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Luttes

Atlanta : la police a tué un zadiste défenseur de la forêt

Tortuguita passait son temps entre la défense de la forêt d’Atlanta et des collectifs d’entraide communautaire pour les victimes d’ouragans en Floride.

Mercredi 18 janvier, la police d’Atlanta a tué un activiste environnemental. Il faisait partie de ceux qui luttent depuis l’été 2021 contre l’installation de « Cop City », un centre d’entraînement policier géant dans la forêt.

« Nous avons gagné l’été avec des actions qui ont retardé le projet, mais nous craignons qu’ils gagnent l’hiver. » Mi-janvier, Paul, qui habite près de la forêt South River d’Atlanta (États-Unis), décrivait à Reporterre la lutte contre le projet surnommé « Cop City » (« la ville des flics »), un centre d’entraînement pour policiers à l’échelle d’une cité. « On assiste à une répression de plus en plus forte des militants », constatait-il alors. Moins d’une semaine plus tard, le 18 janvier, Manuel Esteban Paez Teran, 26 ans, surnommé « Tortuguita », a été tué par plusieurs tirs de la police.

Le Georgia Bureau Investigation (GBI) a argué d’une « réplique en légitime défense » de la police face à un « tir sans sommation ». Une version remise en cause par les opposants, qui estiment que « police et médias locaux travaillent ensemble » pour ne rien dire ou faire qui mette en cause un policier. Selon le GBI, aucune image n’a été enregistrée par les caméras-piéton des policiers. Un policier a été blessé par balle à l’abdomen sans que sa vie soit menacée. Le maire d’Atlanta, Andre Dickens (démocrate), a adressé ses  « prières pour un rétablissement rapide et total de cet agent », sans dire un mot pour l’opposant tué.

Des bougies à l’un des rassemblements en hommage à l’activiste tué par la police d’Atlanta. Defend the Atlanta Forest

Tortuguita (« Petite tortue ») était décrit comme « très impliqué » dans ce mouvement à la croisée des luttes pour le climat et Black Lives Matter ainsi que dans les « opérations d’entraides pour le quartier et les gens dans la forêt ». Dans la foulée de cette opération policière qui a détruit 25 campements, sept opposants ont été arrêtés pour « terrorisme ». Cinq personnes avaient déjà été arrêtées en décembre pour ce motif.

Située dans le sud-est des États-Unis, Atlanta est surnommée « la ville dans la forêt ». Éloignée de toute rivière ou grand lac, la métropole se distingue par son immense canopée, qui couvre environ la moitié de sa surface. La forêt South River est l’un de ses quatre « poumons verts ».

C’est dans cette forêt, la plus grande de la ville, que doivent être aménagés les 35 ha de « Cop City ». Évalué à 90 millions de dollars (83 millions d’euros), le projet est porté par la Fondation pour la police d’Atlanta, soutenue par de grandes entreprises comme Delta, Waffle House, Home Depot…

Le plan de « Cop City ». © Document Atlanta Police Foundation

Un tiers du coût sera financé par la ville, propriétaire de ce terrain qui se situe sur le comté voisin de Dekalb. Les promoteurs du projet ne détiennent pas encore le permis d’aménager. Cette autorisation doit être délivrée par le comté de DeKalb. Pris entre l’opposition populaire et la volonté de ne pas se mettre en porte-à-faux vis-à-vis de la ville d’Atlanta et sa police, estiment les opposants, il n’a pas encore pris position.

Pour ses opposants, Cop City est le symbole d’une police étasunienne toujours plus armée et violente. « Ce centre serait plus grand que ceux de New York ou de Los Angeles. Nous avons obtenu du soutien d’autres villes, car on pense que s’il y a Cop City à Atlanta, il y en aura d’autres, encore plus grands, ailleurs », expliquait Paul au sujet de la dimension nationale du mouvement d’opposition.

Une cabane dans les arbres. L’essentiel de la zad a désormais été expulsé par la police. Crowina - Own work / Wikimedia / CC BY SA 4.0

Des rassemblements en mémoire de Tortuguita ont d’ailleurs eu lieu à Richmond, Détroit, Chicago ou New York suite à l’annonce de sa mort, les 19 et 20 janvier. À Atlanta, les manifestants ont mis feu à une voiture de police, brisé des fenêtres de la Fondation pour la police d’Atlanta et recouvert les murs de slogans anti-police.

L’emplacement de Cop City, dans le sud de la ville, se situe à l’opposé des beaux quartiers, au nord. Il est voisin d’un quartier pauvre, habité par une majorité d’Afro-Américains, qui entendront les détonations quotidiennes des exercices policiers. Ce qui fait dire à ses détracteurs que Cop City est un exemple de « racisme environnemental ». Cette terre porte aussi une lourde histoire : confisquée au XVIIIᵉ siècle à la nation amérindienne des Muscogee, elle a par la suite servi de plantation où travaillaient des esclaves. Avant d’accueillir, au XXᵉ siècle, une « ferme-prison », au sujet de laquelle existent peu d’informations, autant sur les travaux des détenus que sur leurs conditions de vie. La prison, aujourd’hui délabrée, a fermé dans les années 1990.

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