océans et les sécheresses, affectent déjà le quotidien des habitant-e-s. « C’est de l’écologie concrète. Ils le vivent dans leur chair », explique Guillaume Durin. Le départ du voyage se fera dans le sud de la France, où embarqueront environ 200 personnes venues d’Europe. Lors des escales, notamment en Italie, en Espagne, en Tunisie et au Maroc, des porteur-se-s d’initiatives seront invité-e-s à les rejoindre et à parler de leurs idées de résilience. Plus de trois cents militant-e-s sont attendu-e-s à bord.
Pour contacter l’Odyssée des alternatives.




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[1Les dates de la tournée sont disponibles sur le site internet de Festina lente.

[2Silence a contacté Festina lente en juin 2016. Qui n’avait alors fait escale qu’en France, à Sète, à la Grande-Motte et à Marseille.


Lire aussi : Le transport à la voile, alternative au pétrole, prend la mer le 19 juin

Source et photos : Article transmis amicalement à Reporterre par Silence.

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