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Agriculture

Aux États-Unis, la grippe aviaire infecte désormais les vaches et les chèvres

Aucune détection du virus chez les bovins n’avait encore été rapportée jusque-là.

Des vaches ont été infectées par le virus de la grippe aviaire au Texas et dans le Kansas, tout comme des chèvres, dans le Minnesota. Ces contaminations inédites interrogent sur la possible transmission du virus aux humains.

Moins de lait, un petit appétit... Au Texas et au Kansas, des vaches laitières ont été contaminées par le virus de la grippe aviaire A (H5N1). Les faits ont été rendus publics le 25 mars par le ministère étasunien de l’Agriculture. Le 29 mars, c’était au tour de vaches dans l’Idaho, dans le nord-ouest du pays, d’être infectées : elles ont été en contact avec des bovins importés d’autres États touchés. Pour les autorités, il s’agirait cette fois de « transmissions de vaches à vaches » — et non d’infections dues à des oiseaux malades.

Ce virus est connu et redouté depuis des décennies car certaines de ses souches ont déjà ravagé bien des élevages de volailles — notamment en France avec 6 millions de bêtes abattues l’an dernier. Les humains qui travaillent au contact des palmipèdes et des gallinacés malades peuvent l’attraper. C’est alors souvent très grave, voire mortel, mais rarissime. Des mammifères sauvages sont également touchés, notamment des petits charognards tels que des renards roux, des moufettes, des lynx ou des ratons laveurs…

Contact avec de la volaille malade

Mais aucune détection du virus chez les bovins n’avait encore été rapportée jusque-là. La nouvelle est « inquiétante », assure l’épidémiologiste Gregory Gray à la revue Science. D’autant qu’avec 90 millions de têtes, les États-Unis détiennent le plus important cheptel bovin de la planète. Cela pourrait-il être le signe que quelque chose est en train de bouger dans la nature du virus ? Ou, du moins, serait-il devenu plus contagieux et capable d’étendre sa gamme d’hôtes potentiels ?

Au moment, ou presque, où le virus a été découvert chez les vaches (au niveau de leur pharynx et dans leur lait), il était détecté également chez dix chevreaux du Minnesota, un État du Midwest. Dans les deux cas, on peut parler de premières détections confirmées de la grippe aviaire chez des ruminants d’élevage aux États-Unis. Le chef vétérinaire de l’État du Minnesota, le Docteur Brian Hoefs, reste optimiste mais a tout de même qualifié cette découverte d’« importante ». Selon lui, elle souligne la possibilité de transmission interespèces dans des fermes élevant plusieurs catégories d’animaux.

En l’occurrence, à la différence des cas dans l’Idaho, les jeunes chèvres, dont quelques-unes sont mortes, avaient été préalablement en contact avec de la volaille malade. Les vaches du Kansas et du Texas, elles, se seraient abreuvées au même endroit que des oiseaux sauvages contaminés.

Les autorités sanitaires se montrent rassurantes

Dans un cas comme dans l’autre, les autorités sanitaires ont tenu à se montrer rassurantes, recommandant pour les éleveurs une biosécurité renforcée et le port d’équipement. Le lait dans lequel le virus a été découvert ne sera pas commercialisé, ont-elles précisé, et celui-ci ne survivrait de toute manière pas à la pasteurisation. Les consommateurs sont tout de même enjoints à ne pas boire de lait cru.

« Au vu des analyses préliminaires, le virus ne semble pas avoir muté pour passer des oiseaux sauvages aux vaches laitières », assure à Reporterre Thijs Kuiken, virologue du centre Erasmus de Rotterdam et spécialiste des maladies infectieuses transmissibles chez l’animal et l’humain. « La contamination est plus probablement due à l’exposition à une quantité de virus anormalement élevée dans les fermes en question », poursuit-il.

Un élément rassurant, en comparaison des contaminations dans les fermes à fourrure finlandaises survenues l’été dernier. Il avait été prouvé que le virus avait été transmis d’animaux à animaux avec un début d’adaptation susceptible de le rendre transmissible à l’humain (voire entre humains).

Une telle transmission est-elle impossible ? Par rapport aux cas touchant les animaux sauvages, la menace pour l’humain est forcément supérieure lorsque des sites d’élevage sont concernés, explique Thijs Kuiken. « Plus les contacts sont étroits, plus ils sont répétés, plus le risque grandit », résume le chercheur hollandais. Les services vétérinaires étasuniens assurent, eux, n’avoir détecté aucun « changement dans le virus » qui impliquerait une transmission accrue aux humains.

« Le virus ne semble pas avoir muté »

Une part de la surprise créée par ces infections bovines et caprines découle sans doute aussi du fait qu’on surveille et teste plus rarement ces exploitations, comparées aux élevages porcins par exemple. Et pour cause, les cochons sont considérés par les virologues comme de parfaits « récipients de mélange » — dans lesquels le réassortiment des grippes humaines, aviaires et porcines peut conduire à l’émergence de virus à potentiel pandémique.

En tout cas, la liste d’animaux atteints — après les phoques, loups de mer, pingouins de l’Antarctique, ours polaires... — que l’on pensait pourtant « insensibles » au virus s’allonge. Et plusieurs présupposés courants se trouvent bousculés par ces récentes détections : les supposées « barrières d’espèce » peuvent s’avérer bien moins étanches qu’on ne croit, et des transmissions que l’on pensait fort peu probables peuvent le devenir nettement plus.

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