Bangkok veut réduire la pollution de l’air en créant des pluies artificielles

Durée de lecture : 3 minutes

17 janvier 2019 / Entretien avec François Bouttier



Peut-on lessiver la pollution atmosphérique en faisant pleuvoir ? Les autorités de la capitale thaïlandaise semblent y croire. À tort, comme l’explique à Reporterre François Bouttier, chercheur à Météo France.

L’administration métropolitaine de Bangkok tente depuis le début de la semaine de faire tomber la pluie sur la capitale thaïlandaise. Les autorités voient dans la méthode d’ensemencement des nuages l’un des seuls recours dont elles disposent pour atténuer la pollution de l’air, qui a atteint son plus haut niveau depuis un an. « Le taux de particules de poussière dangereuses connues sous le nom de PM2,5 [1] a dépassé le niveau de sécurité dans 30 des 50 districts de Bangkok », rapporte Aswin Kwanmuang, le gouverneur de la ville. « La capitale a également mis en place des canons à eau dans les rues pour assainir l’air lundi [14 janvier] alors que les autorités distribuent des masques pour lutter contre la pollution atmosphérique », rapporte le Bangkok Post.

Le niveau de pollution plafonne ces dernières semaines à environ 160 microgrammes par mètre cube, avec des pointes à 200, d’après les données du site de surveillance de la pollution atmosphérique aqicn.org (qui référence la qualité de l’air dans les principales métropoles mondiales). Un indice bien éloigné des 25 microgrammes par mètre cube préconisés par l’Organisation mondiale de la santé.


François Bouttier est chercheur à Météo France. Il explique à Reporterre les raisons pour lesquelles la méthode d’ensemencement des nuages est inefficace pour réduire la pollution de l’air.


Reporterre — Qu’est-ce que la méthode d’ensemencement des nuages ?
François Bouttier — L’ensemencement des nuages est une méthode de modification des conditions météorologiques qui consiste à injecter du sel hygroscopique, un sel capable de retenir l’humidité, dans les nuages en utilisant des avions. Les cristaux de glace présents dans le nuage se forment plus rapidement et les précipitations sont accrues.



La pluie artificielle peut-elle réellement atténuer la pollution de l’air dans la ville de Bangkok ?

Ponctuellement, la pluie artificielle va lessiver une partie des aérosols et diminuer localement la pollution, uniquement au moment où la pluie tombe. Il est nécessaire d’avoir une situation météorologique favorable au moment de l’ensemencement des nuages, en l’occurrence un climat humide et chaud. Les zones urbaines telles que celle de Bangkok étant anticycloniques (phénomène météorologique associé à un temps sec), elles ne correspondent en aucun point au climat nécessaire à la réalisation d’un ensemencement. De plus, le phénomène de pluie artificielle se produit uniquement sur la trajectoire de l’avion, il ne couvre qu’une infime partie de l’aire d’une ville comme Bangkok. Ce procédé est utilisé essentiellement comme outil de communication politique pour résoudre les problèmes de pollution.

Ces méthodes de modification des conditions météorologiques représentent-elles un danger pour l’environnement ?

Les concentrations de produits chimiques utilisées pour l’ensemencement des nuages ne sont pas assez importantes pour présenter de réels risques sur l’homme et l’environnement. Cependant, le déploiement de ces mêmes produits chimiques par des avions pose des problèmes environnementaux.



À court terme, des solutions alternatives à la modification du climat et plus vertueuses pour l’environnement sont-elles envisageables pour contenir les pics de pollution dans des mégalopoles comme Bangkok ?

Les seuls remèdes aux pics de pollution consistent à réduire les émissions de dioxyde de carbone. Il faut résoudre le problème à la source, non pas en tentant de modifier le climat en employant les grands moyens. La prise en compte de technologies potentiellement risquées comme les pluies artificielles met en évidence l’urgence de la transition énergétique.

  • Propos recueillis par Samuel Reffé




[1Celles dont le diamètre est inférieur à 2,5 micromètres, appelées « particules fines ».


Lire aussi : Géo-ingénierie : il ne faut pas attendre de miracle

Source : Samuel Reffé pour Reporterre

Photos :
. chapô : Wikimedia (CC0)
. pluie : Pixabay (CC0)

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