« C’est une catastrophe » : les incendies en Espagne ont détruit des parcs naturels
Des pompiers espagnols et français tentent d'éteindre un feu, le 20 août 2025, dans la région de Castille-et-Léon, l'une des plus touchées par les incendies. - © Handout / Sécurite civile / AFP
Des pompiers espagnols et français tentent d'éteindre un feu, le 20 août 2025, dans la région de Castille-et-Léon, l'une des plus touchées par les incendies. - © Handout / Sécurite civile / AFP
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Les immenses incendies en Espagne ont consumé, partiellement ou totalement, plusieurs parcs et réserves naturelles, qui mettront des décennies à se rétablir.
Madrid (Espagne), correspondance
La vague de chaleur historique qu’a connue l’Espagne au mois d’août, avec des températures flirtant régulièrement avec les 45 °C pendant près de deux semaines, a alimenté des incendies monstres dans le pays.
En seulement quelques semaines, plus de 350 000 hectares sont partis en fumée, ravageant au passage des parcs et réserves naturelles, particulièrement dans l’ouest (Estrémadure) et le nord-ouest de l’Espagne (Galice et Castille-et-León).
C’est le cas notamment de Las Médulas, un site d’anciennes mines romaines classé au patrimoine mondial de l’Unesco, du parc naturel du lac de Sanabria et des Sierras de Segundera et Porto, qui abrite le plus grand lac glaciaire d’Espagne, ou encore du parc national des pics d’Europe. Jusqu’à la moitié de certains parcs et réserves naturelles auraient brûlé, selon des premières estimations des autorités.
« Il est encore difficile de mesurer tous les impacts, juge María Melero de WWF Espagne. Une fois les flammes complètement éteintes, il faudra prendre le temps d’évaluer toutes les conséquences, mais c’est certain que les incendies des dernières semaines auront fait de graves dommages dans ces endroits, notamment sur la végétation, la biodiversité et les rivières. »
En plus des pertes de vies humaines (au moins quatre morts) et d’énormes dommages matériels, les incendies de cet été ont aussi affecté de nombreux animaux, souvent en voie d’extinction, comme les loups ibériques, les ours bruns et les cigognes noires. Certains sont morts piégés par le feu alors que d’autres, qui ont pu se déplacer, seront maintenant affectés par la perte de leur habitat et de leurs aires de reproduction.
« Des incendies de cette ampleur entraînent toujours la mort directe ou indirecte de nombreuses espèces », explique Jorge Fernández Orueta, agent de conservation des espèces pour l’ONG SEO Birdlife. Il est particulièrement inquiet pour des espèces menacées comme le grand tétras, l’aigle impérial ibérique et les vautours percnoptères et moines. « Ces espèces étaient déjà dans une situation extrême avec une conservation très fragile. Avec cette destruction énorme d’habitats, on ne sait pas quelles peuvent être les conséquences, mais il existe bien un risque de les voir disparaître. »
De plus, l’immense panache de fumée de ces incendies, aperçu même jusqu’en France, pourrait avoir perturbé la migration de certaines espèces, comme les cigognes blanches, selon le chercheur.
« C’est une catastrophe, mais c’est aussi de la négligence, juge Jorge Fernández Orueta. Les scientifiques et les ONG alertent depuis des années mais rien n’est fait, il n’y a pas de moyens mis en place. La situation ne s’améliorera pas s’il n’y a pas d’investissements politique et économique importants. » SEO Birdlife demande la mise en place d’une stratégie nationale de prévention et de restauration.
Une longue régénération
Des forêts méditerranéennes de chênes-lièges, des châtaigniers d’environ 700 ans et des chênes centenaires sont notamment partis en fumée dans ces espaces naturels. Les experts s’accordent à dire qu’il faudra plusieurs dizaines d’années à ces écosystèmes pour revenir à l’état d’avant les feux.
« Beaucoup de végétaux sont habitués aux incendies et ont la possibilité de se régénérer eux-mêmes par germination ou par bourgeonnement, explique María Leonor Calvo Galván, professeur au département de biodiversité et de gestion environnementale à l’université de León. Mais beaucoup d’autres types d’espèces endémiques ne peuvent pas faire cela et pourraient disparaître. »
Ce processus de régénération est aussi très fragile et peut facilement être altéré par de nouvelles vagues de chaleur, des incendies et de fortes pluies. « S’il pleut dans les prochaines semaines, une partie du sol disparaîtra avec l’érosion et la régénération de la végétation sera en grand danger. Si la végétation ne se rétablit pas, il n’y aura plus d’animaux. C’est tout l’écosystème qui est à risque. »
« Un problème écologique et social »
Sans végétation qui retient l’eau, l’érosion et le ruissellement entraîneront aussi les cendres dans les rivières et les lacs, venant perturber les cycles hydrologiques. « Les habitats aquatiques seront très pollués lors des premières pluies. Le pH de l’eau va énormément changer, il y aura beaucoup de minéraux qui arriveront dans l’eau avec une baisse de l’oxygène, explique Jorge Fernández Orueta. Certaines espèces très menacées, comme le desman des Pyrénées [aussi appelé rat-trompette], des vertébrés et des poissons endémiques, vont souffrir de cette pollution. »
À cela s’ajoutent aussi les risques de voir des glissements de terrain, des crues torrentielles et des inondations. « À l’automne, des pluies très intenses se produisent dans ces zones et comme toute la végétation a brûlé, elle ne pourra plus soutenir le sol. Ces pluies peuvent entraîner sa perte, résume María Melero. Il faut mettre en place de façon urgente des mesures de rétention du sol dans les zones très critiques, comme avec de la paille ou en construisant des barrières avec les restes de la végétation brûlée dans les lits de rivières et de ruisseaux. »
L’avenir reste encore incertain pour ces régions, d’autant que beaucoup vivent du tourisme qu’apportent ces parcs et réserves naturelles. « Il ne faut pas non plus oublier les gens qui, dans certaines zones, comme Las Médulas et les pics d’Europe, ont le tourisme comme principale source de revenus, tient à souligner María Leonor Calvo Galván. C’est un problème écologique et social. »