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Politique

Aux régionales, cinq nuances de vert en Pays de la Loire

Face à l’urgence climatique, la protection de l’environnement figure dans quasiment tous les programmes des candidats aux élections régionales. Dans les Pays de la Loire, plusieurs visions de l’écologie vont se confronter : de l’écologie sociale en passant par celle fondée sur l’innovation technologique, jusqu’à l’écologie identitaire.

S’il fallait dessiner un échiquier politique de l’écologie, les Pays de la Loire seraient un excellent modèle. En vue des élections régionales qui se tiendront les 20 et 27 juin prochains, les principaux candidats de ce territoire, à gauche comme à droite, affichent tous la protection de l’environnement comme un point central de leur campagne. Mais lorsqu’on compare leurs discours, force est de constater que leurs visions de l’écologie sont (très) loin de se ressembler.

Le casting est varié : ces élections vont faire s’affronter Matthieu Orphelin, ex-membre de la République en marche (LREM), aujourd’hui à la tête d’une liste soutenue par Europe Écologie-Les Verts (EELV) et la France insoumise (LFI) ; le socialiste Guillaume Garot, ancien ministre de l’Agroalimentaire ; le « marcheur » François de Rugy, ancien ministre de la Transition écologique ; et l’eurodéputé Hervé Juvin, tête de liste du Rassemblement national. Les quatre hommes veulent ravir le conseil régional des mains de Christelle Morançais (Les Républicains, LR), devenue présidente en octobre 2017 après la démission de Bruno Retailleau. À l’heure où nous écrivons ces lignes, elle n’a pas encore déclaré si elle était ou non candidate à sa propre succession. [1]

Les opposants politiques de Christelle Morançais ne manquent pas d’imagination pour décrire son bilan environnemental : du « greenwashing » (écoblanchiment) selon Guillaume Garot, de « l’écologie d’affichage » pour Matthieu Orphelin, « aucune vision écologique », ajoute François de Rugy. « De bonnes intentions, mais peut mieux faire », dit Hervé Juvin.

« Après deux ou trois ans d’inaction, la majorité a fini par se réveiller »

France Nature Environnement (FNE) Pays de la Loire, qui regroupe les associations de protection de la nature de la région, est plus nuancée. « Est-ce que, sous ce mandat, la qualité de l’eau s’est améliorée ? La réponse est non. Est-ce que le déclin de la biodiversité s’est stoppé ? Non plus. Mais il y a eu une dynamique », reconnaît Xavier Métay, coordinateur de la fédération. « Après deux ou trois ans d’inaction, cette majorité de droite et du centre a fini par se réveiller, et a pris la problématique de l’eau à bras-le-corps », poursuit-il.

En 2017, le conseil régional a notamment créé un comité ligérien [2] sur l’eau pour rassembler les acteurs du secteur et négocier des financements de projets. En 2020, la Région a adopté un « plan eau » avec l’État, ainsi qu’un investissement de 46 millions d’euros sur cinq ans pour « reconquérir la qualité des cours d’eau et des milieux aquatiques ». En outre, le conseil régional a obtenu plus de sept millions d’euros de financement de la Commission européenne pour son projet Life Revers’eau, qui vise à faire acquérir aux acteurs locaux de nouvelles connaissances sur cette thématique.

Mathieu Orphelin voudrait engager 1 milliard d’euros supplémentaire dans les premières années de son mandat pour des investissements « 100 % compatibles avec le futur ».

« C’est le point positif de cette mandature : ils ont su créer une ambiance d’échange entre des personnes qui ne se parlaient guère (acteurs économiques, syndicats, associations de protection de l’environnement…) » ajoute Xavier Métay. « Il y a urgence à agir vite, ensemble, et le meilleur moyen pour ça est de mettre tout le monde autour d’une table, et ne pas croire qu’on va régler tous les problèmes d’un coup », commente Laurent Gérault, vice-président du conseil régional chargé de l’environnement, la transition énergétique et la croissance verte [3].

Autres points positifs : depuis six ans, les surfaces agricoles en bio ont augmenté, et la Région se targue d’avoir accompagné 127 000 foyers dans la rénovation énergétique de leur logement. Mais pour répondre à l’urgence climatique, il va vraiment falloir « accélérer », estime Xavier Métay. « On ne fait pas juste de l’écologie à travers la stratégie sur l’eau ou la biodiversité, développe-t-il. On doit saupoudrer de l’environnement partout, et il faut s’assurer que tous les financements que la Région accorde sont compatibles avec la lutte contre le changement climatique. Ça, ça fait encore un peu défaut. » « L’écologie est un des sujets prioritaires qu’on a exercés dans ce mandat, et elle le sera dans le mandat à venir. On va conserver cette ambition et l’accélérer », assure Laurent Gérault.

Une écologie qui « améliore la vie des gens » et « prépare au mieux l’avenir »

Les autres candidats au scrutin régional sont dans les starting-blocks pour prouver aux électeurs que, pour eux aussi, l’écologie est un enjeu majeur. Et surtout, qu’ils comptent faire mieux que la majorité LR depuis 2015. « L’écologie qu’on porte, c’est celle qui améliore la vie des gens et qui prépare au mieux l’avenir. C’est vraiment une écologie de solution », décrit Matthieu Orphelin, député non inscrit du Maine-et-Loire, à la tête d’une liste citoyenne soutenue par EELV et LFI. Celui qui veut s’affranchir des « caricatures de l’écologie des bobos ou des amishs qu’on essaie de [lui] coller » a fait une grande partie de sa carrière à l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe). Il connaît déjà bien le conseil régional des Pays-de-la-Loire puisqu’il en a été le vice-président de 2010 à 2015, alors qu’il militait encore pour EELV [4].

En 2017, il avait rejoint la République en marche (LREM), avant de claquer la porte en 2019, estimant finalement que le parti présidentiel n’agissait « au bon rythme sur aucun des grands chantiers de la transition » écologique. Depuis, député sans étiquette, il s’implique dans bon nombre de combats écologistes à l’Assemblée nationale (notamment sur l’examen de la loi Climat).

Lorsqu’on l’interroge sur ses propositions pour ces élections, il énumère, enthousiaste : « des repas 100 % bio et autres labels de qualité dans les cantines scolaires à la fin du mandat », « avancer jusqu’à 100 % du coût des travaux de rénovation des passoires énergétique des foyers les plus précaires », « un prêt garanti par la Région pour aider les ménages précaires à changer de véhicule »« On assume une dépense d’un milliard d’euros supplémentaires sur les premières années du mandat, précise Matthieu Orphelin. On assume d’investir beaucoup, tant que ces investissements sont à 100 % compatibles avec le futur. »

« Faire des Pays de la Loire la première région française contre le gaspillage alimentaire. »

Sur cette même ligne d’écologie sociale, Guillaume Garot, député socialiste de la Mayenne, promeut une « écologie positive » qu’il résume dans une formule : « Plus de justice, moins de carbone. » De 2012 à 2014, il a occupé la fonction de ministre de l’Agroalimentaire, où il s’est distingué en lançant un pacte national de lutte contre le gaspillage alimentaire. Redevenu député, il a porté en 2016 une loi obligeant les supermarchés de plus de 400 m² à donner leurs invendus alimentaires s’ils sont sollicités par des associations — loi adoptée à l’unanimité par l’Assemblée puis le Sénat.

Et Guillaume Garot compte bien continuer sur cette lancée : « Je veux faire des Pays de la Loire la première région française contre le gaspillage alimentaire », dit-il. Lui aussi souhaite miser sur la rénovation énergétique des logements, notamment en installant dans les villes des guichets uniques qui « permettraient d’assurer un tiers financement » des travaux. Sans oublier le développement des transports en commun — il veut instaurer la gratuité des trains TER pour les jeunes de 18 à 25 ans — ni l’accompagnement financier des producteurs dans une transition agroécologique.

Selon François de Rugy, « l’écologie doit être ancrée sur la recherche scientifique, l’innovation technologique et le développement économique ».

Sur le papier, peu de choses semblent séparer ce programme de celui de Matthieu Orphelin. « Je suis certain que nous nous unirons au second tour », déclarent-ils chacun de leur côté. Mais, de toute évidence, la fusion n’aura pas lieu avant. « Je conduis déjà un rassemblement écologique, soutenu par onze formations politiques [dont le Parti socialiste, le Parti communiste français et le parti écolo de Corinne Lepage Cap21]  », met en avant Guillaume Garot. De son côté, Matthieu Orphelin estime que « le grand rassemblement, il est fait avec la France insoumise ». Les deux députés sont en outre persuadés qu’ils réuniront plus de voix que l’autre lors du scrutin.

Science, croissance, et « pass » transports

Le programme de François de Rugy, député LREM de Loire-Atlantique et ancien ministre de la Transition écologique et solidaire de 2018 à 2019, tranche avec celui de ses concurrents. « L’écologie doit être ancrée à la recherche scientifique, l’innovation technologique et au développement économique », estime celui qui admet que le parti d’Emmanuel Macron n’a pas encore développé « un vrai corpus d’idées » sur l’écologie. Jusqu’ici, il avait surtout promu dans la presse (notamment dans une interview accordée au Point début mars) une écologie s’appuyant sur l’énergie nucléaire et les OGM (organismes génétiquement modifiés). [5]

Au niveau local, il esquisse désormais quelques propositions : sur le thème des mobilités — il a été adjoint au maire de Nantes chargé des transports de 2001 à 2008 —, il voudrait « des solutions de transports à la demande vraiment très fins, notamment pour les publics qui n’ont pas d’autonomie en termes de mobilité », une utilisation du numérique pour développer le covoiturage, ou encore un « pass » pour connecter les différents transports en commun entre eux [6].

Même si, du temps où il était ministre, le Haut Conseil pour le climat — instance créée par Emmanuel Macron lui-même — avait estimé que les actions engagées par le gouvernement pour réduire les émissions de gaz à effet de serre étaient « insuffisantes », François de Rugy compte bien « défendre le bilan d’Emmanuel Macron et le [sien] » lors de ce scrutin. « Je le revendique, je ne me cache pas, affirme-t-il. La fermeture programmée de la centrale à charbon de Cordemais (Loire-Atlantique), je l’assume dans ma région. J’assume aussi l’abandon du projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes. On l’a fait et on assume les conséquences. »

À l’extrême droite, une « écologie conservatrice »

Enfin, l’eurodéputé Hervé Juvin est sûrement le candidat qui s’éloigne le plus de ses rivaux. Il est à la tête de la liste du Rassemblement national, même s’il n’adhère pas au parti. En décembre 2020, il a créé son propre mouvement, le Parti localiste. « Pour nous, l’écologie c’est d’abord la joie de bien vivre sur son territoire », pense-t-il. Et de développer, au fur et à mesure de la conversation avec Reporterre : « Il y a eu un hold-up de l’ultragauche sur l’écologie mais fondamentalement, l’écologie est plutôt conservatrice, elle respecte la diversité des cultures humaines, ce qui veut dire qu’elle respecte les frontières. »

Parmi les propositions qu’il aimerait mettre en place, il cite un « revenu agricole », pour que le travail de maintien de la beauté des paysages réalisé par les agriculteurs puisse « faire l’objet d’une rémunération annexe » ; la mise en place de « solutions pour l’isolement thermique des bâtiments » (sans plus de précisions) ou encore le développement de « formations professionnelles qui ont trait au recyclage ou à l’économie circulaire ». Il évoque aussi « l’urgence de restaurer les consultations citoyennes » sur les projets d’implantation d’éoliennes et d’unités de méthanisation, lui qui s’affiche volontiers contre la réduction de la part de l’énergie nucléaire en France.

Face à toutes les propositions de ces candidats, on constate aisément que le terme « écologie » est désormais omniprésent, et cuisiné à toutes les sauces. Leur seul point commun : présenter l’écologie comme une politique positive, qui améliorera forcément le quotidien des Ligériens. « Il n’y a pas de bonnes ou mauvaises solutions pour l’environnement — sauf peut-être les candidats qui parlent d’identitaire, tempère Xavier Métay, de FNE. On discute avec toutes les visions, de la droite en faveur du développement technologique, qui pense que la science et le nucléaire vont nous sauver, à la gauche ou aux Verts qui disent qu’il faut changer le modèle économique de la croissance. » Les candidats ont désormais deux mois pour convaincre. Et les 20 et 27 juin prochains seront une première occasion pour les citoyens d’exprimer la vision de l’écologie qui leur semble le plus compatible avec l’avenir.

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