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Politique

Aveugle au changement climatique, Bayrou appelle à prendre l’avion

François Bayrou aurait utilisé son influence au niveau national pour maintenir la ligne entre Pau et Orly, pourtant pas viable financièrement.

Après avoir pesé pour faire rouvrir la ligne aérienne lourdement déficitaire entre Pau et Orly, François Bayrou a appelé dans une lettre les acteurs économiques de l’agglomération de Pau à l’emprunter au maximum.

François Bayrou appelle « tous les acteurs économiques de l’agglomération » de Pau à prendre l’avion le plus possible, lorsque leurs activités professionnelles doivent les conduire à Paris. Un message en ce sens, rendu public par Benjamin Martinie, fondateur du média communautaire Hourrail, a été envoyé par courriel le 25 mars, selon le média Contexte.

Ce courriel contient une lettre signée de la main de François Bayrou et à en-tête de la communauté d’agglomération Pau Béarn Pyrénées, dont il est président, en plus d’être maire de Pau et Premier ministre. Il y explique que la ligne aérienne entre Pau et l’aéroport parisien d’Orly, rouverte depuis le 17 février, a besoin du soutien actif de ses usagers pour assurer sa pérennité.

Le « chantage » de François Bayrou

De fait, la liaison entre Pau et Orly, assurée par la compagnie low-cost Transavia, filiale d’Air France-KLM, avait été interrompue en octobre 2024, faute de rentabilité économique : elle affichait un déficit de plus de 3 millions d’euros par an. La fréquentation de l’aéroport a presque été divisée par trois depuis le Covid-19.

François Bayrou avait depuis utilisé toute son influence politique pour obtenir la réouverture de la ligne. En décembre, selon Le Canard enchaîné, il aurait mis cette condition dans la balance pour soutenir l’éphémère Premier ministre Michel Barnier. D’après une enquête de Mediapart, qui parle également de « chantage », le cabinet de Barnier avait alors fait pression sur la direction de Air France-KLM. En échange, la compagnie aurait demandé un adoucissement du projet de relèvement de la taxe de solidarité sur les billets d’avion et que la conclusion d’une étude d’impact des nuisances sonores nocturnes à l’aéroport d’Orly lui soit le plus favorable possible.

« Bayrou est un homme du passé qui considère toujours l’aviation comme un symbole de modernité »

Sur ce dernier point, en janvier, un projet d’arrêté final du ministère des Transports retenait le scénario le plus avantageux pour les compagnies aériennes, celui qui réduisait le moins les nuisances sonores. Leur baisse est pourtant considérée comme « une nécessité sanitaire majeure » à proximité de l’aéroport d’Orly, d’après un rapport de l’Autorité de contrôle des nuisances aéroportuaires.

C’est finalement la compagnie française Amelia qui a repris la ligne Pau-Orly, à raison d’un à deux allers-retours par jour, avec le « soutien commercial » d’Air France-KLM. L’entourage de Michel Barnier a nié, auprès de Mediapart, tout lien entre la réouverture de la ligne Pau-Orly et des enjeux de politique nationale.

À rebours de l’urgence climatique

Cette promotion du transport aérien par le Premier ministre interroge d’autant plus que l’aviation — émissions de CO2 et traînées de condensation comprises — contribue pour près de 6 % au réchauffement climatique et que sa décarbonation est impossible sans réduction drastique du trafic. Comble des contradictions de François Bayrou, le 31 mars, six jours à peine après l’envoi de cet courriel, il participait à un conseil de planification écologique du gouvernement, lors duquel était lancé un appel à la « remobilisation » sur les secteurs à la traîne dans la décarbonation, dont… les transports.

L’argument répété sans cesse par François Bayrou est celui du besoin de « désenclaver » Pau et sa région. Pourtant, une ligne TGV directe relie Pau à Paris en 4h20 et une autre liaison aérienne, qui n’a, elle, jamais été fermée, connecte Pau à l’autre aéroport parisien, Roissy. Mais François Bayrou trouve Orly plus pratique que Roissy, l’aéroport du sud parisien étant, il est vrai, plus proche de Matignon et des quartiers où loge et travaille le Premier ministre. Une liaison aérienne existe toutefois aussi entre Orly et l’aéroport Tarbes-Lourdes, à une demi-heure de voiture de Pau.

L’aéroport Pau-Pyrénées a vu sa fréquentation divisée par trois depuis le Covid-19. Wikimedia Commons / CC BY 3.0 / Poudou99

« Bayrou est un homme du passé qui considère toujours l’aviation comme un symbole de modernité, dénonce auprès de Reporterre Jean-François Blanco, élu municipal d’opposition, écologiste, à Pau. Sans parler de son clientélisme assumé : il profite d’être Premier ministre pour prétendre servir l’intérêt des Palois alors que l’intérêt général serait de lutter contre le changement climatique. Il est indifférent à l’écologie et porte une vision aberrante et anachronique du monde. »

Des allers-retours polémiques en avion

Contactée mardi 1er avril, la mairie de Pau n’a, pour l’heure, pas répondu à Reporterre. François Bayrou assume de son côté son amour de l’aviation : à peine nommé Premier ministre, en décembre 2024, il avait suscité de vives critiques en empruntant un jet présidentiel pour aller présider un conseil municipal.

Loin de faire amende honorable, il réitérait le 10 janvier, en avion de ligne cette fois, pour présenter ses vœux de nouvelle année. Le même jour, l’observatoire européen du climat, Copernicus, annonçait que 2024 avait été l’année la plus chaude jamais enregistrée sur Terre, franchissant le seuil symbolique de 1,5 °C, à ne pas dépasser pour éviter un risque d’emballement catastrophique du climat.

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