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Au Japon, la mobilisation contre le nucléaire reste vive

15 octobre 2013 / Marc Humbert (Reporterre)



De nouvelles manifestations contre le nucléaire ont eu lieu ce week-end au Japon. Un campement permanent est installé devant le ministère de l’Economie. Et la situation à Fukushima même reste très inquiétante.


Je reviens d’un court séjour au Japon où la situation de Fukushima et du nucléaire continue d’être le sujet principal de discussion. La résistance de la société civile est persévérante et passive comme le montre le campement permanent face au ministère de l’Economie.

Campement à Tokyo devant le ministère de l’Economie -

Elle est aussi active : une nouvelle grande manifestation a eu lieu dimanche 13 octobre. Une dizaine de milliers de participants, selon les chiffres publiés, ont parcouru les rues de Tokyo et convergé vers le siège de Tepco, l’entreprise qui gère la centrale de Fukushima. On peut accèder à des images sur une video postée par un participant. On voit le style bon enfant populaire de ces « rallyes » organisant la résistance.

Les cœurs de trois réacteurs de la centrale accidentée il y a deux ans et demi ont fondu, ils ont traversé l’enceinte de confinement et ont enfoncé le béton. Leur état nécessite des mesures permanentes de refroidissement et même d’injection d’azote pour éviter l’explosion, la situation exacte de ces « corium » et leur évolution ne sont absolument pas maîtrisées et si on continue à ne rien faire de plus, cela ne peut évoluer vers un démantèlement. Bien au contraire, le risque d’évolution dramatique demeure, bien plus élevé que pour toute centrale « en bon état » avec ou sans nouveau tremblement de terre.

En outre, les conséquences de la seule situation actuelle sur l’environnement empirent : non seulement des émanations de radioactivité se poursuivent dans l’atmosphère, mais l’eau utilisée pour le refroidissement s’échappe directement vers la mer ou/et rejoint la nappe phréatique qui atteignait déjà avant l’accident le niveau des sous-sols des réacteurs. La nappe phréatique est polluée par la radioactivité et déverse la pollution dans la mer ; l’eau la plus radioactive est en principe pompée, décontaminée et stockée, mais au fil des années les quantités sont devenues phénoménales et de premières cuves de stockage ont commencé à fuir, avec de l’eau polluée rejoignant la mer ; les 900 autres devraient suivre.

Des niveaux de radioactivité élevés

La population qui a été évacuée des zones interdites où le gouvernement espère rétablir un niveau inférieur à 20ms/an (niveau toléré pour un temps limité pour les travailleurs du nucléaire) sera invitée une fois ce niveau obtenu à rejoindre son ancien habitat, et l’aide de 700 euros par mois versée par le gouvernement sera stoppée un an après la levée de l’ordre d’évacuation.

Le niveau de radioactivité dans des zones d’environ 80 km autour de la centrale, comme à Kôriyama ou Fukushima, dépasse de plusieurs fois le niveau « normal international » de 1msv/an, sans parler des « hot spots » où elle connait des pics très dangereux. Vivre en permanence dans cette zone est une contrainte et un cauchemar pour une partie de la population, pour les 250 000 enfants de Fukushima qui doivent faire surveiller leur thyroïde (une quarantaine ont déjà été atteints d’un cancer) quand d’autres s’efforcent d’oublier cette radioactivité invisible dont certains subiront cependant les conséquences sur leur santé physiologique.

Dans le reste du pays, l’inquiétude n’est pas toujours exprimée, pas même dans les comportements, mais elle est là et dans un pays sous la menace permanente de tremblements de terre très violents, la majorité du peuple souhaite l’abandon du nucléaire et dans l’ensemble de l’échiquier politique, de nombreuses voix se font entendre pour supprimer totalement l’énergie nucléaire.

Manifestation à Tokyo (sans date) -

Actuellement aucun réacteur nucléaire n’est en fonctionnement au Japon. La société civile se mobilise, des citoyens campent en permanence en face du ministère de l’économie pour réclamer l’abolition, une grande pétition nationale s’efforce de rassembler dix millions de signatures (près de neuf millions pour le moment) et une nouvelle grande manifestation se déroule ce 14 octobre à Tokyo (de 7h à 10h du matin, heure de Guichen). Pourtant le gouvernement n’a pas encore pris de décision d’arrêt.


Ceux qui veulent les soutenir : Cochez j’aime ici ou Tweetez un message à vos amis : "soutenez les manifestations anti-nucléaires japonaises chaque vendredi." Regardez ce site ou devenez un supporter « I back your demonstration against nukes » à envoyer avec vos coordonnées à : info@coalitionagainstnukes.jp.


Complément d’information

Plus sur la situation à Fukushima et au Japon depuis le 11 mars à lire ici





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Source : Marc Humbert pour Reporterre

Photos :
. Manifestation à Tokyo dimanche 13 octobre : Japan Times
. Campement : Marc Humbert (septembre 2013)
. Manifestation nocturne : Metropolitan Coalition Against Nukes

Lire aussi : Fukushima : sous la centrale se forme un marécage radioactif.


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