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Santé

« Ce sont des récidivistes » : laits infantiles contaminés, le point en six questions

Le rayon laits infantiles d'une pharmacie parisienne, le 23 janvier 2026.

Alors que la liste des rappels de laits infantiles contaminés par une toxine s’allonge, l’association Foodwatch a déposé plainte au nom de huit familles d’enfants malades. Reporterre fait le point sur ce scandale sanitaire.

L’affaire prend de l’ampleur. Jeudi 29 janvier, l’association de consommateurs Foodwatch a déposé plainte au tribunal judiciaire de Paris dans le dossier du lait infantile contaminé. Elle défend huit familles dont les enfants ont été malades après avoir consommé des références retirées de la vente.

Depuis début janvier, les rappels se multiplient. En cause, la présence de toxine céréulide dans la poudre de lait de multiples marques ayant utilisé une même matière première. Elle peut générer des intoxications potentiellement graves chez les tout-petits.

Jusqu’à présent, les autorités n’ont pas reconnu de lien de causalité avéré entre des symptômes chez des nourrissons et les laits incriminés. Mais en plus des familles défendues par Foodwatch, deux décès de bébés, l’un à Angers, l’autre à Bordeaux, font l’objet d’enquêtes judiciaires. Ce nouveau scandale sanitaire inquiète les parents autant qu’il interroge sur la composition et les contrôles des laits infantiles. Le point en six questions.

L’alerte a-t-elle été trop tardive ?

C’est ce que dénonce Foodwatch. Elle fustige « des rappels au compte-goutte » et une réaction tardive de la part des fabricants, notamment le groupe Nestlé. Il a réalisé un large rappel de produits vendus sous ses marques Guigoz et Nidal le 6 janvier. Un premier lot avait fait l’objet d’un rappel, plus discret, le 11 décembre en France. Foodwatch souligne que Nestlé était alerté dès début décembre.

Si la plainte a été déposée contre X, elle vise les principaux fabricants de laits infantiles pour tromperie aggravée, mise en danger des nourrissons et manquements aux obligations de sécurité. Les produits rappelés étaient parfois en vente depuis des mois, rappelle Foodwatch, qui craint que l’on soit « passé à côté d’énormément de cas de bébés malades » à cause de cette toxine. L’un des enfants défendu par Foodwatch a été hospitalisé en réanimation au mois de novembre.

Directrice générale de Foodwatch, Karine Jacquemart pointe surtout la responsabilité des multinationales Nestlé et Lactalis : « Ce sont des récidivistes. Nous avons déjà déposé plainte contre eux dans d’autres affaires. À chaque fois, c’est le même scénario : les entreprises ont l’obligation de réaliser des autocontrôles et de rappeler les produits dès qu’il y a un risque, mais ne le font pas. »

Pourquoi tant de marques font l’objet de rappels ?

Après Guigoz et Nidal (Nestlé), Picot (Lactalis) puis Bledilait (Danone) et Babybio : la liste des marques concernées s’allonge au fil des jours. Comme d’autres scandales alimentaires, l’affaire choque car elle met à jour des circuits d’approvisionnement insoupçonnés de l’industrie agro-alimentaire.

Première surprise : que tant de marques différentes se reposent sur un même fournisseur pour l’un de leurs ingrédients. Deuxième surprise : que celui-ci soit chinois. La société pointée du doigt est Cabio Biotech, implantée à Wuhan, au centre de la Chine. Elle est l’un des principaux producteurs mondiaux d’acide arachidonique, l’ingrédient qui s’est révélé contaminé.

« Même si le fournisseur est chinois, cela ne dédouane en rien les entreprises »

L’approvisionnement des différentes marques pour cette substance se fait quasi exclusivement en Chine et aux USA, indique la marque Babybio à Reporterre. « Même si le fournisseur est chinois, cela ne dédouane en rien les entreprises : elles sont responsables de la sécurité des aliments qu’elles mettent sur le marché », réagit Ingrid Kragl, directrice de l’information chez Foodwatch.

De nouveaux rappels sont possibles. Selon Le Monde, les autorités ont rehaussé leur vigilance le 16 janvier, en demandant aux marques d’appliquer un seuil plus bas pour leurs recherches de la toxine.

« L’ensemble des fabricants de lait infantile au niveau mondial » en lien avec ce fournisseur « doit conduire une analyse de risque », précisait le gouvernement le 22 janvier. À chaque fois, les rappels portent sur certains lots, et non pas l’intégralité de la production d’une marque : les références sont détaillées dans les fiches sur le site officiel des rappels de produits, Rappel Conso.

Comment des marques bio peuvent-elles être touchées ?

Babybio a rappelé trois lots de son lait Optima 1ᵉʳ âge. L’acide arachidonique (ARA) incorporé dans ces lots provenait d’un fournisseur européen de la marque qui s’approvisionne en Chine, a expliqué une porte-parole à Reporterre.

L’ARA, ainsi que quelques autres ingrédients « très spécifiques à la nutrition infantile » comme des vitamines et minéraux « ne sont malheureusement pas produits dans l’Hexagone » à ce jour, a-t-elle ajouté.

La marque, qui se dit attachée à un « approvisionnement le plus local possible », a détaillé la composition de son lait infantile Optima 1, concerné par le rappel : 93,1 % d’ingrédients français, 6,5 % d’ingrédients européens, et 0,4 % de composants approvisionnés en dehors de l’Europe, dont 0,3 % pour l’ARA. Une autre marque, appelée La marque en moins, a aussi rappelé des références bio.

Au-delà du cas du lait infantile, pour les consommateurs, choisir des aliments bio permet de limiter son exposition aux éventuels résidus de pesticides de synthèse. Mais cela ne met pas à l’abri des contaminations accidentelles par des agents pathogènes, comme la salmonelle, la listeria, et dans ce cas les bactéries bacillus cereus, qui produisent la toxine céréulide.

Pourquoi cet ingrédient est-il dans le lait infantile ?

« Le lait infantile résulte d’un processus d’ultratransformation, ce qui est normal car le lait brut n’est pas adapté à l’alimentation des tout-petits », explique la Dr Sandra Brancato, présidente de l’Association française de pédiatrie ambulatoire. La composition répond à des obligations réglementaires très détaillées, avec des dizaines de paramètres à respecter.

L’huile riche en acide arachidonique (ARA) ne figure pas parmi les ingrédients obligatoires. Néanmoins son intérêt fait l’objet d’un accord assez large dans la communauté scientifique. « Ce sont des acides gras essentiels — oméga 6 — qui participent à la construction cérébrale et neurosensorielle. L’intérêt de cet ajout est encore plus marqué pour les moins de six mois, avant la diversification alimentaire », explique Sandra Brancato. En cas d’allaitement, le bébé dispose d’apports en ARA via le lait maternel.

Pour la pédiatre, il n’est pas utile de chercher à se passer de cet ingrédient — ce n’est pas l’acide arachidonique en lui-même qui pose problème, mais bien sa contamination. Mais des références dépourvues d’ARA existent.

« Elles peuvent être compliquées à trouver, surtout pour les laits premier âge », souligne toutefois Sandra Brancato. Elle conseille aux parents inquiets de s’adresser à leur pédiatre, leur sage-femme ou leur pharmacien.

Quels risques pour les bébés ?

Une intoxication peut se traduire par des vomissements répétés et de fortes diarrhées. Des symptômes analogues à ceux d’une gastro-entérite. En réalité, peu importe la cause, les parents doivent surveiller la déshydratation de l’enfant, surtout s’il n’a que quelques semaines.

« Plus l’enfant est petit, plus il faut consulter rapidement pour vérifier l’absence de signes cliniques de déshydratation », précise Sandra Brancato. Parmi ces signes : la bouche sèche, l’absence de larmes, les yeux creux. La prise d’une solution de réhydratation est conseillée, par petites doses de 10 à 15 millilitres tous les quarts d’heure, conseille la Société française de pédiatrie.

Faut-il changer l’alimentation de son bébé ?

Une boîte figurant parmi les lots rappelés ne doit plus être utilisée pour les biberons. Il faut se rabattre vers d’autres marques. La société française de pédiatrie a publié une liste d’alternatives. Mais gare à la tentation de modifier ses habitudes de façon plus radicale.

« Le pire, serait d’arrêter totalement le lait infantile », estime Sandra Brancato. Elle rappelle que les différentes versions de ces laits (1ᵉʳ âge, 2ᵉ âge, laits de croissance) sont conçues pour fournir aux enfants les nutriments indispensables à leur croissance.

Les autorités de santé préconisent leur utilisation jusqu’à l’âge de trois ans. Selon ces recommandations, du lait de vache standard peut être donné, mais seulement « de temps en temps », et à partir de un an, pas avant.

Quant aux laits végétaux (avoine, riz, soja, etc.) utilisés par les adultes, ils sont inadaptés aux bébés, donc à proscrire. Dans un avis daté de 2013, l’Agence nationale de sécurité sanitaire recensait des cas de dénutrition sévères chez des bébés de moins de un an nourris à l’aide de ces boissons — les préparations infantiles sans lactose à base végétale ne sont, bien sûr pas concernées par cette mise en garde.

Bien entendu, pour les mères qui le peuvent et le veulent, l’allaitement maternel reste souhaitable : les autorités le préconisent « de façon exclusive jusqu’à 6 mois », précisant que « même de plus courte durée », il reste « toujours recommandé ».

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