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Politique

Budget 2026 : l’offensive de l’extrême droite contre l’écologie

Marine Le Pen, la présidente du groupe Rassemblement national à l'Assemblée nationale, le 16 octobre 2025.

Au cours des premiers débats budgétaires, le Rassemblement national a tenté de détricoter la fiscalité écologique et de supprimer l’Office français de la biodiversité et l’Agence bio. Sans succès.

À quelle sauce sera mangée l’écologie en 2026 ? Aucune réponse claire n’a émergé, alors que les députés attaquent le débat en plénière sur la partie « recette » du budget 2026. Mais les négociations qui se sont tenues ces derniers jours dans les commissions ont offert un éclairage sur les priorités des différentes forces politiques en matière environnementale.

Sans surprise, le Rassemblement national (RN) a imprimé une ligne offensive et avancé des mesures radicales. Il a notamment proposé de supprimer l’Office français de la biodiversité (OFB) — incarnation selon lui d’« une dérive bureaucratique et punitive de la politique écologique qui harcèle les agriculteurs par des contrôles absurdes et humiliants » — et de couper 840 000 euros de ressources à l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses). Les deux amendements ont été jugés irrecevables par la commission des finances qui les a examinés.

Supprimer l’Agence bio,
au secours d’Amazon et Shein...

Dans une autre commission, celle des affaires économiques, les députés d’extrême droite ont poussé pour « supprimer l’Agence bio ». Dans la même veine, ils ont également préconisé de ponctionner 8,8 millions d’euros sur le programme de « structuration des filières biologiques », un montant qu’ils souhaitent en partie réallouer à l’Ifremer, afin de soutenir les recherches de l’Institut « en matière de surveillance de la ressource halieutique, en lien avec l’installation de parcs éoliens en mer ».

Le RN a également déposé plusieurs amendements visant à réduire les incitations fiscales favorables à l’écologie, qui s’apparentent selon lui à « une écologie fiscale punitive ». Il a notamment tenté la « suppression pure et simple » des mesures de « verdissement de la fiscalité sur les véhicules » (article 13) et s’est attaqué à l’augmentation du malus sur les voitures thermiques et en particulier sur les véhicules lourds.

Il s’en est également pris à une des principales mesures d’incitation au recyclage et au réemploi, en essayant de stopper l’augmentation des impôts sur l’incinération des déchets, comme l’a notamment repéré le « lobbyiste écologique » Jordan Allouche dans un travail d’analyse des amendements déposés par le RN. Ces différents amendements ont tous été rejetés.

Il a volé au secours d’Amazon, Shein et des autres géants du e-commerce, en s’opposant à la création d’une taxe de 2 euros sur les colis de faible valeur importés d’un pays extraeuropéen (là encore sans succès). Cette nouvelle taxe est destinée à protéger les commerçants européens face à l’explosion hors de contrôle des flux de marchandises, qui risque de s’accroître encore dans les prochains mois en raison de la fermeture du marché étasunien aux produits chinois.

Les députés du RN ont réussi à faire voter en commission la suppression de la taxe sur les emballages et bouteilles plastiques.

Porte-voix de la FNSEA

Sur le dossier agricole, fidèle à sa ligne productiviste, le Rassemblement national s’est fait le porte-voix des positions de la FNSEA.

Le gouvernement entendait s’attaquer aux niches fiscales sur les agrocarburants, qui « encouragent l’usage de terres agricoles pour des productions non alimentaires », selon la Confédération paysanne, favorable à cette suppression. Mais pour la FNSEA, le syndicat productiviste, il s’agit bien des carburants « les plus décarbonés et les plus français », à soutenir donc. Même vocable dans l’amendement porté par le parti d’extrême droite, qui refuse « de freiner l’innovation, les relocalisations et la décarbonation du secteur des transports ».

Eau, pollutions, agrocarburants...

Autre enjeu majeur : l’eau. Dans le sillon de la FNSEA, le Rassemblement national a tenté d’exonérer de redevance les agriculteurs qui utilisent de l’eau potable pour irriguer leurs cultures, jusqu’à 20 000 m³ par an. En clair, les exploitants qui pompent l’eau du robinet payent aujourd’hui un montant supplémentaire aux Agences de l’eau — une situation que beaucoup considèrent injuste, car nombre de maraîchers et d’horticulteurs n’ont pas d’autres choix pour arroser. Sauf que « 20 000 m³ c’est beaucoup, précise Alexis Guilpart, de France Nature Environnement. Ça représente des parcelles de 7 à 10 hectares, donc du maraîchage industriel ». Lui plaide pour une exonération de la redevance jusqu’à 5 000 m³.

Lors des futurs débats en plénière, la bataille pourrait se jouer sur une autre taxe, due par les agriculteurs aux Agences de l’eau : la redevance pour pollutions diffuses, dont doivent s’acquitter ceux qui utilisent des pesticides. La FNSEA a indiqué s’opposer à « toute augmentation » qui constituerait selon le syndicat « des hausses insoutenables pour les agriculteurs ». Dans cette lignée, le Rassemblement national a proposé de supprimer un acompte que versent les vendeurs de pesticides aux Agences de l’eau — ces sociétés de négoce étant chargées de collecter ensuite la redevance auprès des agriculteurs.

Pour la députée du parti présidentiel Sandrine Le Feur, il faudrait au contraire « renforcer la redevance pour pollutions diffuses », une promesse d’Emmanuel Macron lors du plan Eau. Un dispositif qui « incite les exploitants à utiliser des produits moins polluants, à supprimer ou réduire leur usage », et qui « devrait permettre de rapporter 37 millions d’euros » d’argent public, selon son amendement... rejeté par la commission des finances.

Les mêmes élus ont enfin esquissé des mesures plus consensuelles, comme le soutien à l’Institut national des appellations d’origine (Inao) et à l’Office national des forêts, car « les forêts françaises souffrent d’une situation chronique de sous-valorisation » qu’il s’agit de stopper. Aucun des amendements agricoles du RN n’a été adopté.

Couper les ailes aux renouvelables, un sursis pour le charbon

Sur les questions énergétiques, le Rassemblement national poursuit sur sa ligne antiénergies renouvelables, en proposant de supprimer les avantages fiscaux dont bénéficient les éoliennes (retrouver ses amendements ici, ici et , tous rejetés).

« La politique de soutien au secteur éolien se heurte à une opposition massive et récurrente sur l’ensemble du territoire », affirment les députés RN, qui ont déjà tenté de mettre un stop au solaire et à l’éolien en juin, au profit d’une accélération exponentielle du nucléaire. Or, selon un récent sondage Ifop pour Engie, 78 % des répondants ont une bonne image de l’énergie éolienne terrestre. Avec un résultat identique chez les riverains des installations.

De l’autre main, le RN offre un sursis aux centrales à charbon dont la reconversion prend plus de temps que prévu. Selon l’amendement rédigé par les industriels de l’énergie, que le RN est parvenu à faire adopter en commission des finances, les centrales à charbon en cours de reconversion pourront bénéficier du soutien public via le « mécanisme de capacité ».

Des mesures « ultralibérales »

Le RN propose également de réduire la TVA à 5,5 % sur le gaz, le fioul et les carburants, contre 20 % actuellement (amendements rejetés), ce qui représenterait un soutien financier de 11 milliards d’euros aux énergies fossiles, selon l’estimation du RN.

Après une semaine de discussions en commission, le débat doit désormais se tenir à l’Assemblée, avec l’ensemble des députés. Le Rassemblement national poursuivra-t-il dans sa croisade anti-écologique ? Lors de la présentation de son contre-budget, le 23 octobre, le parti d’extrême droite a donné le ton : 7,7 milliards d’euros en moins pour les « agences et opérateurs » de l’État — OFB, Anses, Agences de l’eau et Agence nationale de l’habitat —, 3,4 milliards d’euros d’économies sur MaPrimeRénov’, 3,2 milliards d’euros de baisse de subventions pour les associations, 31 millions d’euros en moins pour le plan vélo et suppression du Fonds vert. Des mesures « ultralibérales » et « contre les besoins du peuple », a fustigé Jean-Luc Mélenchon sur X.

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