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Agriculture

Aux Pays-Bas, les agriculteurs en rogne contre une mesure climatique

Le 6 juillet 2022, manifestation d'agriculteurs à Amsterdam (Dam square).

Blocus sur les routes, centres de distributions alimentaires paralysés, ports coincés... Les agriculteurs manifestent aux Pays-Bas contre une loi sur la réduction des émissions polluantes d’azote.

Amsterdam (Pays-Bas), correspondance

Depuis le 10 juin aux Pays-Bas, des attroupements de tracteurs sont aperçus devant les centres de distribution des grandes chaînes de supermarché. Les agriculteurs en colère ne cèdent pas face aux policiers qui cherchent à les déloger. À Den Bosch, à Etten-Leur, à Enschede... Blocus et manifestations se poursuivent. Les agriculteurs appellent à la mobilisation nationale et demandent à tout le pays de ne pas travailler quinze minutes le vendredi 15 juillet pour les soutenir.

Motif ? Le gouvernement veut faire baisser les émissions d’azote [1], puissant gaz à effet de serre. Pour cela, une nouvelle loi impose des réductions de 30 à 70 % environ dans 131 zones agricoles afin de faire baisser les émissions polluantes de moitié d’ici à 2030. Seulement 24,3 milliards d’euros seront alloués pour aider les agriculteurs.

« Cette décision n’est une surprise pour personne. Le problème du surplus de rejets d’azote existe depuis une trentaine d’années », précise à Reporterre le directeur de Greenpeace Pays-Bas Andy Palman. « Le gouvernement a fait un geste pour l’écologie mais il aurait fallu que ces émissions baissent avant 2025. » Pour réduire les émissions d’azote — causées par les fertilisants et le fumier — il faudra réduire le nombre de têtes de bétail de 30 %. Ces décisions ont provoqué des émeutes sans précédent, avec des fermiers à la porte de la maison de la ministre de la Nature et de la Politique de l’azote, Christianne van der Wal. Et des policiers qui tirent à balles réelles sur un fermier de 16 ans.

Si la plupart des fermiers sont d’accord sur les problèmes écologiques liés aux émissions d’azote, ils trouvent la carte des zones agricoles injuste. « Certaines fermes vont devoir réduire leurs émissions de 70 % », explique Axel Datema, président du collectif de fermiers BoerenNatuur. « Je comprends très bien leur colère, cela indique de devoir abandonner complètement sa ferme, et de mettre la clef sous la porte. Leur répartition devrait être un peu plus nuancée. » L’agriculteur partage la colère de ses pairs, mais ne prend pas part aux manifestations. Mais si le gouvernement reste sourd aux demandes des fermiers, qui désirent plus de temps pour trouver des solutions plutôt que de devoir vendre leur ferme, « il chevauchera également son tracteur ».

« Ce ne sont pas les fermiers bucoliques que l’on imagine de manière romancée »

Les Pays-Bas sont le deuxième exportateur agricole au monde derrière les États-Unis, « alors que c’est le pays avec le moins d’espace naturel en Europe », dit le militant Andy Palman. « Le secteur agricole est très important, à un niveau industriel. Ce ne sont pas les fermiers bucoliques que l’on imagine de manière romancée. » Le pays est l’un des plus émetteurs de gaz à effet de serre en Europe. « Il faudrait réduire de 50 % les émissions du pays », juge Frank Verhoeven, consultant chez Boerenverstand, une société de conseil pour les agriculteurs, « au lieu d’imposer des quotas à certaines fermes. Les politiciens se concentrent sur des zones alors qu’il faut revoir les rejets globaux du pays et la surproduction. Ils mélangent tout, et maintenant de nombreux agriculteurs vont perdre leurs terres. »

Certains fermiers demeurent optimistes sur l’avenir de l’agriculture aux Pays-Bas, comme Maria Inkcmann, laitière à la ferme de Noorderlicht, qui a déjà réduit ses émissions d’azote de 40 % ces dernières années. « Grâce au bio ! », assure-t-elle. Maria est une fervente défenseuse de l’agriculture biologique. Il faut « arrêter les produits chimiques, les engrais [de synthèse] car cela réduit considérablement le rejet de gaz à effet de serre ». Outre leur coût écologique dès la phase de fabrication, les engrais azotés, une fois épandus, ne sont en effet pas entièrement consommés par les plantes. Une partie s’évapore sous forme de protoxyde d’azote, considéré comme 298 fois plus réchauffant que le CO2. Une autre partie s’infiltre, et pollue les sols.

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