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Charles III, le roi écolo... qui peut mieux faire

Charles III en 2019 lors d'une réception au profit d'une ONG dédiée à la protection de l'éléphant d'Asie.

Le nouveau souverain anglais discourt depuis des décennies en faveur de la protection de la nature. Mais le nouveau roi et sa famille sont loin de vivre d’une manière respectueuse de l’environnement.

En début de soirée ce jeudi 8 septembre, alors que la reine d’Angleterre, Elizabeth II, rendait son dernier souffle à 96 ans, son fils, le prince Charles, 73 ans, est devenu roi. Un séisme politique terrible pour le Royaume-Uni. Car les Britanniques, très attachés à feu leur souveraine, qui a régné pendant soixante-dix ans, ne portent pas vraiment dans leur cœur son héritier, Charles III. D’abord, parce que la population ne lui pardonne pas son mariage catastrophique et tragique avec la défunte princesse Diana. Mais aussi, parce qu’à l’inverse de sa mère, très discrète quant à ses opinions personnelles, le duc d’Édimbourg a, lui, toujours exprimé ses positions, alors que les membres de la famille royale sont tenus à un rôle purement représentatif.

L’un des thèmes sur lequel le désormais roi n’a jamais tari, c’est l’écologie. Le prince avait 21 ans, ses cheveux noirs proprement brossés, lorsqu’il prononça son premier discours sur le sujet. C’était en 1970, au Pays de Galles. Devant les membres du Comité de la campagne galloise, dont il était le président honorifique, il dressa le portrait d’une planète déjà malade. La Terre, déplorait le fils aîné d’Elizabeth II, souffre des effets « effroyables » de la pollution par les hydrocarbures en mer « qui détruit presque les plages et affecte des dizaines de milliers d’oiseaux marins », de la pollution chimique « qui obstrue les rivières avec des substances toxiques », et de la pollution de l’air causée par les vapeurs des usines, des voitures et des avions.

Ferme bio et cochons en voie de disparition

Avant-gardiste dans ce domaine, et à la tête d’une fortune colossale, il engagea en 1985, malgré les moqueries de la presse et des fermiers du coin, la conversion biologique des 440 hectares de sa ferme de Highgrove, dans la verte campagne du Gloucestershire. Rapidement, les champs ont été protégés par un produit naturel à base d’ail, et plus de mille animaux y ont été placés. Parmi eux, 73 proviennent d’espèces rares ou en voie de disparition, à l’instar des massifs cochons tamworth, la race la plus ancienne du pays. Le pari de cette ferme bio a si bien fonctionné qu’aujourd’hui les produits « Duchy Originals » (biscuits, saucisses, bière ou encore thé) s’étalent dans les plus chics commerces de Londres et s’arrachent à l’international. En 2017, 3,2 millions de livres tirés de ces ventes étaient reversés aux associations qu’il patronne.

Tout au long de sa vie de prince, Charles III a défendu de nombreuses causes, comme un urbanisme et une industrie de la mode écoresponsables. Dès 2007, le royal a publié pour la première fois son bilan carbone annuel. Mais surtout, il n’a jamais hésité à bousculer les puissants de ce monde, qu’ils soient patrons ou politiciens, dans des missives personnelles ou lors de ses allocutions. En 2020, le prince de Galles a par exemple enjoint les très riches et influents participants du sommet du Forum économique mondial de Davos, d’user de la pandémie « comme une opportunité » pour se tourner vers « une voie plus durable ».

« Nous mettre au travail, ensemble, pour sauver cette précieuse planète »

Un message qu’il a réitéré un an plus tard, à l’occasion de la COP26, devant une centaine de dirigeants mondiaux : « Je ne peux que vous exhorter à trouver des moyens pratiques de surmonter les différences afin que nous puissions tous nous mettre au travail, ensemble, pour sauver cette précieuse planète », a urgé l’amoureux de la nature.

Mais derrière les discours, le nouveau roi d’Angleterre est-il vraiment écolo ? Si le monarque, ainsi que ses fils, les princes William et Harry, plaident pour une société plus verte, Buckingham palace est loin d’avoir entamé sa transition. L’an dernier, The Guardian a révélé que les avocats de la reine ont secrètement fait pression sur le parlement écossais afin de se soustraire à une loi de réductions de CO₂. Enfin, avec ses quatre immenses domaines à travers le royaume, où le terrain est encore utilisé pour la chasse, ses vacances au ski tous les hivers, ainsi que ses déplacements réguliers en jet privé ou en hélicoptère, Charles III n’est pas absolument convaincant. Son arrivée sur le trône changera-t-elle la donne ?

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