Ce que recouvrent vraiment les logos des produits alimentaires

Durée de lecture : 6 minutes

8 juin 2015 / Rémy Cahen (Silence)

Les emballages de produits alimentaires regorgent de logos censés montrer leur « bio compatibilité ». Mais savons-nous réellement ce qu’ils recouvrent ? Voici un point non exhaustif pour y voir plus clair au moment de faire ses courses. Et se souvenir que le meilleur emballage reste celui que l’on ne consomme pas.

En faisant mon pain avec des pâtons de 500 g, il manquait 20g pour le dernier pâton issu d’un emballage de 1,5 kg. Je me suis alors rendu compte que le logo figurant sur l’emballage définissait la valeur maximale de son contenu. C’est à partir de là que je me suis intéressé aux emballages de produits alimentaires et aux normes qui les encadrent.

Nous ne voyons pas ou plus les logos et les inscriptions inscrits sur les emballages. Pressés de faire nos achats, nous ne prenons pas le temps de lire les étiquettes. C’est écrit en petits caractères, difficile à lire parfois et les logos, ce sont juste des dessins. Pourtant elles en disent long, ces étiquettes. L’Europe peine à mettre les industriels en charge d’informer le consommateur. Ce qui intéresse avant tout le consommateur, c’est ce qu’il y a à l’intérieur de l’emballage.

Logo E : pas de garantie sur la quantité

Il est apposé à coté du poids ou du volume du contenant de l’emballage. Ce logo signifie que l’industriel respecte la norme sur le contenant. En effet, il est impossible à un industriel de mettre une quantité exacte dans un contenu. Afin de faciliter leur travail, l’Europe a défini une règle concernant les tolérances sur les contenants. Une tolérance représente les bornes mini et maxi entre lesquelles doit se situer l’exacte valeur du contenu.

Il est important de savoir, en tant que consommateur, que la valeur inscrite sur l’emballage où il y a le logo E, correspond à la valeur maxi de la tolérance. [1] Ce qui veut dire, à peu de chose près, que vous avez 0.01 % de chance d’avoir la quantité inscrite sur votre emballage. [2]

Point vert : ce n’est pas forcément recyclable !

Vous le trouvez sur 95 % des emballages, appelé communément « point vert » avec deux flèches inversées. [3] Le décret qui l’a mis en place a servi à la création de l’organisme Éco-emballages. Le logo signifie que l’entreprise qui met en vente ce produit participe financièrement à la collecte, au tri et au recyclage des emballages.

Si vous demandez aux consommateurs la signification de ce logo, ils vous répondent à 90 % qu’il signifie que l’emballage est recyclable. Or, rien n’est plus faux, ce logo signifie seulement que le producteur de l’emballage s’est acquitté d’une taxe pour « pourvoir à l’élimination des déchets d’emballages ». Chaque année, 5 millions de tonnes d’emballages sont jetés, et seulement 37 % recyclés. Il est anormal de tromper ainsi le consommateur.

De plus, il est très difficile de trouver le montant de la taxe perçue, cela dépend de beaucoup de paramètres de l’emballage (poids, matière(s),…). [4] Rien n’est entrepris pour diminuer la quantité de déchets ménagers. Les emballages sont de plus en plus petits pour les portions individuelles. Le Conseil d’administration d’Éco-emballages est composé principalement de responsables de la grande distribution et de l’agro-industrie, ceci explique peut-être cela.

Quelques solutions pour remédier aux limites des logos

- Poids : Indiquer sur le produit, à coté de la valeur, le mot maximum afin d’informer le consommateur, que la valeur inscrite du contenant est la valeur maximum.
- Logo « point vert » : Changer de logo, une forme simple, géométrique avec, inscrit à l’intérieur, le montant de la taxe. Enfin le consommateur saurait le prix qu’il paie pour la taxe sur l’emballage.

De plus, c’est tout le système de gestion des déchets qu’il faudrait changer, car plus nous recyclons de produits différents, plus la taxe sur l’enlèvement des ordures ménagères (TEOM) inscrite sur votre taxe d’habitation sera élevée, puisqu’il faudrait plus d’investissements pour valoriser ces nouvelles matières…

Malgré la loi (incitation à trier plus ou consommer moins) [5], les communes traînent souvent des pieds. Dans la communauté de communes des portes d’Alsace, le maire de Manspach (68), Dany Dietmann, a mis en place la pesée embarquée depuis 1996. Le poids collecté des déchets collectés a été divisé par trois. [6] Cela devrait suffire à convaincre.

Des épiceries sans emballage

Si le consommateur savait la vérité, il consommerait moins d’emballages et demanderait des supermarchés sans emballage comme cela existe dans certains pays (à Londres, à Austin au Texas…).

A Berlin, il faut se rendre avec ses propres bocaux, bouteilles, sacs et contenants pour faire ses courses au magasin Original Unverpackt. A Anvers en Belgique, Robuust est le premier magasin sans emballage du pays. A Bordeaux, La Recharge est une épicerie sans emballages jetables. A Lyon, l’épicerie 3 p’tits pois ne vend pas tout sans emballage, mais elle a mis en place un étiquetage en étoile à quatre branches qui comprend quatre critères : si les produits sont locaux, bios, équitables socialement, et plus ou moins emballés.

Recharger soi-même avec des emballages déjà utilisés, permet de faire des économies, car les prix sans les emballages sont moins élevés. Cela permet aussi de choisir la quantité exacte dont on a besoin, et de lutter contre le gaspillage alimentaire.

Le retour de la consigne

France Nature Environnement [7] a fait campagne pour le retour de la consigne des emballages en verre en 2014. La consigne existe au Luxembourg en Belgique et en Allemagne, dans certains supermarchés. En France, la consigne existe chez les cafetiers et les restaurateurs. Les bouteilles concernées ne comportent pas le logo point vert.


COMPOSITION DES PRODUITS

Les matières sont citées par ordre décroissant, de la plus grande à la plus petite proportion.

Les produits commençant par la lettre E suivie de 3 ou 4 chiffres sont des additifs alimentaires. Colorants : E100 à E180. Conservateurs : E200 à E297. Antioxydants : E300 à E337. Émulsifiants, exhausteurs de goût (éviter à tout prix le E621 ou glutamate monosodique), édulcorants de synthèse (éviter le E951 ou aspartam).

Pour vous aider à lire la composition des produits, faites vos courses avec le livre de Corinne Gouget : Danger : additifs alimentaires, aux éditions Chariot d’or.


Contacts

Original Unverpackt, Wiener Straße 16, 10999 Berlin, http://original-unverpackt.de.

Robuust ! The Zero Waste Shop, Reyndersstraat 2/1, 2000 Antwerp. Tél : 0032 (0)491 08 51 54, www.berobuust.com.

La Recharge, 38 rue Sainte-Colombe, 33 000 Bordeaux, www.la-recharge.fr.

3 Ptits Pois, 124 rue Sébatien Gryphe, 69007 Lyon, http://www.3ptitspois.fr.


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[1Déchets ménagers, Dany Dietmann, Éd. L’Harmattan, 2005

[2Décret n°78-166 du 31 janvier 1978 relatif au contrôle métrologique de certains préemballages. Version consolidée au 24 janvier 1990.

[3Il a été mis en place par le décret n° 92-377 du 1er avril 1992 modifié par le Décret n°99-1169 du 21 décembre 1999.

[4C’est un forfait de 0.15 € pour un emballage de poids inférieur à 100 g (chiffres 2011).

[5N° 2009-967 du 3 août 2009

[6Déchets ménagers, Dany Dietmann, Éd. L’Harmattan, 2005

[7France Nature Environnement, 81-83, boulevard de Port Royal, 75 013 Paris, tél : 01 44 08 02 50, fne.asso.fr.


Lire aussi : Locale et sans emballages : La Recharge vous présente l’épicerie du futur

Source : Article transmis amicalement à Reporterre par la revue Silence

Photos : Original Unverpackt et La Recharge

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